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Colombie : des manifestants défient le couvre-feu décrété par les autorités

Des soldats marchent dans une rue la nuit.

Des soldats patrouillent les rues de Bogota pendant le couvre-feu imposé par le gouvernement.

Photo : Reuters / Luisa Gonzalez

Agence France-Presse

Des manifestants ont défié vendredi le couvre-feu imposé à Bogota, protestant à coups de casseroles devant le domicile du président colombien Ivan Duque, cible la veille d'une mobilisation massive suivie de violences.

Une cinquantaine de personnes chantaient l'hymne national devant la résidence du chef de l'État dans le nord de la capitale, en s'accompagnant d'un cacerolazo, a constaté l'AFP.

Ces manifestants se sont dispersés dans le calme, une heure après le début du couvre-feu à 21 h locales, tandis qu'ailleurs dans la ville, des habitants faisaient aussi depuis chez eux résonner casseroles et marmites.

Environ 300 personnes ont aussi protesté sur la principale autoroute traversant Bogota, qui n'avait pas connu de couvre-feu total depuis des manifestations en 1977.

Trois policiers ont été tués et sept autres blessés vendredi en Colombie lors d'un attentat avec des bombonnes de gaz contre un commissariat à Santander de Quilichao, dans le département agité du Cauca (sud-ouest), a-t-on appris auprès de la municipalité.

Il y a eu un attentat contre le poste de police avec des bonbonnes, qui a malheureusement fait trois morts et sept blessés, dont deux graves, a déclaré à l'AFP le secrétaire de la mairie, Jaime Asprilla, en écartant l'hypothèse que cette attaque ait un lien avec l'actuel mouvement de protestation contre le président Ivan Duque.

Appel au dialogue

Plus tôt dans la soirée, le président de droite avait appelé à un dialogue national.

À partir de la semaine prochaine, je lancerai une conversation nationale, qui renforcera l'actuel agenda de politique sociale, en travaillant ainsi de manière unie avec une vision à moyen et long terme, qui nous permettra de combler les écarts sociaux, a-t-il affirmé, précisant que ce dialogue se tiendrait dans les régions avec tous les secteurs.

Très impopulaire après à peine plus de quinze mois au pouvoir, M. Duque a ainsi fait un premier pas envers les organisations ayant appelé à la plus grande mobilisation sociale de ces dernières années contre le gouvernement.

Il a ajouté avoir décidé de renforcer la présence de la force publique et ordonné le déploiement de patrouilles mixtes de la police et de l'armée de terre dans les lieux les plus critiques.

De son côté, le maire de Bogota, Enrique Peñalosa, a décrété le couvre-feu jusqu'à 6 h samedi, en réponse à des troubles dans des quartiers populaires de cette capitale de sept millions d'habitants.

Auparavant, des centaines de personnes s'étaient regroupées en fin de journée pour des cacerolazos notamment place Bolivar, coeur historique de Bogota, proche de la présidence, et ailleurs comme à Medellín et Cali, deuxième et troisième villes du pays.

Les rassemblements dans la capitale se sont ensuite dispersés, la police antiémeute faisant usage de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes.

Les autorités avaient d'abord fait état vendredi d'un retour à la tranquillité sur l'ensemble du territoire. Mais peu après, de nouveaux incidents opposaient des habitants du sud de la capitale aux forces de l'ordre, près de stations de transport urbain, fermées en raison des dégâts de la veille. Des supermarchés ont été pillés et des autobus attaqués.

Très forte présence policière

M. Peñalosa a en outre instauré la loi sèche, interdiction de vente d'alcool, jusqu'à samedi à la mi-journée, invoquant la crainte de vandales.

Il a ajouté que près de 20 000 policiers et militaires étaient déployés dans la capitale, et avaient procédé à environ 230 arrestations.

En aucune manière, nous n'allons permettre qu'une infime minorité de délinquants détruise notre ville, a-t-il affirmé.

Des entreprises, commerces, établissements scolaires et universitaires avaient fermé tôt, certains protégeant vitrines et façades avec des plaques de bois, voire de métal.

Du fait de la paralysie des transports, José Cervantes, 42 ans, ouvrier du bâtiment, était de ceux qui craignaient de ne pouvoir arriver chez eux avant le couvre-feu, imposé aussi dans des localités proches de la capitale. Les jambes font mal à force de marcher, a-t-il déclaré à l'AFP.

Certains habitants s'étaient armés de gourdins et de couteaux de peur de vols, alors que la capitale était désertée, a constaté l'AFP.

Les cacerolazos, courants dans d'autres pays d'Amérique latine, étaient inusités en Colombie jusqu'à jeudi, où après les manifestations certains ont duré environ trois heures.

Un président impopulaire

Des manifestants accroupis

Des manifestants à Bogota

Photo : Reuters / Luisa Gonzalez

Dénonçant des mesures économiques, sociales et sécuritaires du gouvernement, des centaines de milliers de personnes avaient protesté dans tout le pays au cours de marches majoritairement pacifiques.

Mais lors de violences ensuite, trois civils sont morts et 122 autres, ainsi que 151 membres des forces de l'ordre, ont été blessés, dans diverses villes, selon un bilan officiel.

Ivan Duque, 43 ans, au pouvoir depuis août 2018, pâtit d'un taux d'impopularité de 69 % selon les sondages.

À la grève et aux marches convoquées jeudi par des syndicats de travailleurs s'étaient joints étudiants, indigènes, organisations de défense de l'environnement et d'opposition.

Vendredi, les organisateurs se sont désolidarisés des nouvelles mobilisations. La grève est terminée (...) il faut revenir à la normalité, a déclaré Julio Roberto Gomez, président de la Confédération générale du travail.

Outre une politique de sécurité focalisée sur le narcotrafic, les manifestants dénonçaient des velléités de flexibiliser le marché du travail, d'affaiblir le fonds public des retraites en faveur d'entités privées, et de reculer l'âge de la retraite.

Certains réclamaient aussi des moyens pour l'enseignement public, la protection des indigènes et défenseurs des droits, ainsi que le respect de l'accord de paix signé en 2016 avec l'ex-guérilla FARC, que M. Duque juge trop laxiste.

La mobilisation en Colombie, pays aux inégalités criantes, intervient dans un climat agité en Amérique latine avec des crises, sans dénominateur commun, en Équateur, puis au Chili et en Bolivie.

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