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À 96 ans, Françoise Sullivan présente une nouvelle expo, inspirée par la mort de son fils

La femme est assise sur un banc, placé devant ses toiles, et elle sourit.

Françoise Sullivan présente « Mythes intemporels » du 27 novembre 2019 au 25 janvier 2020, à la Galerie Simon Blais.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Elle est presque centenaire, mais rien ne peut l’empêcher de manier le pinceau – pas même le deuil récent d’un de ses quatre fils. Encore aujourd’hui, la signataire du Refus global, la géante de l’art contemporain Françoise Sullivan présente, malgré ses nobles 96 ans, une nouvelle exposition de tableaux grand format à Montréal.

D'après une entrevue avec la chroniqueuse culturelle Catherine Richer

L’artiste avait la date butoir du 27 novembre en tête depuis longtemps. L’exposition était donc prévue pour mercredi, mais cet été, les tableaux ne venaient pas; Françoise Sullivan n’avait pas trop le cœur à la toile. Et puis, le 25 août, un « grand malheur » est survenu, selon ce qu'elle raconte. Son fils Jean-Christophe est mort des suites d’une brève maladie.

Ça a été un choc, dit-elle; une déclaration suivie d’un long silence.

Travailler pour son fils

Une immense peine l’accablait, mais l’artiste a retroussé ses manches. Un mois plus tard – après une escale en Italie, le temps d’une autre exposition – le 1er octobre, elle attaquait le travail.

J'ai décidé de faire cette exposition. C'est sorti comme ça, et c'est tout en hommage à lui, précise-t-elle, en référant à son défunt fils.

Sur trois côtés de la salle sont exposées cinq toiles de grand format.

Des toiles de Françoise Sullivan, exposées à la Galerie Simon Blais

Photo : Guy L'Heureux

Des formes se sont mises à se dessiner sur la toile. Françoise Sullivan y a fait apparaître des formes géométriques, des carrés, et soudainement, sans le réaliser, elle était retournée au damier – un style qu’on lui connaît, mais ici revisité. C'est surprenant, je ne me suis pas rendu compte que je revenais à ça malgré moi, explique-t-elle. Je suis retournée au damier, mais pas exactement comme avant. Il flotte dans l'air. Ils n'ont pas les mêmes rapports de couleurs et de dimensions.

Ces tableaux ont un univers chromatique particulier. Sur les toiles sont apparus le noir – beaucoup de noir –, le jaune et le vert. Pour compléter l’exposition, l’artiste a aussi agencé d’anciens tableaux entreposés dans sa chambre de réserve, qui semblaient tout droit sortis du même univers.

Quatre tableaux, dont trois de grande taille, sont affichés au mur.

Quelques toiles de la nouvelle exposition de Françoise Sullivan

Photo : Guy L'Heureux

En peignant cet automne, Françoise Sullivan a remarqué que les parties sombres « arrivaient quelques fois en premier ». Ensuite, la lumière, le jaune, venait à son tour se poser sur la toile. Cette couleur lui évoque son Jean-Christophe.

C'est une décision qui m'est venue comme ça, du jaune qui était lumineux, qui était son souvenir. Il était très lumineux, et très beau, très généreux.

Sprinter à 96 ans

Françoise Sullivan a une feuille de route très impressionnante. Formée en danse classique, puis à l’École des beaux-arts de Montréal, l’artiste polyvalente a d’abord fait sa marque comme danseuse et chorégraphe, pour ensuite se lancer dans la sculpture et la peinture, avec un détour par l’art conceptuel dans les années 1960 et 1970.

Elle a enchaîné des dizaines d’expositions individuelles et collectives au fil de sa carrière, en plus de faire partie des membres qui ont fondé le mouvement automatiste et d’avoir signé le manifeste Refus global, auquel le texte intégral de sa conférence, La danse et l’espoir, a été annexé. Elle travaille encore aujourd’hui, ce qui en fait probablement la signataire la plus prolifique du groupe. Peut-être parce que j'ai une plus longue vie! s’esclaffe-t-elle.

Pour cette nouvelle exposition, Françoise Sullivan n’a pas ralenti le rythme. En se mettant à l’œuvre en octobre, l’artiste savait qu’elle devait mettre les bouchées doubles pour arriver à temps.

Je dis que c'est – un peu fièrement – un sprint, parce que j'ai travaillé énormément, et tous les jours. Tous les jours. Samedi et dimanche aussi, explique-t-elle.

Sur deux murs sont exposés deux grands tableaux sur lesquels sont peints des carrés colorés.

Quelques toiles de la plus récente exposition de Françoise Sullivan

Photo : Guy L'Heureux

Ce travail était aussi un exutoire pour la peintre en deuil. Le jour en tous cas, dit-elle en laissant échapper un petit rire. Moins la nuit, mais le jour, oui, parce que j'étais complètement dans la peinture. Et comme l'exposition s'est faite dans un peu plus que six semaines, puis les tableaux ne sont pas petits…, précise-t-elle, en pouffant à nouveau.

Il reste qu’à 96 ans, l’artiste se dit contente de toujours avoir la force de faire ce travail, et de se sentir bien dans celui-ci.

Le vernissage de l’exposition Mythe intemporel aura lieu mercredi à 18 h à la Galerie Simon Blais, à Montréal. Les toiles de Françoise Sullivan y seront exposées jusqu’au 25 janvier.

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