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Ottawa a perdu 88 millions de dollars depuis l’achat de Trans Mountain

Des ouvriers s'affairent sur le pipeline Trans Mountain.

Agrandir la capacité de l’oléoduc pourrait coûter de 7 à 8 milliards de dollars.

Photo : Kinder Morgan

Christian Noël

L’oléoduc Trans Mountain a généré des pertes de 88 millions de dollars en neuf mois, depuis qu’Ottawa en est propriétaire, selon les calculs effectués par Radio-Canada.

La preuve, selon ses détracteurs, que ce projet n’est pas économique, mais politique, afin de plaire à l'ouest du pays.

Selon les documents consultés par Radio-Canada, la corporation Trans Mountain a rapporté 348 millions de dollars en revenu d’exploitation de septembre 2018 à juin 2019. Mais durant la même période, l’oléoduc a engendré des dépenses de 436 millions de dollars, générant ainsi des pertes de 88 millions de dollars.

Les revenus proviennent surtout des droits de transport du pétrole. Les dépenses proviennent principalement de l’exploitation et de la construction de l’oléoduc, de la dépréciation de l’équipement et du coût du financement, selon les documents consultés.

Le directeur parlementaire du budget utilisait des catégories semblables lors d’une analyse récente sur Trans Mountain, qui faisait elle aussi état de pertes.

Les coûts sont faramineux, lance le député du Bloc québécois Mario Simard, porte-parole du parti en matière de ressources naturelles. Sur papier, l’achat et la construction de ce pipeline, ce n’est pas viable.

Ce qui a été présenté comme un projet économique est devenu un projet politique : le but, c’est de plaire à l’Ouest canadien.

Mario Simard, porte-parole bloquiste en matière de ressources naturelles

Un porte-parole du ministre des Finances Bill Morneau assure de son côté que le projet est économiquement viable.

Dire que Trans Mountain coûte de l’argent au gouvernement, « ce n’est pas exact, parce que ça ne tient pas compte de la viabilité à long terme du projet » et du rendement à venir de l’investissement, une fois que l’oléoduc aura été revendu.

« L’objectif du gouvernement n’est pas d’être propriétaire à long terme du pipeline », dit un porte-parole du gouvernement Trudeau.

Une importante partie des coûts est en capital; d’après les normes comptables, ils ne constituent pas des charges, ce sont des immobilisations qui font augmenter la valeur des actifs de la société.

Le bureau du ministre des Finances Bill Morneau
Plan de profil du ministre des Finances Bill Morneau.

Pour le ministre Bill Morneau, l'acquisition du pipeline était la bonne chose à faire et elle sera rentable.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

En avoir pour son argent?

Le gouvernement libéral a acheté Trans Mountain pour 4,7 milliards de dollars. Ça lui donne le droit d’exploiter le pipeline existant, mais aussi la responsabilité d’agrandir la capacité de l’oléoduc. Ce qui pourrait coûter de 7 à 8 milliards de dollars.

Si jamais ça se vendait à un prix inférieur à 12 ou 13 milliards de dollars, bien alors on aurait subventionné le transport de pétrole de l’Alberta.

Jean-Thomas Bernard, professeur en économie à l’Université d’Ottawa

À la sortie de sa première rencontre du Conseil des ministres la semaine dernière, le ministre des Finances Bill Morneau n’a pas voulu dire si Trans Mountain rapporte ou coûte de l’argent au gouvernement fédéral.

L’expansion de Trans Mountain est très importante pour notre économie, s’est-il contenté de dire, en répétant que le gouvernement entend investir les profits éventuels dans la transition vers une économie plus verte.

C’est un argument qui n’a aucun fondement, selon le professeur Jean-Thomas Bernard, professeur en économie à l’Université d’Ottawa, puisque rien n’oblige le gouvernement à consacrer cet argent à la réduction des gaz à effet de serre. Le gros du bénéfice net, s’il y en a un, sert à financer l’expansion qui était projetée, d'après lui.

Réinvestir dans l’économie verte, ce n’est pas une mauvaise idée, ajoute le bloquiste Mario Simard. Mais encore faut-il qu’il y en ait, des profits.

Avec l’énorme passif qu’ils vont avoir, les profits qu’ils vont diriger vers les projets verts, ce sera peau de chagrin. Des sommes qui vont être ridicules, estime M. Simard.

Manque de transparence ?

En campagne, Justin Trudeau promettait d’investir chaque dollar provenant du projet d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain dans le virage écologique du pays. Un investissement évalué à 500 millions de dollars par année, dès 2022, dans le programme libéral.

Or, il est impossible de savoir comment le Parti libéral s’y est pris pour arriver au chiffre de 500 millions de dollars. L'économiste Robyn Allan essaie depuis des mois d’obtenir des explications à ce sujet, sans succès.

Les données liées aux revenus, aux dépenses et aux emprunts d’Ottawa dans le dossier Trans Mountain sont difficiles à obtenir, ajoute Kathy Hipple, analyste pour l’Institut d’économie énergétique et d’analyse financière. La cueillette des chiffres n’est pas centralisée, affirme-t-elle.

Les contribuables canadiens ont le droit de savoir combien d’argent le gouvernement dépense dans le projet Trans Mountain, s’ils veulent savoir si c’est rentable ou non.

Kathy Hipple, analyste pour l’Institut d’économie énergétique et d’analyse financière

Quand le gouvernement devient propriétaire d’un tel projet, il a un devoir de transparence, ajoute l’analyste.

De son côté, le bureau du ministre Morneau réplique que la comptabilité du projet Trans Mountain se fait en suivant les normes comptables commerciales reconnues par l’industrie.

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