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Bolivie : le Parlement autorise de nouvelles élections sans Evo Morales

Une manifestation à la faveur d'Evo Morales en Bolivie

De nombreux partisans de l’ex-président estiment qu'Evo Morales a été victime d'un « coup d'État ».

Photo : Reuters / Agustin Marcarian

Agence France-Presse

Le Parlement bolivien a donné son feu vert samedi à l'organisation de nouvelles élections présidentielles et législatives sans l’ex-président Evo Morales, des scrutins censés mettre un terme à l'instabilité née après la présidentielle controversée du 20 octobre.

Le projet de loi autorisant ces élections a été approuvé samedi soir par les députés, quelques heures après le vote des sénateurs. Pour que le texte ait force de loi, il doit encore être promulgué par la présidente par intérim Jeanine Añez.

En parallèle, le gouvernement provisoire a ouvert un dialogue afin de tenter de ramener la paix en Bolivie, où 32 personnes ont trouvé la mort dans des violences depuis la présidentielle du 20 octobre.

L'ancien président Evo Morales s'était alors proclamé vainqueur, mais l'opposition avait crié à la fraude. Des observateurs indépendants ont aussi soulevé des irrégularités et ont remis en doute les résultats officiels.

La présidente intérimaire Jeanine Anez lors d'une cérémonie vendredi au palais présidentiel à La Paz

La présidente intérimaire Jeanine Añez est impopulaire chez les autochtones du pays, envers lesquels elle a souvent été accusée de tenir des propos discriminatoires.

Photo : Reuters / David Mercado

Après plusieurs semaines de manifestations et son lâchage par l'armée, le président en place depuis 2006 a annoncé sa démission le 10 novembre. Depuis, ses partisans manifestent quasi quotidiennement à La Paz et dans d'autres villes pour exiger le départ de Jeanine Añez.

Le texte approuvé par le Parlement prévoit notamment l'annulation du scrutin du 20 octobre. Il interdit aussi à toute personne ayant exercé deux mandats électifs de suite de se présenter pour un troisième, fermant ainsi la porte à une nouvelle candidature d'Evo Morales qui a déjà exercé trois mandats.

Le propre parti d'Evo Morales, le MAS (Mouvement vers le socialisme), qui dispose de la majorité au Parlement, a voté en faveur du projet de loi, mettant ainsi en évidence ses divisions concernant l'ancien président.

En exil au Mexique depuis qu’il a été évincé, ce dernier ne s'était pas exprimé samedi sur ce texte.

Les sénateurs boliviens votent à main levée.

Les sénateurs approuvent un projet de loi sur la tenue de nouvelles élections à La Paz, en Bolivie, le samedi 23 novembre 2019.

Photo : Associated Press / Juan Karita

Libérer les routes

En prenant les rênes de la Bolivie le 12 novembre, Jeanine Añez, une ancienne sénatrice de droite, a promis l'organisation de nouvelles élections pour ramener le calme dans le pays, qui vit sa pire crise en près de vingt ans.

C’est dans ce sens que le gouvernement est allé à la rencontre des protestataires samedi soir à La Paz. L'objectif de cette réunion, a indiqué le ministre des Travaux publics Yerko Nuñez, est d'arriver à avoir un pays 100 % libre de blocages.

Car depuis un peu plus d'une semaine, des partisans d'Evo Morales bloquent les routes reliant La Paz aux régions agricoles du centre de la Bolivie.

La capitale administrative du pays souffre de graves pénuries alimentaires alors que les habitants de Santa Cruz, le grenier de la Bolivie situé dans les plaines du centre, se pressent à l'aéroport pour envoyer des vivres à leurs proches de La Paz.

Les protestataires ont aussi bloqué l'accès à une raffinerie à El Alto, près de La Paz.

Le pays andin est fortement polarisé entre les partisans d'Evo Morales – dont de nombreux indigènes – et ses contempteurs, des citadins des classes sociales supérieures et des plaines orientales du pays.

Des pneus brûlent sur une route.

Les partisans d'Evo Morales bloquent notamment des routes en y enflammant des piles de pneux.

Photo : Getty Images / AIZAR RALDES

Morales accusé de « terrorisme »

Le gouvernement provisoire de Jeanine Añez accuse par ailleurs Evo Morales d'attiser le conflit depuis le Mexique.

Le ministre de l'Intérieur Arturo Murillo a annoncé vendredi avoir déposé une plainte contre lui pour sédition et terrorisme, affirmant qu'il a appelé ses partisans à encercler les villes pour accentuer les blocages. Le parquet a ouvert une enquête.

En réponse, les sénateurs du MAS ont présenté samedi un projet de loi visant à exonérer Evo Morales de poursuites judiciaires, mais Jeanine Añez a aussitôt averti qu'elle refuserait de promulguer un texte qui accorde une amnistie à ceux qui ont commis des crimes, se sont moqués de la loi et ont commis des abus.

Evo Morales, qui qualifie le gouvernement provisoire de dictature, a rejeté les accusations de sédition et de terrorisme, évoquant de fausses preuves.

Ses deux enfants, Evaliz Morales Alvarado et Alvaro Morales Peredo, sont arrivés dans l'après-midi à Buenos Aires, après que les autorités les aient autorisés à quitter la Bolivie.

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