•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La difficile survie des petits commerces de jouets

Tiphanie Roquette

Au milieu des marionnettes de bois, des chevaliers et des billes, un grand panneau rouge et blanc détonne dans le magasin Livingstone & Cavell Extraordinary Toys de Calgary. Il annonce la fermeture très prochaine du commerce car, après 27 ans de résistance, le magasin vit son dernier Noël.

C’est tellement personnel. C’est difficile, très difficile de se retirer, mais c’est aussi le moment, explique son propriétaire, Edward Cavell.

Lorsqu'on grimpe les marches pour accéder à ce commerce, on entame un voyage dans le temps. Entre ces murs, sur les étagères, il n’y a pas de poupées LOL ou de véhicules Pat’patrouille, mais des jouets en bois, des billes, des figurines de chevalier et des farces et attrapes.

Un homme se tient derrière un comptoir de magasin. Il est entouré de jouets de toutes sortes et joue avec une sorte de casse-tête.

Edward Cavell a gardé son âme d'enfant grâce à ses 27 ans comme propriétaire d'un commerce de jouets.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Dès l’ouverture du magasin, en 1992, Edward Cavell et sa femme, Donna Livingstone, savaient qu’ils voulaient bâtir un commerce différent. Muséologues de formation, un peu collectionneurs sur les bords et amoureux de l’excentrique et de l’unique, tous les deux voulaient un inventaire à leur image.

Dès le début, nous avons misé sur le concept de la nostalgie. Personne n’a besoin de concurrencer des endroits comme Toys "R" Us ou Walmart. Nous savions que nous pouvions faire quelque chose d’unique, de différent et c’est ce que nous avons fait, souligne M. Cavell.

La fin d'une histoire

Cette singularité a mené des générations de clients à pousser la porte mais, dans un sens, elle conduit aussi le commerce à sa fin. À 71 ans, l’heure est à la retraite pour Edward Cavell, mais il ne se voyait pas léguer « son bébé ».

Des voitures et camionnettes sont posés sur une étagère. Elles luisent aux lumières du magasin.

Edward Cavell a toujours recherché des jouets solides et indémodables pour fournir son magasin.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

De plus, personne ne s'est montré désireux de reprendre un petit commerce de jouets. Edward Cavell ne peut pas définir un facteur en particulier, mais les difficultés de l’économie albertaine et les changements dans les habitudes de consommation des clients ont contribué à sa décision de fermer les portes.

Les petits commerces indépendants se sont évaporés.

Edward Cavell, propriétaire d'un commerce de jouets

Livingstone & Cavell n’est pas le seul commerce de jouets à mettre la clé sous la porte. Les indépendants se comptent sur les doigts de la main dans la métropole albertaine. Et comment ne pas mentionner la faillite retentissante de Toys "R" Us aux États-Unis?

Photo d'un dinosaure en peluche devant une enseigne de Livingstone and Cavell Extraordinary Toys.

Le commerce fermera ses portes avant la fin de l'année.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Une place pour les petits commerces

Dans le secteur du jouet, la compétition est féroce. Les grands magasins se taillent la part du lion, selon Joan Ramsay, directrice à l’entreprise d’études de marché NPD Group.

L’environnement économique laisse cependant de la place aux petits commerces, pense-t-elle. Seul un quart des produits à destination des enfants sont brevetés, comme les superhéros Marvel ou les produits dérivés de dessins animés. Cela laisse beaucoup de liberté aux commerces indépendants qui souhaitent se démarquer.

Des billes (pour jouer) sont rangées dans des présentoirs en plastique.

Le commerce d'Edward Cavell a toujours misé sur la nostalgie.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Contrairement à d’autres secteurs, l’industrie du jouet a un avantage sur le magasinage en ligne, ajoute Mme Ramsay. Les gens sont plus poussés à aller voir le produit en vrai.

Quand on achète pour un enfant, c’est un achat affectif.

Joan Ramsay, directrice NDP Group

Edward Cavell l’avait bien compris en estampillant son commerce comme le lieu préféré des grands-parents, des oncles et des tantes.

La bataille de l'émotion

Mais, même dans l’émotion et le singulier, la compétition fait rage, note le professeur de marketing à l’Université de Calgary Marc Boivin. La chaîne La Baie propose maintenant des jouets plus traditionnels dans la veine du célèbre magasin FAO Schwarz. Les clients jouissent alors du côté féérique de Noël, mais peuvent aussi faire tous leurs achats de vêtements, d'électroménagers...

Des jouets mécaniques en métal qui se remontent avec une clé sont exposés dans une vitrine. On voit un mini-tank, une moto et un robot.

Edward Cavell dénichait aussi des jouets originaux pour les collectionneurs.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Les consommateurs n’hésitent pas non plus à marier leurs habitudes en allant en magasin pour toucher le produit tout en vérifiant sur leur téléphone s’ils peuvent obtenir le même objet, mais moins cher, remarque M. Boivin.

Les petits commerces doivent penser stratégiquement sur leur emplacement, leur inventaire et sur l’expérience qu’ils offrent à leurs clients. Ils doivent intéresser les parents, mais aussi les enfants, souligne-t-il.

Parfois, vous allez dans ces magasins et c’est presque des musées.

Marc Boivin, professeur de marketing

Edward Cavell pense plus à son commerce comme à une œuvre d’art éphémère, qui prendra fin dès que les jouets auront tous déserté les étagères.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Alberta

Commerce