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Le budget 2020 de la Ville de Montréal s'envole

L'administration Plante-Dorais entend dépenser 6,17 G$ l'an prochain, une hausse de 8,1 % par rapport à 2019.

Benoit Dorais et Valérie Plante descendent les marchent d'un escalier bras dessus, bras dessous.

L'administration Plante-Dorais a présenté son troisième budget lundi matin dans l'arrondissement de Verdun.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Jérôme Labbé

Montréal n'a jamais autant dépensé. Les contribuables montréalais – qui verront leur compte de taxes augmenter au même rythme que l'inflation, ou presque – feront leur effort de guerre. Mais le gouvernement du Québec augmentera aussi ses transferts pour permettre à la métropole de poursuivre son rattrapage en ce qui a trait aux investissements dans les infrastructures.

Le budget de fonctionnement de 2020 et le programme triennal d'immobilisations (PTI) 2020-2022 ont été présentés lundi matin à la Maison de la culture de Verdun par la mairesse Valérie Plante, le président du comité exécutif, Benoit Dorais, et le directeur général de la Ville, Serge Lamontagne.

La Ville de Montréal entend dépenser 6,17 milliards de dollars l'an prochain, une hausse de 426,9 millions (8,1 %) par rapport à cette année. Il s'agit d'une augmentation bien supérieure à celles de 2019 (4,3 %) et de 2018 (5,2 %), qui avaient déjà été largement dénoncées par Ensemble Montréal, le parti qui forme l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville.

Une bonne partie de cette croissance des dépenses s'explique par une hausse de 190 millions de la stratégie de paiement au comptant des immobilisations, financée par un transfert non récurrent de 150 millions versé par le gouvernement du Québec dans la plus récente mise à jour économique du ministre des Finances du Québec, Eric Girard.

De manière générale, les transferts intergouvernementaux, qui représentaient l'an dernier 5,6 % du budget de fonctionnement de la Ville de Montréal, financent maintenant 8,7 % des dépenses de l'administration.

Pour expliquer la croissance du budget, l'administration Plante-Dorais évoque aussi une augmentation de 63,2 millions de dollars provenant de la Société d’habitation du Québec et de la Communauté métropolitaine de Montréal pour construire des logements sociaux.

Sans ces éléments particuliers, la croissance du budget serait de l’ordre de 209,7 M$ par rapport au comparatif de 2019, soit 3,7 %, écrit la Ville dans son budget.

En conférence de presse, Benoit Dorais a d'ailleurs tenu à rassurer les Montréalais quant au contrôle des dépenses de la Ville, arguant notamment que le poids assumé par les Montréalais et les Montréalaises en taxation diminue encore cette année, passant de 67,5 % en 2019 à 64,2 % en 2020.

Des hausses qui varient d'un quartier à l'autre

Comme l'an dernier, des hausses de taxes proportionnelles à l'inflation seront aussi au rendez-vous. Les propriétaires de résidence verront leur charge fiscale augmenter en moyenne de 2,1 % l'an prochain, alors que les propriétaires d'immeubles non résidentiels verront la leur grimper de 1,5 %. Ces hausses moyennes étaient respectivement de 1,7 % et 1,3 % l'an dernier.

Au moment de finaliser le budget, cet automne, le Conference Board du Canada prévoyait une augmentation de l'indice des prix à la consommation de 2 % pour 2020. Cette prévision a été révisée à 1,9 % récemment.

Au niveau résidentiel, c'est dans Verdun (3,2 %), Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (3,1 %), le Plateau-Mont-Royal (3,1 %) et Ville-Marie (3,0 %) que la hausse de la charge fiscale sera la plus élevée. À l'autre bout du spectre, les propriétaires de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles profiteront d'un gel de taxes. Aucun des 19 arrondissements de la ville n'enregistre de baisse cette année.

Selon Benoit Dorais, ces variations s'expliquent en partie par les hausses prévues dans les plus récents rôles d'évaluation, dévoilés en septembre.

Mais au-delà de ces considérations géographiques, ce sont surtout les propriétaires d'immeubles de six logements et plus qui verront grimper leur avis d'imposition, avec une hausse moyenne de 4,5 %. Ces augmentations seront beaucoup plus faibles pour les propriétaires de maisons unifamiliales (2 %), de multiplex (1,9 %) et surtout de condominiums (0,1 %).

La valeur moyenne d'une maison unifamiliale ayant été fixée à 480 132 $, la majoration de la charge fiscale imposée pour 2020 représentera une hausse moyenne de 78 $ pour les propriétaires de ces résidences.

La mairesse Plante considère pourtant qu'elle ne demande pas aux Montréalais de payer davantage.

On est collé à l'inflation, et on va faire tous ces chantiers-là, a-t-elle déclaré. Tout ce qu'on dit qu'on va réaliser, on va le faire. Donc, je pense que c'est une excellente nouvelle. Moi, je suis très fière du budget d'aujourd'hui, qui est vraiment collé à nos priorités, et qui, en plus, fait beaucoup de place à l'amélioration du quotidien.

Un cadeau pour les commerçants

L'administration Plante-Dorais poursuit par ailleurs sa réforme de la taxation des commerces locaux. L’allégement fiscal de 10 % accordé l’année dernière sur les premiers 500 000 $ d’évaluation passera à 12,5 % sur les premiers 625 000 $ d’évaluation en 2020.

Cette mesure, qui devrait profiter à 92 % des immeubles non résidentiels, devrait encore une fois se faire à coût nul, puisque les propriétaires d’immeubles valant plus de 10 millions de dollars verront leur charge fiscale augmenter de 0,7 %.

Les propriétaires d'immeubles non résidentiels devront toutefois se faire à l'idée que la Ville commencera bientôt à tarifer leur consommation d'eau.

Une « facture à blanc » leur sera envoyée l'an prochain pour leur donner une idée de ce que pourrait leur coûter cette nouvelle forme d'« écofiscalité ». Une vraie facture leur sera transmise l'année suivante, en 2021.

Cette mesure découle de la toute première consultation prébudgétaire menée par la Ville de Montréal, qui a également conduit à la création d'un budget participatif doté d'une enveloppe budgétaire de 10 millions de dollars qui servira à financer des projets proposés par la population.

Le budget 2020 de la Ville de Montréal s'envole

Autrement, le poids de la dette continue de peser lourd sur les épaules de la mairesse et de son administration.

Le ratio de la dette directe et indirecte nette par rapport aux revenus de la Ville, qui était de 89 % en 2017, est passé à 99 % en 2018 puis à 111 % cette année, et il devrait atteindre 109 % en 2020, selon les projections de la Ville.

L'administration Plante-Dorais devra donc demander une nouvelle fois une dérogation au conseil municipal, puisque ce taux ne doit normalement pas dépasser les 100 % en vertu de la Politique de gestion de la dette de la Ville de Montréal, adoptée en 2004.

Ce seuil ne devrait pas être rétabli avant 2027, selon le budget présenté lundi. L’administration Plante-Dorais soutient toutefois que la situation est sous contrôle et qu’elle n’affectera pas sa cote de crédit, qui n'a pas bougé depuis 2015.

La hausse de la dette montréalaise est notamment le résultat d'investissements croissants dans le transport en commun. La Société de transport de Montréal, qui a présenté son budget la semaine dernière, est actuellement responsable de 22 % de la dette totale, alors que ce ratio n'était que de 13 % en 2017.

La conférence de presse, vue de la mezzanine.

La présentation du budget 2020 de la Ville de Montréal s'est déroulée à la Maison de la culture de Verdun.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Pour ne pas trop accroître la dette de la Ville de Montréal, le PTI sera néanmoins stabilisé à environ 2 milliards de dollars annuellement pour les trois prochaines années (2,001 milliards en 2020, 2,015 milliards en 2021 et 2,050 milliards en 2022) pour un total de 6 milliards. C'est environ 400 millions de moins que le PTI 2019-2021.

Ce ralentissement des investissements avait déjà été annoncé vendredi par l’administration Plante-Dorais dans une réplique au Journal de Montréal, qui avait publié le matin même un article faisant état d’une vaste opération de restrictions budgétaires menée le printemps dernier pour éviter de dépasser de 400 M$ le budget en immobilisations de la Ville de Montréal pour l’année 2019.

On est vraiment collés à notre capacité de payer, et c'est dans cet esprit-là, aussi, qu'on a décidé de revoir l'ensemble des chantiers pour bien les prioriser.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Parmi les nouvelles dépenses à souligner, mentionnons notamment le versement de 16,5 millions à BIXI, une somme qui lui permettra notamment de faire l’acquisition de 2266 nouveaux vélos à assistance électrique au cours des trois prochaines années, dont 1000 en 2020.

Le PTI confirme également que la future usine d'ozonation de la station d'épuration de Rivière-des-Prairies coûtera au moins un demi-milliard de dollars.

Des préoccupations exprimées

Les deux hommes en mêlée de presse.

Alan De Sousa (gauche) et Lionel Perez (droite), d'Ensemble Montréal, s'inquiètent de la croissance des dépenses à la Ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Cette croissance des dépenses inquiète les membres d'Ensemble Montréal, qui considèrent que leurs adversaires de Projet Montréal sont en train de continuer à s'endetter de façon astronomique [et de] taxer les générations futures.

Ils sont hors de contrôle, a déploré son chef intérimaire Lionel Perez, et c'est seulement grâce aux fonds reçus cette année du gouvernement du Québec de 150 millions de dollars qu'ils ont pu éviter le gouffre financier de l'année prochaine.

On a dépassé le cap psychologique de six milliards de dollars. C'est du jamais-vu à Montréal!

Lionel Perez, chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal

L'Association des municipalités de banlieue (AMB), qui représente les 15 autres villes de l'île de Montréal, a également manifesté de sérieuses réserves, exigeant par voie de communiqué une révision de la méthode de calcul des quotes-parts des villes liées.

Les sommes versées en quotes-parts par les citoyens des villes liées de l'agglomération sont, dans une très forte proportion, significativement plus élevées que celles de Montréal pour les services d'agglomération, écrit-elle.

L'AMB demande notamment à la Ville de Montréal de revoir sa position et d'élargir le cadre des discussions afin de trouver une méthode de calcul juste, équitable et acceptable pour tous, à défaut de quoi elle demandera au gouvernement Legault de nommer un médiateur indépendant pour dénouer ce qu'elle considère comme une impasse.

Dans le budget de l'an dernier, il était prévu que les villes défusionnées de l'île de Montréal paient 17,2 % des dépenses d'agglomération. Ce taux passera à 17,4 % en 2020.

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