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Éliminer le Roundup de ses champs, un processus long et risqué

Le glyphosate, un herbicide total très efficace et largement utilisé par les agriculteurs au Canada, défraie la manchette plus souvent qu'à son tour ces derniers temps.

Photo : Reuters / Oswaldo Rivas

Marie-Christine Bouillon

Malgré un cancer qui l’a laissé grandement diminué, un agriculteur de Moose Jaw, en Saskatchewan, Garry Gadd, utilise toujours le pesticide qu’il tient pour responsable de sa maladie : le Roundup. Bien qu’il en ait réduit la quantité, il fait valoir que la transition vers d’autres produits est longue, complexe et coûteuse.

M. Gadd estime qu’il utilise 75 % moins de Roundup aujourd’hui qu’en 2015, mais qu'il n’a pas encore réussi à éliminer complètement le pesticide de sa pratique agricole. Il ne le répand désormais sur ses terres qu’à un seul moment de l’année, avant les semailles, et il porte une combinaison et un masque lorsqu’il doit manipuler le produit.

Nous utilisons toujours le Roundup parce que nous avons investi là-dedans. Nous nous sentons toujours à risque, mais jusqu’à ce qu’il existe quelque chose de meilleur, nous sommes obligés de le faire, même à petite échelle, fait-il valoir.

Pour lui, l’herbicide mis au point par Monsanto et popularisé dans les années 1990 est directement lié au cancer dont il est sorti vivant, mais affaibli, un lymphome non hodgkinien. Pour le moment, rien ne peut confirmer ses dires. C’est pourquoi il est le représentant d’une demande en autorisation d’action collective contre Bayer et son Roundup, déposée en Saskatchewan, en novembre 2018.

Un homme se tient devant des silos à grains.

Garry Gadd, un agriculteur de Moose Jaw, explique de quelle manière il fait sécher ses grains lorsque ses récoltes sont humides.

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Bouillon

Cela fait déjà quatre ans qu’il tente de trouver des solutions de rechange à ce pesticide puissant et efficace, tout en maintenant ses revenus, ce qui n’est pas une mince affaire, selon lui.

Comme la plupart de nos produits sont destinés à l’exportation, nous devons respecter les standards qui nous sont imposés. Donc, nous ne pouvons pas répandre n’importe quel herbicide. Nous devons travailler dans les limites de ce qui est disponible, explique-t-il.

Le directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, abonde dans le même sens. L’utilisation de ce type d’herbicide doit être soigneusement planifiée.

C’est comme déménager. Lorsqu’on déménage, ce n’est pas juste changer d’adresse. On change d’environnement, on change de voisinage, nos enfants vont à des écoles différentes, il y a un écosystème qui est remis en question.

Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire, Université Dalhousie

Avec les années, un producteur va utiliser certains produits qui s’adaptent à [ses sols]. Lorsqu’on change de fournisseur, on remet ça en question, on recommence le processus. Alors, il y a un risque qui met certains agriculteurs mal à l’aise, ajoute-t-il.

Le combat de Garry Gaad contre le Roundup

Évolution des pratiques

Les pratiques agricoles ont beaucoup changé depuis l’époque où Garry Gadd travaillait dans la ferme familiale avec son père, Ernie. Il relate qu’à partir des années 1970 de nouvelles techniques considérées comme moins dommageables pour les sols ont fait leur apparition. Notamment, le semoir pneumatique, une large machine qui permet de semer en profondeur sans retourner la terre.

Comme les mauvaises herbes s’emparaient de plus en plus des champs, les rendements diminuaient. C’est à ce moment que des solutions visant à interrompre le cycle des mauvaises herbes, dont la pulvérisation, ont été introduites, dit-il.

Deux machines agricoles au milieu d'un champ parsemé de neige.

En avant-plan, un semoir pneumatique, qui permet de semer sans retourner complètement la terre. Au second plan, un pulvérisateur, utilisé pour répandre des pesticides.

Photo : Radio-Canada

Selon M. Gadd, l’industrie s’est adaptée à ces nouvelles méthodes qui sont, aujourd’hui, pratique courante. Des joueurs importants comme Monsanto, dont Bayer a fait l’acquisition en 2016, peuvent se permettre de mettre sur le marché des pesticides à prix moindre, ce qui aide les fermes familiales à maximiser leurs profits.

Quelque chose de très simple, qui joue sur la photosynthèse, coûte actuellement deux ou trois fois plus cher que le Roundup. Si ce type de pesticides étaient plus abordables, cela changerait l’attitude de certains agriculteurs et les méthodes qu’ils utilisent, plaide-t-il.

Un homme est assis dans une salle de presse. À sa droite se trouve le logo de Radio-Canada.

Le directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois

Photo : Radio-Canada

Il ne faut toutefois pas blâmer tous les pesticides, estime Sylvain Charlebois. L’arrivée de ces technologies a permis à l’industrie agricole de se développer plus rapidement en éliminant plusieurs obstacles.

La formulation biotechnologique fait en sorte qu’on protège un peu les producteurs des changements climatiques. Donc, on diminue un peu les risques pour les producteurs et on stabilise le marché. Je peux vous dire que, sans l’héritage de la biotechnologie, le prix de plusieurs denrées agricoles aurait fluctué de façon plus dramatique que ce qu’on a vu, assure-t-il.

Pour Garry Gadd, cette transition vers l’élimination totale de pesticides contenant du glyphosate est un chemin long et incertain. Il croit que, si l’industrie, les gouvernements et les universités emboîtaient le pas, ce changement serait plus rapide.

Nous nous éloignons peu à peu du Roundup, mais cela prend du temps et nécessite une coordination avec les universités et le gouvernement, afin que de nouvelles pratiques agricoles soient approuvées ici, comme dans d’autres pays, croit-il.

Quant à la mise en place d’incitatifs financiers ou de soutien économique à cette transition, tant M. Gadd que Sylvain Charlebois sont sceptiques. Le premier explique que les compagnies acheteuses de grains peuvent choisir ou non les produits qui contiennent du glyphosate pour les vendre sur les marchés de leur choix, laissant les agriculteurs tributaires de leur décision.

Mais, pour ce qui est d’obtenir une prime pour des produits sans glyphosate, c’est peut-être une partie du problème, [l'absence] d'incitatifs financiers.

Garry Gadd, représentant d’une demande en autorisation d’action collective contre Bayer en Saskatchewan

Je ne vois pas comment le gouvernement fédéral peut aider, ou les gouvernements provinciaux peuvent aider. Ce sont des choix effectués par des entreprises privées, d’abord. Mais, cela étant dit, c’est certain qu’il faut reconnaître que ce n’est pas facile pour les agriculteurs de changer, estime pour sa part, le directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie.

Le combat de Garry Gaad contre le Roundup

Soutien financier

Agriculture et agroalimentaire Canada (AAC) affirme qu’il existe plusieurs programmes pour aider lesagriculteurs qui cherchent à protéger leurs cultures de manière plus durable. En Saskatchewan, il y a le Programme de gérance agroenvironnementale, qui offre une aide financière pour améliorer les pratiques en place dans les domaines de l’eau, des changements climatiques et de la biodiversité.

AAC affirme que ces programmes comprennent la promotion des pratiques de gestion bénéfiques concernant l’utilisation de pesticides.

Bayer fait face à des demandes d’autorisation d’action collective dans six provinces canadiennes : la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, l’Ontario et le Québec. L’entreprise déclare par écrit avoir publié de nombreuses études qui démontrent l’innocuité de [ses] produits.

Ce qui est loin de convaincre le fermier de Moose Jaw. Garry Gadd compte poursuivre sa transition vers l'élimination complète du Roundup sur ses 4000 acres de terre, à Moose Jaw, en Sasktachewan.

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