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La pénurie de propane compromet toute une année de travail, plaident des agriculteurs

Une bobonne de propane près de silos et d'un séchoir à grain sur une ferme en automne.

Sans propane, la ferme de Michaël Henrard est complètement paralysée.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Radio-Canada

La pénurie de propane découlant de la grève des employés du Canadien National (CN) paralyse non seulement les récoltes, mais menace aussi une année complète d’efforts dans d’autres secteurs agricoles.

Pour une semaine, deux semaines de manifestation, pour nous en agriculture, c’est une année et demie — peut-être deux ans — qu’on va vivre les secousses de ça, prévient Sylvain Bertrand, un éleveur de poulets de Val-des-Monts, en Outaouais.

Ce sont les producteurs de grandes récoltes — dont dépendent les producteurs de volaille et de porcs — qui ressentent présentement les plus durs effets de la pénurie de propane.

Toutes nos opérations sont arrêtées : on ne peut plus récolter de maïs, on ne peut plus travailler les champs. On a besoin de propane pour recommencer, souligne Micahël Henrard, qui cultive du maïs à Pendleton, dans l’est ontarien.

Michaël Henrard pose pour la caméra devant des bâtiments agricoles sur une ferme. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michaël Henrard est agriculteur dans la région de Pendleton, dans l’est de l’Ontario. Il ne peut pas faire sécher son maïs sans propane.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Rien ne sert de récolter le maïs s’il ne peut pas le faire sécher dans sa machinerie qui carbure au propane. Si la grève de travailleurs du CN perdure, l’avenir est bien peu reluisant, croit le cultivateur.

Si ça décollait dans les prochaines semaines, ça voudrait dire qu’on finirait notre récolte au mois de janvier, peut-être, estime-t-il, en ajoutant qu’une récolte en hiver est synonyme d’importantes pertes et de bris d’équipement en raison du froid.

S’en suivrait un effet domino sur tout son cycle de production annuel, alors que s’achève à peu près la pire année que M. Henrard ait vécue dans sa carrière de cultivateur.

S’il y a trop de neige, on est juste arrêtés et il faut attendre au printemps. Ça, ça affecte la prochaine récolte parce que si on a encore l’ancienne récolte dans le champ, il faut essayer de récolter avant de resemer, explique M. Henrard.

Un autre maillon de la chaîne alimentaire en péril

Alors que les producteurs de grandes cultures sont désemparés, les producteurs de volaille et de porc — qui ont eu une priorité d’approvisionnement parce qu’ils élèvent des animaux — retiennent leur souffle.

Nos [réserves] de propane sont pleines, mais on a environ une douzaine de jours d’autonomie, indique Sylvain Bertrand.Il faut chauffer nos poulaillers à 32°C [...] Si je n’ai pas de propane, c’est la fin de mes élevages, malheureusement, ajoute-t-il, soulignant qu’il pourrait perdre l’équivalent de trois mois d'élevage si le gaz venait à manquer.

Sylvain Bertrand en entre vue à l'extérieur en automne. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sans propane, Sylvain Bertrand ne peut pas chauffer ses poulaillers. Il devra abattre ses poulets s'il ne peut pas y maintenir une température adéquate.

Photo : Radio-Canada

Qui plus est, si les récoltes des grandes cultures sont compromises, ce sera un dur coup pour tout un autre secteur de l’alimentation, avertit M. Bertrand.

Aussitôt que l’hiver arrive, nos confrères des grandes cultures ne seront pas capables de récolter l’alimentation pour nos poulets et pour tous les producteurs de viande, croit-il.

Sans nourriture produite localement pour les animaux, il faudra nécessairement payer le gros prix pour en importer, ce qui aura un effet direct sur la facture d’épicerie des Canadiens, renchérit M. Bertrand.

Le gouvernement fédéral exhorté d’intervenir

Comme des dizaines de leurs confrères qui ont manifesté devant le bureau de circonscription du premier ministre Justin Trudeau, lundi, MM. Henrard et Bertrand demandent au gouvernement fédéral d’intervenir pour que les wagons de propane recommencent à circuler.

Il me semble qu’on fait quelque chose d’important : on nourrit la population.

Sylvain Bertrand, producteur de volaille

Si [le CN et le syndicat] ne s’entendent pas, les seuls qui peuvent faire quelque chose en ce moment, d’après nous, c’est le gouvernement, avance M. Henrard. C’est très frustrant parce que c’est totalement hors de notre contrôle. C’est une grosse compagnie contre un syndicat, indique-t-il.

L’administration Trudeau a dépêché un négociateur à Montréal, où se trouve le siège social du CN, mais c’est là l’étendue de l’implication du gouvernement fédéral dans le dossier pour l’instant.

Des tracteurs devant la gare centrale du CN au centre-ville de Montréal.

Des agriculteurs se sont rendus jusqu'au centre-ville de Montréal pour se faire entendre sur l'impact de la grève au CN sur leur approvisionnement en propane.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le ministre des Transports, Marc Garneau, a assuré dans les derniers jours qu’il comprenait les répercussions du conflit de travail, sans toutefois vouloir s’immiscer davantage dans le dossier. Il espère toujours qu'une solution négociée est possible.

C’est plus important pour [M. Garneau] de régler le dossier par négociations avec le CN que de s’assurer de l’alimentation de ses citoyens et de la viabilité de l’agriculture au Québec, dénonce M. Bertrand.

Au Québec, le propane fournit près de 15 % de toute l’énergie utilisée par le secteur agricole.

Avec les informations de Yasmine Mehdi

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