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Climat : plus une minute à perdre pour éviter le pire, avertit l'ONU

Il faudrait réduire les émissions de GES de 7,6 % par an d'ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5° C.

Coucher de soleil avec de la fumée de feu de brousse à Sydney

Photo : Reuters / Stephen Coates

Agence France-Presse

La mise en garde lancée mardi par l'ONU est plus claire que jamais : si le monde remet encore à plus tard les actions immédiates et radicales nécessaires pour réduire les émissions de CO2, la catastrophe climatique ne pourra plus être évitée.

Pour garder un espoir de limiter le réchauffement de la planète à 1,5° C, ambition idéale de l'Accord de Paris, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % par an, chaque année dès 2020 et jusqu'à 2030, selon le rapport annuel du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) (Nouvelle fenêtre). Soit un total de 55 % de baisse entre 2018 et 2030.

Tout retard au-delà de 2020 rendrait rapidement l'objectif de 1,5 °C hors de portée. Et même pour espérer limiter le réchauffement à +2 °C, il faudrait réduire les émissions de 2,7 % par an de 2020 à 2030.

Ces émissions, générées en particulier par les énergies fossiles, ont toutefois augmenté de 1,5 % par an ces 10 dernières années et il n'y a aucun signe [qu'elles] atteignent leur pic dans les prochaines années, souligne le PNUE, notant le nouveau record de 55,3 gigatonnes de CO2 en 2018.

Un retard à rattraper

Le monde a déjà gagné environ +1° C depuis l'ère pré-industrielle. Cela a entraîné une multiplication des catastrophes climatiques. Et chaque demi-degré supplémentaire va aggraver l'impact des dérèglements climatiques.

Or, selon le PNUE, si les émissions se poursuivent au rythme actuel, la planète pourrait se réchauffer de 3,4 °C à 3,9 °C d'ici la fin du siècle. Et même si les États signataires de l'Accord de Paris respectent leurs engagements, le mercure montera de 3,2 °C.

L'ONU assure malgré tout qu'il est encore possible de rester sous +2 °C, et même sous +1,5 °C.

Les signataires de l'Accord de Paris doivent multiplier leurs ambitions par trois pour atteindre le premier objectif, par cinq pour le second. Et ces engagements doivent être suivis d'actions immédiates.

Dix ans de procrastination climatique nous ont mené là où nous sommes, a déclaré à l'AFP Inger Andersen, patronne du PNUE.

Ce constat sombre envoie un message clair à quelques jours de la réunion sur le climat de l'ONU (COP25) à Madrid. Si nous ne prenons pas des mesures urgentes maintenant [...] nous allons manquer l'objectif de +1,5 °C, a insisté Mme Andersen.

Alors que l'Accord de Paris prévoit une révision des engagements des États pour la COP26 à Glasgow fin 2020, pour l'instant, seuls 68 pays se sont engagés à augmenter leur ambition, et parmi eux aucun des plus grands du G20.

Certains de ces derniers, qui représentent 78 % des émissions de la planète, sont d'ailleurs montrés du doigt par le PNUE. Si la Chine, l'UE ou l'Inde devaient respecter leurs engagements actuels de réduction du CO2, au moins sept membres, dont les États-Unis ou le Japon, n'y sont pas.

Une salle de réunion désertée et inondée.

Plus tôt ce mois-ci, la salle du conseil régional de Venise a été inondée, seulement quelques minutes après le rejet d'amendements destinés à combattre le changement climatique.

Photo : Facebook/Andrea Zanoni

L'ONU lance d'ailleurs quelques pistes d'action pour que les pays du G20 fournissent leur part d'efforts dans la lutte climatique : interdiction des nouvelles centrales au charbon en Chine, développement massif d'un réseau de transport public en Inde, ou nouvelles voitures zéro émission d'ici 2030 aux États-Unis.

Ces transformations radicales de l'économie ne pourront se faire sans une évolution profonde des valeurs, des normes et de la culture de consommation, souligne le rapport. Une transition à large échelle qui rencontrera sans aucun doute des obstacles et des défis économiques, politiques et techniques et qu'il faudra accompagner de mesures sociales pour éviter l'exclusion et la résistance au changement.

Des coûts importants

Les efforts passeront aussi par des investissements massifs. Ainsi, dans un scénario à +1,5 °C, le PNUE évoque pour le seul secteur énergétique des investissements de 1600 à 3800 milliards de dollars américains par an entre 2020 et 2050.

Et si les coûts financiers ou sociétaux de cette transition peuvent sembler pharaoniques, tergiverser sera encore pire. Chaque année de retard à partir de 2020 nécessitera des réductions d'émissions plus rapides, ce qui deviendra de plus en plus cher, improbable et difficile, insiste le PNUE.

La preuve, si le monde avait commencé à agir sérieusement dès 2010, il n'aurait fallu réduire les émissions que de 0,7 % par an pour +2 °C et de 3,3 % pour +1,5 °C.

Pour John Ferguson, analyste à l'Economist Intelligence Unit, il est probablement déjà trop tard en raison des écarts entre les promesses des États et ce qu'ils font réellement.

Cet écart explique mon pessimisme sur le fait qu'on ne pourra pas limiter le réchauffement à +1,5 °C, se désole-t-il.

Le rapport 2019 du PNUE propose par ailleurs une nouvelle approche pour calculer les émissions nationales des gaz à effet de serre (GES), en soulignant que les efforts de réduction des pays développés sont souvent partiellement annulés par l’importation de carbone incorporé – autrement dit, la consommation –, un peu comme si les pays riches « délocalisaient » leurs propres émissions. Ainsi, le calcul des émissions dues à la consommation offre un tout autre portrait des pays responsables du réchauffement de la planète que celui traditionnellement utilisé pour calculer les émissions territoriales.

Il en résulte, par exemple, que si l’on tient compte des émissions de consommation, les émissions par habitant de l’Union européenne sont plus élevées que celles de la Chine, disent les auteurs du rapport, qui soulignent que la méthode de calcul actuelle montre plutôt que l'UE et la Chine émettent une quantité similaire de GES par habitant. Or, les émissions de consommation ne sont pas utilisées dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), rappellent-ils.

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