•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pour certains agriculteurs, le manque de propane est loin d'être anodin

Le reportage de Mélissa François

Photo : AFP / MYCHELE DANIAU

Radio-Canada

Il n’aura fallu au cours de la dernière semaine qu’une interruption dans les livraisons de propane par train pour créer, en quelques jours, une crise dans le secteur agricole québécois. Les producteurs de grain s’avèrent particulièrement dépendants de ce carburant fossile, mais comment cela se fait-il?

Le propane est un carburant qui provient principalement de deux sources : le pétrole et le gaz naturel.

Environ 15 % du propane consommé au Québec est un sous-produit du raffinage de pétrole dans la province.

On y consomme aussi du propane produit de la même façon en Ontario. Des gazoducs acheminent pour leur part du gaz naturel depuis l’Ouest canadien.

Ce gaz est transformé en un éventail de produits dérivés, y compris le propane, dans la région de Sarnia, encore en Ontario. C’est de là que vient le gros du propane consommé au Québec.

Mise au point

Une première version de ce texte indiquait que le recours à la biomasse n'est pas possible pour sécher le maïs. Or, c'est plus difficile, mais pas impossible.

Vue aérienne de l'usine de l'Impériale au bord de l'eau à Sarnia

80 % du propane du Québec provient de la raffinerie de Sarnia, en Ontario, et transite normalement par train.

Photo : Impériale

Pas de solution de rechange viable

Le propane est un combustible industriel avantageux. Il se transporte et s’entrepose mieux que les substances dont il est dérivé.

Le propane va avoir une densité beaucoup plus grande à température ambiante, explique Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal. On peut le liquéfier très facilement tandis que si on veut liquéfier le gaz naturel il faut le refroidir à moins de 160 °C. Une fois qu’on a liquéfié le gaz naturel, là on peut le transporter facilement, mais le problème c’est qu’il faut le maintenir à cette température.

Où en est le dossier?

C’est une grève déclenchée lundi dernier par les employés du Canadien National (CN) qui est à l’origine du manque de propane au Québec. Le transporteur ferroviaire et ses travailleurs peinent à signer une nouvelle convention collective.

Lundi, l'Union des producteurs agricoles prévoit manifester devant le bureau de comté du premier ministre Justin Trudeau, à Montréal, pour exiger du gouvernement qu’il force le rétablissement de la livraison de propane, d'une manière ou d'une autre.

Des besoins bien précis

Certains agriculteurs se servent du gaz pour chauffer des bâtiments comme des porcheries ou des poulaillers, mais il est surtout utilisé pour sécher les grains de maïs.

Un brûleur au gaz chauffe l'air dans un grand séchoir, ce qui permet d'abaisser le taux d'humidité des grains pour pouvoir les entreposer sans qu'ils pourrissent.

Quatre silos devant un coucher de soleil

Les silos à grains sont des structures imposantes dont le chauffage est énergivore.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali Amor

Il existe d’autres méthodes de séchage, par exemple en brûlant du bois (biomasse), mais les hydrocarbures sont plus puissants et dégagent donc plus de chaleur.

Le séchage à la biomasse peut convenir pour d'autres types de grains récoltés plus tôt dans la saison, comme le blé, mais c'est plus compliqué pour le maïs, surtout lorsqu'il est récolté dans des conditions difficiles, explique Nicolas St-Pierre, agronome et enseignant au Collège d'Alma.

Quand j’arrive dans le maïs, où je récolte à 25 % d’humidité et que je dois [faire baisser ce taux] à 15 %, j’ai 10 points d’humidité à aller chercher dans des conditions froides. Avec les autres techniques, c’est beaucoup plus difficile à aller chercher. Donc, le propane devient un incontournable.

Le recours à l’électricité n’est pas non plus une option viable, ajoute Pierre-Olivier Pineau, qui évoque l'image d'une sécheuse à linge qui devrait être assez grosse pour sécher des tonnes de grain à la fois. L’appel de puissance de la sécheuse serait démesuré par rapport à ce que les infrastructures, aujourd’hui, peuvent fournir. Et comme ce ne serait utilisé [que pendant quelques semaines au moment des récoltes], ce serait très peu économique.

Il n’existe d’ailleurs aucun dispositif du genre sur le marché.

Avec les informations de Philippe-Antoine Saulnier

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Agriculture

Économie