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Qui est Allan Legere, le « Monstre de la Miramichi »?

L’homme, aujourd’hui âgé de 71 ans, a commis cinq meurtres sauvages dans les années 1980 dans la région de Miramichi, au Nouveau-Brunswick.

Une photo d'Allan Legere que montraient les policiers à la population pendant les recherches en 1989.

Allan Legere a terrorisé le Nouveau-Brunswick jusqu'à son arrestation, le 24 novembre 1989.

Photo : Archives

Janique LeBlanc

Allan Legere est détenu à l’Institution à sécurité maximale d’Edmonton en Alberta. Rappel des événements qui ont fait de cet homme un symbole de la terreur.

Allan Legere était déjà craint dans sa région natale de Miramichi bien avant son premier meurtre. Il était reconnu comme un spécialiste de vols et d’entrées par effraction. Il avait eu des démêlés avec la justice et fait de la prison. Les gens qui l’ont connu le décrivent comme un homme au comportement changeant et imprévisible. Joseph Godin l’a fréquenté pendant plusieurs années dans sa jeunesse.

C’est un gars avec deux personnalités. Il pouvait être bon une minute et quinze-vingt minutes après, c’était une personnalité différente. Il fallait que ça aille à sa manière, se souvient Joseph Godin.

Allan Legere avait aussi la réputation d’être violent et de maltraiter les femmes.

Il arrivait dans une salle de danse et si tu étais avec ton mari, il poussait ton mari et disait, ‘tu vas danser avec moi’. Et si tu dansais pas avec lui, il allait battre ton mari, raconte Joseph Godin.

Le Monstre de la Miramichi, 30 ans après

Un premier meurtre

Joseph Godin affirme qu’Allan Legere lui avait demandé de participer à un vol en 1986. Une proposition qu’il a refusée. M.Godin est convaincu qu’il s’agissait du vol perpétré par Allan Legere chez les Glendenning, le 21 juin 1986.

Ce soir-là, Allan Legere, 38 ans, Scott Curtis, 19 ans, et Todd Matchett, 18 ans, se rendent chez John et Mary Glendenning, propriétaires d’un dépanneur à Black River Bridge. Lors du vol, John Glendenning, 66 ans, est battu à mort. Sa femme, Mary Glendenning, 61 ans, est battue violemment et agressée sexuellement, mais elle survit. 

En 1987, Allan Legere est condamné à la prison à vie pour meurtre au second degré sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans. Il a toujours nié avoir été le tueur de John Glendenning. Il avait d’ailleurs promis de se venger contre ceux qui l’ont fait condamner.

Évasion rocambolesque

Allan Legere est incarcéré à l'Établissement de l'Atlantique ( sécurité maximale) à Renous, au Nouveau-Brunswick quand il se rend, escorté par des gardiens, à un rendez-vous médical à l’Hôpital Georges-L.Dumont de Moncton, le 3 mai 1989.

Entrée du pénitencier à sécurité maximale situé à Renous

L'Établissement Atlantique, un pénitencier à sécurité maximale situé à Renous, au Nouveau-Brunswick

Photo : Établissement Atlantique

À son arrivée, il demande d’aller aux toilettes. Il en ressort quelques secondes plus tard, libéré de ses menottes et de ses chaînes aux pieds. Il menace les gardiens avec une arme blanche (une antenne de télévision) qu’il avait cachée sur lui.

Il s’enfuit et prend en otage une conductrice qui sortait du stationnement. C'est alors que commence une des chasses à l’homme les plus longues de l’histoire canadienne.

Cavale meurtrière de 201 jours

Policiers, hélicoptères, chiens-pisteurs, détecteurs de chaleur, armée : de grands moyens sont déployés pour retrouver le dangereux fugitif.  Les signalements d’un suspect lui ressemblant se multiplient dans la région de Miramichi. Le 28 mai 1989, le corps de la propriétaire de dépanneur Annie Flam, 75 ans est retrouvé dans sa maison incendiée. Elle a été battue à mort et violée. Sa belle-soeur, Nina Flam, a survécu aux flammes et à une violente agression physique et sexuelle.

Fin mai 1989, le corps d'Annie Flam, battue et violée est retrouvé dans sa maison incendiée. Sa belle-soeur Nina Flam a survécu miraculeusement.

Annie Flam est la première victime d'Allan Legere après son évasion. Durant sa cavale qui allait durer près de sept mois, il tue quatre personnes et fait quelques blessés graves.

Photo : archives

Ce premier meurtre fait monter la peur à Miramichi. Les gens se barricadent chez eux, font installer des lumières, des barreaux aux fenêtres et certains s’achètent des armes à feu. Tous veulent se protéger d’un meurtrier en cavale qui attaque pendant la nuit.

Joseph Godin affirme qu’il n’avait pas peur d’Allan Legere, mais il n’aurait pas hésité une seconde à l'abattre s’il était venu chez lui pendant sa cavale.

Extrait d'entrevue avec Joseph Godin

Double meurtre

Les signalements se poursuivent, les ressources déployées pour le retrouver augmentent, mais le fugitif court toujours. Le 13 octobre 1989, il frappe à nouveau. Les corps des soeurs Linda, 41 ans, et Donna Daughney, 45 ans sont retrouvés le lendemain dans leur maison incendiée. Elles ont été battues sauvagement et violées. La fête de l’Halloween est annulée à Miramichi. La peur vire à la panique.

La victime du monstre de Miramichi, Linda Daughney est retrouvée morte en octobre 1989.

Donna et sa soeur Linda Daughney ont été tuées sauvagement par Allan Legere.

Photo : archives

Un mois plus tard, le 16 novembre, les paroissiens attendent le père James Smith, en retard pour prononcer la messe à Chatham Head. Un paroissien fait la macabre découverte au presbytère. Le prêtre a été battu sauvagement. Les murs sont couverts de sang. Sa voiture volée est retrouvée peu après à Bathurst. Allan Legere a pris le train pour Montréal. À Lévis, des agents de la Sûreté du Québec, alertés par la GRC du Nouveau-Brunswick, entrent dans le train à la recherche d’un homme barbu, cheveux longs, de 90 kilos (200 livres), avec un tatouage sur l’avant-bras droit.

Les policiers vérifient les papiers d’identité d’un homme aux cheveux courts, sans barbe, beaucoup plus mince. L’homme s’appelle Fernand Savoie et n’a pas de tatouage sur le bras droit. En fait, il s’agit d’Allan Legere qui leur a présenté de faux papiers. L’information policière sur le tatouage était erronée... Il se trouvait sur son bras gauche.

Arrestation digne d’un film

Après quelques jours à Montréal, Allan Legere revient  au Nouveau-Brunswick, à Saint-Jean. Le soir du 23 novembre, il prend un chauffeur de taxi en otage. Armé, il lui ordonne de se rendre à Moncton. En pleine tempête de neige, la voiture fait une sortie de route. Une policière en congé s’arrête pour aider deux hommes en panne sur le bord de la route. Elle est, elle aussi, prise en otage. Allan Legere veut maintenant se rendre à Chatham (aujourd'hui Miramichi).

Lors d’un arrêt pour prendre de l’essence, Allan Legere confisque les clés de voiture de la policière pour aller payer. Elle a une deuxième clé dans son sac à main. Elle et le chauffeur de taxi prennent la fuite dans la tempête. Allan Legere prend un nouvel otage, un chauffeur de camion-remorque, et le somme de se diriger vers Miramichi.

La policière a donné l’alerte. L’étau se resserre. Les policiers repèrent le camion-remorque et le prennent en chasse. Ils érigent un barrage routier à Nelson-Miramichi. Très tôt le matin du 24 novembre 1989, Allan Legere est enfin appréhendé.

Allan Legere quitte le palais de justice les menottes aux poignets.

Allan Legere en novembre 1991.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Procès marquant  dans l’histoire judiciaire du Canada

En 1991, le procès d’Allan Legere est un test juridique pour l’utilisation des preuves d'ADN. Nina Flam, la seule témoin indirecte des quatre meurtres commis lors de sa cavale, n'a pas vu celui qui l'a agressée et tué sa belle soeur. La GRC a toutefois recueilli de l'ADN dans le sperme retrouvé sur les trois femmes assassinées. Kenneth Kid, grand spécialiste international en matière d’ADN  témoigne. Il affirme que l'ADN prélevé sur les trois victimes venait de la même personne et qu’il correspond à celui d’Allan Legere. Selon le spécialiste, il n'y a qu'une chance sur 66 millions que ce ne soit pas l’ADN d’ Allan Legere.  

L'animatrice Céline Galipeau annonçant au Téléjournalla capture d'Allan Légère.

La poursuite d'Allan Legere a été une des plus importantes de l'histoire policière du Canada.

Photo : Radio-Canada

Le jury est convaincu : Allan Legere est reconnu coupable de quatre meurtres au premier degré. Celui qu'on surnomme le Monstre de la Miramichi devient le premier meurtrier canadien condamné grâce aux preuves d'ADN si couramment utilisées aujourd’hui. Allan Legere reçoit une peine de prison à vie. Il est admissible à une libération conditionnelle depuis le 20 novembre 2015, mais selon nos informations, il ne l’aurait pas demandée. Compte tenu de son passé de meurtrier dangereux, Allan Legere passera vraisemblablement le reste de ses jours derrière les barreaux.

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