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Le gel de l'aide militaire américaine à Kiev derrière deux démissions

Il marche vers le Capitole.

Mark Sandy

Photo : Reuters / Yara Nardi

Sophie-Hélène Lebeuf

Deux employés du bureau du budget de la Maison-Blanche ont démissionné en partie à cause du gel de l'assistance militaire promise par les États-Unis à l'Ukraine, selon la déposition à huis clos d'un de leur collègue, rendue publique mardi. Selon le New York Times, le président Trump était par ailleurs au courant de la plainte du lanceur d'alerte au moment de débloquer l'aide militaire.

L'enquête en destitution semble peut-être terminée, mais cela ne tarit pas pour autant les révélations dans le dossier ukrainien, notamment sur le gel de l'aide militaire que le président Trump est soupçonné d'avoir utilisé comme levier pour obtenir de son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, la tenue d'enquêtes favorables à sa réélection.

La dernière déposition à avoir été rendue publique par le Comité du renseignement de la Chambre des représentants révèle que le blocage de l'aide a créé des dissensions au sein même du Bureau de la gestion et du budget de la Maison-Blanche (OMB), qui a exécuté la décision.

Une partie de l'aide de quelque 400 millions de dollars avait en partie été approuvée par le Congrès.

Le directeur adjoint des programmes de sécurité nationale à l'OMB, Mark Sandy, qui a témoigné loin des caméras le 16 novembre, a indiqué aux enquêteurs que deux de ses collègues, qu'il n'a pas nommés, avaient quitté leur poste après avoir exprimé des frustrations devant leur incapacité à connaître les raisons du gel de l'aide militaire.

Gardés dans le noir, lui et certains de ses collègues ont sans succès tenté d'obtenir des réponses auprès de leurs supérieurs, a dit M. Sandy, le seul responsable de l'OMB ayant accepté de témoigner. Selon mes souvenirs, la question était en suspens à la fin du mois de juillet et pendant presque tout le mois d'août, a-t-il ajouté.

Lui-même dit avoir signalé ses préoccupations à son supérieur hiérarchique, invoquant une loi des années 70 qui affirme l'autorité du Congrès dans le processus budgétaire.

L'un des employés démissionnaires, dont la date de départ n'est pas précisée, travaillait au sein de la division juridique de l'OMB et contestait la conclusion de l'avocat général selon laquelle le blocage de l'aide militaire était conforme à la loi. L'autre employé a quitté son poste en septembre.

J'ai dit [à mon supérieur] que nous devrions vérifier [la légalité de la décision] auprès de l'avocat [de l'OMB] avant d'aller de l'avant.

Mark Sandy, responsable au sein de l'OMB

Son patron Mike Duffey lui a ensuite retiré la responsabilité du processus d'approbation de ces documents pour s'en occuper lui-même, a soutenu M. Sandy, évoquant une mesure inhabituelle.

Selon le New York Times, M. Sandy a indiqué avoir appris l'ordre de geler l'aide, décrété par le président Trump, dans un courriel envoyé le 12 juillet par le bureau du chef de cabinet de la Maison-Blanche par intérim, Mick Mulvaney, soit environ une semaine avant que d'autres témoins en aient entendu parler.

Il a ajouté avoir été informé que le président avait commencé à s'enquérir de l'aide militaire dès le 19 juin.

Mike Duffey a refusé d'obéir à l'assignation à comparaître délivrée par le Comité, tout comme le directeur de l'OMB par intérim, Russell Vought.

D'autres témoins œuvrant ou ayant œuvré au sein de la diplomatie américaine, du Conseil de sécurité nationale et au Pentagone avaient eux aussi mentionné que le gel de l'aide militaire avait créé un malaise dans leurs départements respectifs, où l'on craignait pour la sécurité de l'Ukraine, en guerre contre des séparatistes soutenus par la Russie.

Trump était au courant de la plainte du lanceur d'alerte quand il a dégelé l'aide militaire

Le président des États-Unis se tient droit près d'un drapeau sur fond jaune.

Donald Trump s'est défendu d'avoir exercé des pressions sur son homologue ukrainien.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Le président Trump avait par ailleurs déjà été informé de la plainte du lanceur d'alerte au moment où il a décidé de dégeler l'assistance militaire destinée à l'Ukraine, selon un article du New York Times publié mardi.

Dans sa dénonciation, le lanceur d'alerte, qui a sonné l'alarme quant à un entretien téléphonique mené par le président Trump avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 25 juillet 2019, affirmait que le président américain utilisait le pouvoir de son bureau pour solliciter l'ingérence d'un pays étranger pour les élections américaines de 2020, en réclamant des enquêtes qui lui seraient bénéfiques.

Sa plainte, déposée le 12 août, invoquait spécifiquement le gel de l'aide militaire. Elle n'a été déclassifiée que le 26 septembre, au lendemain de la reconstitution de l'appel Trump-Zelensky.

Selon les deux sources sur lesquelles s'appuie le quotidien new-yorkais, des conseillers juridiques du bureau de l'avocat de la Maison-Blanche ont avisé le président de la plainte dont il faisait l'objet dès la fin du mois d'août, expliquant qu'ils tentaient de déterminer s'ils étaient tenus par la loi de la transmettre au Congrès.

Il a ultimement fallu l'intervention de l'inspecteur général de la communauté du renseignement, Michael Atkinson, qui a alerté le Comité du renseignement de la Chambre des représentants pour que la plainte ne soit pas étouffée.

Le New York Times dit ignorer dans quelle mesure les avocats de la Maison-Blanche ont partagé avec le président les détails de la dénonciation.

Cependant, il semble qu'il en ait appris suffisamment pour être en mesure d'utiliser l'expression latine quid pro quo lors d'une conversation téléphonique avec l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'Union européenne (UE), Gordon Sondland, le 9 septembre, bien avant que celle-ci ne soit utilisée par les démocrates ou dans les médias.

Au cours de son témoignage devant le Comité, mercredi dernier, M. Sondland a lu le message que Donald Trump lui aurait demandé de transmettre au président ukrainien.

Je ne veux rien. Je ne veux rien. Je ne veux aucune contrepartie [quid pro quo]. Dites à Zelensky de faire la bonne chose.

Donald Trump, président des États-Unis, cité par Gordon Sondland

S'il a soutenu n'avoir jamais entendu le président dire que le dégel de l'aide militaire destinée à l'Ukraine était lié à l'annonce d'enquêtes par les autorités ukrainiennes, Gordon Sondland a cependant soutenu qu'il avait fini par en arriver à cette conclusion.

Chronologie du gel de l'aide militaire

L'appel entre les présidents Trump et Zelensky s'est déroulé le 25 juillet à 9 h.

Selon des documents transmis par l'OMB au Comité budgétaire de la Chambre des représentants, qui a publié un rapport mardi, le document officialisant le gel de 250 millions de dollars de l'aide à Kiev a été signé le même jour à 18 h 44.

Les alliés du président Trump argue qu'il ne peut pas avoir exercé de pressions sur les autorités ukrainiennes pour qu'elles déclenchent les enquêtes qu'il réclamait, puisque, plaident-ils, elles n'avaient pas conscience du gel de l'assistance militaire.

Or, mercredi dernier, Laura Cooper, une employée du Pentagone qui a témoigné lors des auditions publiques liées à l'enquête en destitution, a indiqué que les Ukrainiens s'étaient informés de l'état de l'assistance militaire dès le 25 juillet.

Le président Trump affirme qu'il a bloqué l'aide parce qu'il était préoccupé par la corruption en Ukraine et parce qu'il considérait que l'Union européenne ne versait pas suffisamment d'argent à l'Ukraine.

D'après un article du Washington Post publié plus tôt cette semaine, un échange de courriels entre Mick Mulvaney et des responsables de l'OMB, au début août, montre qu'il a tenté a posteriori de trouver un justificatif légal du gel décrété quelques semaines plus tôt.

L'aide a ultimement été dégelée le 11 septembre après des pressions des élus du Congrès des deux partis et deux jours après l'ouverture, par trois comités de la Chambre des représentants, d'une enquête sur le gel de l'assistance militaire et les contacts de l'avocat personnel du président Trump, Rudy Giuliani, avec des responsables ukrainiens.

Pendant les auditions, les témoins ont inscrit M. Giuliani au coeur de la campagne orchestrée en coulisse pour obtenir de Kiev des enquêtes bénéfiques au président Trump.

Avec les informations de Washington Post, et New York Times

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