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Des mauvais rêves pour affronter nos peurs dans la réalité

La peur rêvée pourrait bien constituer une préparation à la peur vécue.

Des silhouettes visibles devant une lumière diffuse.

Le cauchemar est caractérisé par une peur excessive qui a des impacts négatifs. Le niveau de peur est moindre dans un mauvais rêve et celui-ci peut donc servir de régulateur émotionnel.

Photo : iStock

Radio-Canada

Les mauvais rêves permettraient aux personnes de mieux réagir à des situations angoissantes une fois éveillées, pensent des neuroscientifiques suisses, qui estiment que cette connaissance ouvre de nouvelles perspectives de traitements de l’anxiété.

Les fonctions générales de l’activité mentale durant le sommeil restent mystérieuses.

Nous savons que l’une d’elles est de consolider la mémoire, mais pourquoi rêvons-nous à des scènes de rejet, de conflit, ou qui nous confrontent à nos phobies et à nos peurs? Quelle est l’utilité des mauvais rêves?

Pour répondre à cette question, l’équipe de la Pre Sophie Schwartz, de l’Université de Genève, a analysé les rêves de plusieurs personnes et a identifié quelles zones cérébrales s'activaient lorsqu'elles ressentaient de la peur pendant leurs rêves.

Le groupe de recherche a ainsi constaté qu'une fois les individus réveillés, les zones cérébrales responsables du contrôle des émotions géraient de manière beaucoup plus efficace les situations de peur auxquelles ils étaient confrontés.

Les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Human Brain Mapping (Nouvelle fenêtre) (en anglais) pensent que le rêve permet aux gens de mieux réagir à des situations difficiles une fois réveillés.

Illustration d'une femme dans un lit qui flotte dans les nuages entouré d'oiseaux.

Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, voyait dans le rêve l’accomplissement d’un désir, alors que pour Carl Jung, le principal rôle du rêve est de rétablir l’équilibre du psychisme.

Photo : iStock

Mauvais rêve et cauchemar

Contrairement aux mauvais rêves, dans lesquels le niveau de peur est modéré, le cauchemar est caractérisé par un niveau de peur excessif qui perturbe le sommeil et qui a un impact négatif sur la personne réveillée. Les chercheurs pensent que si un certain seuil de peur dans un rêve est dépassé, celui-ci perd son rôle bénéfique de régulateur émotionnel.

Récemment, des scientifiques ont découvert que certaines régions du cerveau sont responsables de la genèse des rêves, et qu'en fonction du contenu plus spécifique du rêve (perceptions, pensées, émotions), d'autres régions sont également activées.

Nous nous sommes alors intéressés plus particulièrement à la peur : quelles zones de notre cerveau sont sollicitées en cas de mauvais rêve?

Lampros Perogamvros, Université de Genève

Repères

  • L’être humain rêve de quatre à six fois par nuit, parfois plus.
  • Les rêves peuvent durer de quelques minutes à une heure.
  • Au moment du réveil, l’être humain oublie 95 % de ses rêves.
  • Durant une nuit normale, l’être humain passe par quatre à six cycles de 90 minutes de sommeil lent (léger et profond) et de sommeil paradoxal.
  • L’être humain rêve pendant l’équivalent de six ans au cours de sa vie.

La peur au cerveau

Dans leurs travaux, les chercheurs ont placé 256 électrodes sur le crâne de 18 personnes pour réaliser un électro-encéphalogramme à haute densité. Ces participants ont été réveillés plusieurs fois pendant la nuit, et à chaque réveil, ceux-ci devaient répondre à une série de questions telles que : Avez-vous rêvé? Si oui, avez-vous ressenti de la peur?

« En analysant l'activité du cerveau en fonction des réponses des participants, nous avons identifié deux régions cérébrales comme étant responsables de la peur ressentie lors d'un rêve », explique Lampros Perogamvros.

Ces régions sont :

  • Le cortex cingulaire. Il joue notamment un rôle dans la préparation des réactions motrices et comportementales en cas de danger.
  • L'insula. Elle est aussi impliquée dans l'évaluation des émotions à l'éveil, et s'active systématiquement en cas de peur ressentie.

Pour la première fois, nous avons identifié les corrélats neuronaux de la peur lorsque nous rêvons, et démontrons que certaines mêmes régions cérébrales sont activées lorsque la peur est ressentie à l'éveil ou dans un rêve.

Lampros Perogamvros, Université de Genève

L’équipe a ensuite voulu mieux cerner le lien possible entre la peur ressentie lors d'un rêve et les émotions vécues une fois éveillé.

Pour y arriver, elle a donné un cahier de rêves à 89 participants durant une semaine.

Chaque matin, ceux-ci devaient décrire leurs rêves, et indiquer les émotions ressenties, dont la peur.

À la fin de la semaine, ils ont été placés dans un appareil d'imagerie par résonance magnétique (IRM) et on leur a montré des images émotionnellement négatives, comme des agressions ou des situations de détresse, et des images neutres.

Nous voulions voir quelles zones cérébrales s'activaient davantage pour la peur, et si cette activation changeait en fonction des émotions des rêves de la semaine écoulée.

Virginie Sterpenich, Université de Genève

Les chercheurs ont constaté que plus une personne ressentait de la peur dans ses rêves, moins l'insula, le cingulaire et l'amygdale étaient activés lorsque cette même personne était confrontée à des images négatives à l’état d’éveil.

De plus, l'activité du cortex préfrontal médial, connu pour inhiber l'amygdale en cas de peur, augmentait proportionnellement à la quantité de rêves de peur!

Virginie Sterpenich, Université de Genève

S’entraîner à avoir peur

Mme Sterpenich et ses collègues estiment que leurs résultats montrent un lien très fort entre les émotions ressenties endormi et éveillé.

Nos résultats confortent une théorie neuroscientifique sur le rêve, selon laquelle, pendant les rêves, nous simulons des situations effrayantes qui nous préparent à y réagir une fois éveillés, selon elle.

Les rêves peuvent être considérés comme un véritable entraînement de nos futures réactions et peuvent potentiellement nous préparer à affronter les dangers.

Lampros Perogamvros, Université de Genève

Un allié thérapeutique

À l’avenir, la Pre Sophie Schwartz et ses collègues aimeraient bien tester une nouvelle forme de thérapie pour traiter les troubles anxieux par le rêve.

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