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Québec veut abattre des loups pour sauver le caribou de Charlevoix

Un jeune caribou au pelage blanc et brun, recouvert partiellement de neige

Seuls deux faons, soit des caribous de moins d'un an et demi, ont été observés lors du dernier inventaire, en mars 2019.

Photo : iStock / JellisV

David Rémillard

Avec à peine 26 individus observés cette année, la population de caribous forestiers de Charlevoix n'a jamais été aussi fragile depuis sa réintroduction, dans les années 70. Québec envisage maintenant d'abattre des loups pour l'aider à passer l'hiver.

Les hardes de caribous forestiers de Charlevoix ont complètement disparu en 1920.

Réintroduite de 1969 à 1972, l'espèce y subsiste sur un territoire couvrant notamment le parc national des Grands-Jardins, le parc national de la Jacques-Cartier, le parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie et une partie de la réserve faunique des Laurentides.

Sauf que depuis le sommet de 126 bêtes enregistré en 1992, la petite population isolée vit un déclin constant.

Voilà que sa survie est de nouveau compromise. Selon le plus récent inventaire produit par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), la population a atteint son niveau le plus faible en 50 ans.

Discrètement mis en ligne ces derniers jours, le rapport d'inventaire fait état de seulement 26 caribous forestiers observés lors de survols en hélicoptère effectués du 5 au 27 mars. Des 26 spécimens, seuls deux étaient des faons, confirmant du même coup un taux de renouvellement très faible de la population.

Le taux de survie des adultes est aussi préoccupant, toujours selon le rapport. Sur les neuf caribous portant un collier télémétrique observés lors de l'inventaire, au moins cinq sont morts depuis.

Le déclin de l'abondance et les faibles taux vitaux enregistrés dans les dernières années laissent croire à un avenir incertain pour la population de caribous de Charlevoix.

Extrait du rapport d'inventaire aérien du MFFP

Les causes de sa chute sont connues. Le territoire occupé par le caribou de Charlevoix est fortement perturbé par diverses activités industrielles et récréotouristiques, rappellent les auteurs du rapport.

Les coupes forestières laissent des forêts en régénérescence, ce qui est propice à d'autres espèces, comme l'orignal, réputé pour attirer avec lui des meutes de loups.

Contrôle des prédateurs

Interpellé par Radio-Canada, le MFFP a confirmé la situation très précaire du caribou de Charlevoix.

Devant le déclin important observé cette année, Québec affirme qu'il s’avère nécessaire de mettre en place des mesures de gestion ciblées pour la prochaine saison, a indiqué une porte-parole du Ministère par courriel.

L'abattage de loups, un moyen utilisé ailleurs au pays, est évoqué. Cet abattage sera utilisé, précise-t-on, en complément des mesures de protection et de restauration de l’habitat.

L’opération d’abattage aérien ciblé est facilitée par le repérage des loups grâce aux colliers télémétriques satellitaires et n’est utilisée que lorsque ceux-ci deviennent un danger imminent pour les caribous.

Extrait d'un courriel de la direction des communications du MFFP

En plus de l'offensive aérienne, une campagne de piégeage sera aussi mise à contribution. Les opérations seront menées en collaboration avec le Conseil de la Nation huronne-wendat.

Une mesure extrême

Deux loups, un mâle et une femelle, côte à côte

L'abattage de loups pour conserver des hardes de caribous est une mesure qui a été critiquée en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le contrôle des prédateurs a déjà été utilisé en Colombie-Britannique, où des centaines de loups ont été tués ces dernières années pour protéger certaines populations de caribous.

Pour Martin-Hugues St-Laurent, professeur à l'Université du Québec à Rimouski, une telle mesure peut donner des résultats à court terme, mais elle ne va pas régler le problème de fond qu'est la perte d'habitat.

Diminuer la quantité de prédateurs, c'est un peu une vue de l'esprit. En fait, c'est une mesure de conservation extrême, mais ça ne peut fonctionner que si on fait un effort spectaculaire pour arrêter le rajeunissement de la forêt.

Martin-Hugues St-Laurent, professeur, Université du Québec à Rimouski

L'expert en gestion de la faune terrestre, qui a notamment travaillé sur un plan de redressement de la population de caribous de la Gaspésie, n'hésite pas à taxer les gouvernements de laxistes quand il est question de venir en aide à ce mammifère.

C'est un problème pancanadien et les gouvernements n'ont pas beaucoup de leadership pour décider de conserver des grands placards d'habitat commercial et de freiner les coupes forestières, tranche-t-il.

Plus tôt cette année, M. St-Laurent s'était dit déçu par la nouvelle stratégie annoncée du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour. Ce dernier a reporté à 2023 l'application de la stratégie de redressement de l'habitat du caribou forestier et montagnard du Québec.

Le ministre Dufour a plutôt annoncé des consultations jusqu'en 2022 devant mener à une stratégie globale en collaboration avec le gouvernement fédéral.

Avec la collaboration de Maxime Corneau

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