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Après une semaine de grève, le CN et les Teamsters s'entendent

Un employé du CN porte une pancarte à l'extérieur du siège social du CN à Montréal, le mardi 26 novembre 2019.

Un travailleur syndiqué devant les bureaux du CN à Montréal.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Le syndicat des Teamsters et le Canadien National (CN) concluent une entente de principe pour renouveler leur contrat de travail, échu depuis le 23 juillet.

Cette entente vient mettre un terme au débrayage entrepris le 19 novembre par les 3200 chefs, agents de train et agents de triage du CN. Les enjeux de santé et sécurité du travail étaient au coeur du litige.

Je suis heureux d’annoncer que nous avons conclu une entente de principe avec le Canadien National, a confirmé dans un communiqué le président de Teamsters Canada, François Laporte.

Cet accord permettra aux 3200 employés du CN de retourner au travail dès 14 h, aux heures locales, aujourd'hui, et les affectations au service de manoeuvre débuteront demain à 6 h, indique pour sa part le CN.

Le transporteur ferroviaire ajoute que les résultats du vote sur la ratification sont attendus d'ici huit semaines, et précise qu'il n'y aura aucun moyen de pression durant la période de ratification.

Les détails de l'entente n'ont pas été divulgués afin que les syndiqués soient les premiers à en prendre connaissance. Le vote de ratification, qui s'effectuera par voie électronique, aura lieu ultérieurement.

Des dizaines de syndiqués du CN faisaient du piquetage mardi matin devant le siège social du CN, rue de la Gauchetière Ouest, au centre-ville de Montréal, lorsque l'entente de principe a été annoncée.

Fin de la grève au CN

Lors d'un bref point de presse donné en leur présence, le président du comité de négociations des Teamsters, Alain Gatien, a assuré qu'il était satisfait de l'entente conclue.

On est sorti avec ce qu'on voulait avoir, a-t-il lancé, après avoir déclaré qu'il a bon espoir que l'entente sera ratifiée.

Ça fait deux jours qu’on ne dort pas. On a commencé hier matin, et on vient de finir, a aussi lâché M. Gatien pour illustrer l'intensité du dernier blitz de négociations.

Des fleurs pour le gouvernement Trudeau

Dans leur communiqué, les Teamsters remercient spécifiquement le premier ministre canadien Justin Trudeau d’avoir respecté le droit de grève des travailleuses et travailleurs.

Les gouvernements précédents violaient régulièrement le droit de grève des travailleurs dans l'industrie ferroviaire. Ce gouvernement est demeuré calme et s'est efforcé d'aider les parties à conclure une entente, et cela a fonctionné.

François Laporte, président de Teamsters Canada

Le Parti conservateur du Canada, le gouvernement de l'Alberta et des associations représentant des intérêts industriels avaient réclamé que le gouvernement adopte une loi spéciale pour mettre un terme au conflit.

Marc Garneau

Marc Garneau, ministre fédéral des Transports

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Les ministres fédéraux du Travail et des Transports, Filomena Tassi et Marc Garneau, ont félicité les deux parties d'être demeurées à la table de négociations et d'avoir réussi à s'entendre.

C’est une très bonne nouvelle pour le Canada. Je les félicite personnellement.

Marc Garneau, ministre fédéral des Transports

On est très conscients que ça a été difficile pour beaucoup de personnes. […] Nous allons suivre la reprise du transport ferroviaire avec CN, a expliqué le ministre Garneau aux médias.

Interrogé sur la pression qu’il a pu subir durant les derniers jours, notamment après avoir été accusé par son homologue québécois de ne rien faire pour trouver une solution, M. Garneau s’est contenté de rappeler que l’essentiel est que les deux côtés se parlent et trouvent la solution.

Le gouvernement fédéral serait-il ouvert à des compensations pour certains secteurs lésés par ce conflit de travail? Sans répondre à la question, le ministre Garneau s’est contenté de répéter l’importance du dialogue entre les deux parties.

Le débrayage au CN a été décrié par des entreprises des secteurs pétrolier, minier, forestier et agricole, qui dépendent de ses services de différentes manières pour leurs activités.

Lundi, la compagnie Nutrien a annoncé que sa mine de potasse de Rocanville, en Saskatchewan, allait fermer pour deux semaines à compter du 2 décembre en raison de la grève au CN. Le syndicat estime que plus de 500 personnes seront mises à pied temporairement.

La compagnie a indiqué mardi que cette décision sera maintenue malgré la fin de la grève. Ses installations d'entreposage sont pleines et il faudra deux semaines avant que la situation revienne à la normale, a-t-elle fait savoir.

Une grève fatale pour certains producteurs?

Des trains alignés à la gare de triage de Brampton en Ontario.

Les grévistes auront paralysé une partie du transport ferroviaire au pays pendant les 8 jours de grève.

Photo : Reuters / Mark Blinch

L’annonce de cette entente constitue un soulagement pour les producteurs de grains du Québec, confrontés depuis une semaine à une pénurie de propane en raison de la grève.

Ces agriculteurs utilisent du propane pour faire sécher le fruit de leurs récoltes, une étape nécessaire avant leur entreposage. À défaut d'en avoir, ils devaient laisser le maïs dans leurs champs, plutôt que de le récolter.

Plusieurs d'entre eux étaient d'ailleurs venus manifester leur désarroi devant le bureau de circonscription de Justin Trudeau lundi.

Le temps presse tout de même pour que du propane leur soit acheminé, prévient Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec, qui dit craindre le pire pour plusieurs d’entre eux.

Disons que la gaieté est cachée dans le fond du placard... Les gens sont extrêmement anxieux. Il y a des entreprises qui malheureusement ne pourront pas survivre à l’année 2019.

Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec

Il y a 3000 entreprises familiales qui présentement vivent des heures difficiles parce qu’elles n’ont pas accès à l’énergie pour procéder à leurs récoltes, déplore M. Overbeek.

Selon lui, les grains qui doivent encore être récoltés dans les champs québécois sont d'une valeur totale de 300 millions de dollars.

La pénurie de propane est telle pour les agriculteurs que les délais se comptent pratiquement en heures avant que des récoltes ne soient perdues, ajoute Christian Overbeek.

Or, la fin de la grève ne garantit pas que cet après-midi ou demain on sera réapprovisionnés de façon correcte et suffisante pour procéder à la continuation de nos récoltes, souligne-t-il.

Vers un réapprovisionnement complet

Dans un communiqué, l'Association québécoise du propane (AQP) affirme qu'une complexe opération de réapprovisionnement se mettra en branle dès mercredi matin.

Elle admet toutefois qu'il est difficile d'évaluer le moment exact du rétablissement complet de l'approvisionnement en propane au Québec, compte tenu des enjeux particuliers dus à la période de pointe en agriculture.

En dépit d'une certaine congestion qui est attendue à Sarnia, il est clair que la production agricole animale et les séchoirs à grains qui sont présentement en situation critique figurent en haut de la liste des priorités de l'AQP

Raymond Gouron, président de l'AQP

L'AQP estimait que chaque jour de grève au CN allait entraîner un délai de rétablissement de 3 ou 4 jours pour l'industrie.

À Québec, le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, dit plutôt croire que la situation sera de retour à la normale d'ici la fin de semaine.

Rapidement, d’ici 2, 3, 4 jours maximum, on devrait avoir le plein volume de 6 millions de litres [de propane] par jour pour répondre à tous les besoins, a-t-il déclaré en début d'après-midi.

Des quantités de propane actuellement rationnées seront immédiatement libérées pour venir en aide aux agriculteurs qui en ont le plus besoin, a-t-il ajouté.

Québec assure qu'il soutiendra les producteurs touchés

Le ministre de l'Agriculture du Québec, André Lamontagne, a également paru soulagé par la tournure des événements. Il a assuré que Québec ne laissera pas tomber les producteurs de grains touchés.

M. Lamontagne a fait cette déclaration juste avant une rencontre réunissant des représentants des producteurs de grains, de la Financière agricole et du ministère de l’Énergie.

On est partenaires avec les producteurs de grain dans cette situation-là. […] L’objectif c’est qu’on collabore pour apporter le meilleur soutien possible à nos producteurs de grains.

André Lamontagne, ministre de l’Agriculture du Québec

Quelques heures plus tard, le ministre a dit croire qu'il n'y aurait pas lieu d'offrir une aide supplémentaire aux producteurs touchés, étant donné les programmes déjà en place à la Financière agricole.

Normalement, avec tous les outils qu’on a, on devrait être en mesure d’apporter tout le soutien qu’on a besoin d’apporter aux producteurs de grains, a-t-il déclaré.

Il est actuellement trop tôt pour évaluer les pertes subies par des producteurs de grain, a-t-il ajouté, puisque la récolte n'est pas terminée. Un bilan sera effectué plus tard.

S'il s'avérait que les pertes sont hors normes, Québec pourrait revoir sa position. À une situation exceptionnelle, il va y avoir une réponse exceptionnelle, a-t-il résumé.

Selon lui, les producteurs de grain sont sortis bien contents de la réunion qui a eu lieu en début de journée.

Avec la collaboration de Stéphane Bordeleau

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