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Les défis du sport après un accouchement

Mathieu Massé

Un accouchement amène son lot de craintes et de défis. Pour les sportives, cela pose aussi les questions du retour à l’entraînement, de la baisse des performances et des changements physiques. Témoignages de femmes qui ont choisi d’écouter leur corps.

Fin octobre, la première neige recouvre déjà le sol et l’air est froid, mais Anouk Doiron s’apprête à partir s’entraîner. Elle va courir un « petit » 10 kilomètres en poussant sa fille Mélodie, 7 mois, confortablement installée dans sa poussette. Anouk se réjouit tout simplement de revenir graduellement à une forme physique qui s’apparente à celle qu’elle avait avant la grossesse.

J'ai entendu des vraiment pas belles histoires que si tu commences trop vite tu peux avoir des grosses blessures, donc c'était un peu comme intimidant, je savais pas à quoi m'attendre, c'est de l'inconnu, raconte-t-elle.

Elle affirme avoir bénéficié, après l'accouchement, de traitements de physiothérapie et avoir attendu le feu vert d’un professionnel avant de reprendre l’entraînement. Tu t’adaptes, dit-elle, tu fais des sports différents. Je marchais beaucoup avant de commencer la course.

Anouk Doiron et sa fille Mélodie, 7 mois.

Anouk Doiron et sa fille Mélodie, 7 mois

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

L’aspect psychologique reste important. Pour Anouk Doiron, une coureuse de haut niveau, la baisse des performances était difficile à accepter, même avant de donner naissance à sa fille. De voir toutes mes amies courir plus vite que moi et de faire des courses où j’avais vraiment pas le même temps que d’habitude, c’est pas facile.

Émilie Godbout-Beaulieu a vécu la même chose à deux reprises, il y a trois et sept ans. Elle ne le cache pas, la naissance de ses deux garçons a changé la donne pour de bon, mais pas seulement pour le négatif. Je suis pas au même niveau que j’étais. J’ai pas le temps de faire des exercices de renforcement et il faut que je fasse attention à ne pas me blesser. En même temps, je suis devenue plus rapide dans certains aspects de la course, explique-t-elle.

Émilie Godbout-Beaulieu court sur un sentier à Dieppe.

Émilie Godbout-Beaulieu a deux enfants de trois et sept ans. Pour elle, la course à pied a été salutaire à certains moments où les enfants ne voulaient pas dormir. « Une grande promenade, c'est bon pour tout le monde, des fois », dit-elle.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

J’ai découvert le triathlon, un nouveau sport pour moi, et j’ai gagné des championnats d'ultimate frisbee avec mes amis. Donc il s’agit de revoir ses objectifs.

Émilie Godbout-Beaulieu, maman de garçons de trois et sept ans

Des craintes fréquentes

La physiothérapeute Katie Kelly est spécialisée en soins du plancher pelvien. Des questions et des messages de femmes enceintes, elle dit en recevoir au quotidien. Je vois les courriels et les textes de femmes en panique : "Ah non! J'ai commencé à faire mon exercice et là je vois des symptômes vaginaux et des symptômes urinaires. Qu'est-ce que je vais faire?"

Elle affirme que pour des femmes qui n’avaient jamais vécu de problèmes tels que l’incontinence, cela peut se révéler épeurant.

Katie Kelly est physiothérapeute spécialisée en soins du plancher pelvien.

Katie Kelly est physiothérapeute spécialisée en soins du plancher pelvien.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Elles ont peut-être entendu des histoires de leur mère ou leur grand-mère.

Katie Kelly, physiothérapeute spécialisé en soins du plancher pelvien

Elle ajoute que la qualité des soins offerts aujourd’hui est bien supérieure à ce qu’on connaissait il y a seulement une ou deux générations.

Katie Kelly, raconte recevoir beaucoup de femmes à son cabinet qui présentent des symptômes provenant des suites de l’activité physique après l’accouchement. Parfois, la reprise de l’exercice a été trop rapide ou trop intense.

La physiothérapeute admet que ces symptômes peuvent devenir graves et demander, ultimement, des procédures invasives. Mais elle se veut rassurante. Elle indique que la plupart des problèmes peuvent se régler avec des exercices de physiothérapie simples. Quand elles voient que juste les petites choses peuvent faire une vraie différence pour elles, [ça aide] de savoir que c'est pas un problème qui va continuer pour des années et qu’elles vont pouvoir continuer à faire des exercices qu’elles aiment.

La France, un exemple

La physiothérapeute Katie Kelly estime que des traitements de physiothérapie après l’accouchement devraient automatiquement faire partie du processus médical pour les femmes qui donnent naissance. Elle cite la France en exemple : Ils ont 11 ou 12 traitements. C'est juste une partie de leur traitement. Quand vous avez accouché, on vous dit : "Voici votre physio!"

Écouter son corps

Comme un mantra, Anouk Doiron et Émilie Godbout-Beaulieu le répètent plusieurs fois dans l’espace d’une discussion d’une dizaine de minutes : il faut écouter son corps, c’est vital. On va peut-être pas le sentir tout de suite, mais après [un exercice physique] on va peut-être sentir “oups, j'ai peut-être poussé trop loin”, puis c'est là que c'est important de pas aller pousser encore plus loin, exemplifie Émilie.

Pour Anouk, écouter son corps veut parfois dire de partir courir toute seule, pour revenir en meilleure forme physique et mentale. J’aime pas ça partir et la laisser seule à la maison avec papa, mais quand je reviens, j’ai tellement plus d’énergie. Je suis une meilleure maman après avoir fait ma passion de courir.

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