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Cher Monsieur Béland

L'ancien président du Mouvement Desjardins de 1987 à 2000, Claude Béland

Claude Béland disait : « L’objectif, c’est d’être heureux. Ce n’est pas de maximiser ou d’accumuler. »

Photo : Radio-Canada

Gérald Fillion

Chaque fois que le privilège m’a été donné de croiser Claude Béland, l’homme avait toujours un sourire, un bon mot, un commentaire, un livre à me donner, une indignation à partager. Sur les inégalités, les changements climatiques, l’éducation, la démocratie, l’évolution de Desjardins, bien sûr.

C’était un homme d’une grande bonté, d’un charisme incroyable, qui aimait le monde, qui était juste, cohérent, exigeant.

Une exigence face aux décideurs qui ont les manettes du pouvoir entre leurs mains. Une exigence bienveillante pour qu’on se rappelle de l’essentiel, de ce qui est fondamental.

L’objectif, c’est d’être heureux, disait-il, ce n’est pas de maximiser ou d’accumuler.

Il avait cette bienveillance, cette bonté, qu’on voyait dans ses yeux, son sourire, un optimisme contagieux qui lui venait directement de son enfance. L’engagement dans le mouvement coopératif et envers Desjardins prend sa source d’ailleurs chez son père Ben Béland, qui avait fondé la Caisse d’Outremont.

Derrière le regard rieur, il y avait de la conviction et de l’affirmation. Mais il n’y avait certainement pas de la rancoeur ou de la méchanceté. Donc, quand il critiquait Desjardins, il ne le faisait pas par malice ou par nostalgie. Il disait qu’il ne le faisait pas pour nuire.

Il le faisait parce qu’il savait de quoi il parlait. Il a tricoté Desjardins au fil des décennies, il a transformé l’institution. Et jusqu'à ce jour, souvent, les gens le saluaient dans la rue comme étant M. Desjardins ou le patron de Desjardins.

Un des rares dirigeants à être autant aimés du public

L’heure n’est pas à faire le procès de Desjardins. Et quand j’évoque ces choses ici, je ne dis pas que M. Béland avait tort ou avait raison. Mais il avait toute l’autorité pour s’exprimer sur ce sujet. Et il avait une bonne partie des gens avec lui. Rares sont les dirigeants, les décideurs, les leaders, qui ont été autant aimés du public.

Claude Béland sourit.

L'ex-patron du Mouvement Desjardins, Claude Béland, photographié en 2000.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Au printemps 2018, il avait accepté de nous accorder une entrevue dans le cadre de l’extraordinaire émission Les grands entretiens, sur ICI PREMIÈRE. Avec Caroline de la Motte et Louise Brassard, nous avons préparé un entretien bilan de sa vie et de ses réflexions, remontant de l’enfance à aujourd'hui. Il était ravi de cet entretien.

On a longuement parlé de ses parents, de sa vie, de sa femme, de ses enfants et du mouvement coopératif pour lequel il s’est battu toute sa vie. Je lui ai demandé s’il était d’avis que cette institution, Desjardins, se souvenait bien de lui. Il a rétorqué : C’est difficile à répondre. Au niveau des dirigeants, je ne le sais pas. Mais, de la population, certainement.

Écoutez, l’an passé, je suis allé faire un petit voyage en Floride. Je suis allé chez Costco et, en sortant de là, mon épouse m’a dit : "T’es pas sortable!" 80 % des clients étaient des Québécois! [...] Je trouve ça incroyable, ça fait tout de même 20 ans que j’ai quitté Desjardins. Je reçois chaque semaine, encore aujourd'hui, des commentaires par Facebook. Les gens pensent que je suis l’ombudsman de Desjardins!

Claude Béland, en 2018

Dénoncer les inégalités

Cet engagement public, social, politique, il l’a vécu jusqu’à la fin de sa vie. Il était bien inquiet depuis quelque temps des pertes de mémoire qui l’accablaient, me demandant d’être indulgent avant d’aller en ondes. Mais, sitôt l’entrevue lancée, tout y était, le propos, la conviction, l’engagement.

Claude Béland était choqué par les inégalités. On a un document, disait-il, qui se nomme la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui propose une société plus généreuse, mais on a mis sur pied un système économique qui fait exactement le contraire. Le pouvoir économique domine au détriment du pouvoir politique, disait-il.

À mon point de vue, on a laissé tomber l’éducation et le vivre-ensemble. C’est étonnant de voir que même nos grandes maisons d’enseignement s’intéressent au savoir-faire [...] On sait comment aller faire des profits et on ne cesse pas de trouver de nouveaux moyens. Mais le savoir-vivre ensemble, le savoir-être, il ne se fait pas grand-chose.

Claude Béland, printemps 2018

« Est-ce que votre optimisme vous quitte un peu? » lui ai-je demandé. Oui, parce que je n’aurai pas le temps de changer ça, avait-il déclaré.

Effectivement. Mais il restera beaucoup de vous, Monsieur Béland, en chacun de nous.

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