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Purge LGBT : d'anciens militaires reçoivent des excuses de l’armée

Diane Pitre lors d'une entrevue à la caméra de Radio-Canada.

Diane Pitre a été congédiée des Forces armées canadiennes en septembre 1980.

Photo : Radio-Canada

Il y a eu les larmes, puis les excuses du premier ministre Justin Trudeau. Cela fait deux ans que l’État canadien s’est formellement excusé auprès des employés de la fonction publique fédérale et de l’armée qui ont été victimes d’injustices en raison de leur orientation sexuelle. Depuis quelques semaines, les anciens militaires commencent finalement à recevoir leur lettre d’excuses des Forces armées canadiennes.

Martine Roy l’attendait depuis longtemps. Depuis plus de trente ans. La semaine dernière, elle ouvrait sa case postale lorsqu’elle l’a tenue entre ses doigts pour la première fois.

L’enveloppe était cartonnée, je savais que c’était ça, raconte-t-elle.

Après des décennies d’attente, la voici finalement devant les excuses de l’armée canadienne. Plus précisément, le général Jonathan Vance s’excuse pour un segment regrettable dans l’histoire de notre nation.

Martine Roy lors d'une entrevue à la caméra de Radio-Canada.

Martine Roy a été renvoyée des Forces armées canadiennes en raison de son orientation sexuelle en 1985.

Photo : Radio-Canada

Martine Roy est étranglée par l’émotion. Elle veut lire la lettre avec ses enfants. Âgés de quatre et deux ans, ils ne comprennent pas — ne peuvent pas encore comprendre — ce qu’a été la purge LGBT (lesbienne, gai, bisexuel, transsexuel). Pourtant, leur mère reste marquée par cet événement traumatique.

En 1985, son rêve de faire carrière comme assistante médicale dans les Forces armées canadiennes est détruit. La police militaire l’interroge longuement sur son orientation sexuelle. Peu de temps après, Martine est brusquement congédiée.

Elle tente de faire appel, sans succès. Votre libération est conforme à la politique actuelle des Forces canadiennes à l’égard des homosexuels, lui rétorque le général Gérard Charles Édouard Thériault dans une lettre dactylographiée.

Ça m’a détruite. J’ai sombré dans la drogue, confie Martine en repensant à cette période difficile. Si la lettre de 2019 l’émeut autant, c’est parce qu’elle lui permet de mesurer le chemin parcouru.

Mon premier réflexe, ça a été de mettre les deux [lettres] une à côté de l’autre. C’est choquant, c’est le jour et la nuit.

Martine Roy, ancienne militaire

Selon les Forces armées canadiennes, 406 anciens militaires ont reçu de telles lettres d’excuses : une lettre personnalisée et signée par le grand patron de l’armée.

Parmi eux, Martine Roy, mais aussi Diane Pitre. La résidente d’Embrun en parle aussi avec émotion… Et se souvient du jour où elle a perdu son emploi au sein de l’aviation canadienne : le 24 septembre 1980.

Mon rêve d’enfance était de servir dans les Forces. De me retrouver en dehors de la barrière, je me souviens de cette journée et ça me fait toujours mal, raconte l’ex-militaire.

Maintenant, je peux dire que ce n’était pas correct ce qu’elles ont fait, que [les Forces] l’admettent finalement, ajoute Diane Pitre.

S’excuser pour ne pas oublier

Les excuses de Diane Pitre et de Martine Roy ont été accompagnées d’une compensation financière. Au total, le gouvernement a versé 110 millions de dollars aux victimes d’injustice.

Mais le processus de réconciliation ne s’arrête pas là. Un fonds de 15 millions de dollars a aussi été créé pour des projets de commémoration — notamment un monument national qui doit être érigé dans la capitale d'ici 2024.

Ce n’est pas juste de changer les lois ou de s’excuser nationalement. Il faut changer la culture, plaide Martine Roy, aujourd’hui directrice régionale des affaires LGBTQ2+ à la Banque TD.

On veut s'assurer que ça n’arrive plus, renchérit Diane Pitre. Comme plusieurs, elle attend avant impatience de recevoir sa Citation Fierté Canada, une distinction qu’elle pourra fièrement porter même sans uniforme. Une autre étape dans un long processus de réconciliation.

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