•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vaincre le cancer en route vers la Coupe Vanier

Louis-Philippe Simoneau en sera à sa 5e et dernière saison chez les Carabins

Photo : Crédit: Carabins de Montréal

Guillaume Piedboeuf

Louis-Philippe Simoneau pourrait bien avoir la conquête de la Coupe Vanier au bout du pied, samedi après-midi, à Québec, mais peu importe le dénouement, le botteur des Carabins a déjà gagné. Le combat de sa vie, l’athlète de 25 ans l’a entamé il y a huit mois, au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

Sur le terrain synthétique du stade Telus, deux jours avant la 55e Coupe Vanier, Louis-Philippe Simoneau est un joueur des Carabins parmi tant d’autres, blaguant avec ses coéquipiers en s’étirant à la fin d’un entraînement.

Ses cheveux et ses sourcils ont repoussé depuis l’été. Ils ne trahissent plus les cinq mois de chimiothérapie qu’il a traversé après avoir reçu un diagnostic de cancer des ganglions, un lymphome non hodgkinien, en février dernier.

Gagne ou perd, le botteur des Bleus jouera le dernier match de sa carrière universitaire, samedi après-midi. Tu m’en parles, j’en ai des frissons. De partager ça avec lui, c’est le plus beau cadeau que je peux avoir, assure son entraîneur, Danny Maciocia. Plus encore que de soulever la coupe Vanier.

Il y a de ces histoires qui transcendent le résultat d’un match de football. L’entraîneur-chef des Carabins et ses joueurs en ont fait l’expérience cette année.

Depuis le début du camp d’entraînement, la présence et les performances de Louis-Philippe Simoneau sont une inspiration dans le vestiaire des Bleus. C’est une inspiration pour nos joueurs, les entraîneurs, l’université et les autres étudiants-athlètes, énumère Maciocia.

Seul joueur de l’équipe actuelle à avoir déjà soulevé une coupe Vanier, en 2014, le botteur est aussi un précieux atout en vue du match ultime de samedi contre les Dinos. Il peut partager son expérience avec ses plus jeunes coéquipiers. Les guider à travers la semaine de préparation. D’autant plus qu’il connaît bien Québec. Il y a joué trois ans avec les Élans du cégep Garneau, remportant un Bol d’Or au passage.

Louis-Philippe Simoneau (no 18)

Louis-Philippe Simoneau (no 18)

Photo : Carabins de l'Université de Montréal

Une deuxième famille

Le natif de Sainte-Hyacinthe achève l’année la plus mouvementée de sa vie, pour le meilleur et pour le pire. Il y a huit mois, toutefois, c’est lui qui avait besoin du soutien de ses coéquipiers. Mes frères, comme il les appelle.

Quand j’ai appris que j’avais le cancer des ganglions, ça a pris une couple de jours avant que je me remette sur pieds. Après ça j’ai passé deux semaines et demie à l’hôpital.

Sa copine, qu’il a demandée en mariage, cet été, une semaine après avoir appris qu’il était en rémission, est restée auprès de lui tout au long des traitements. Mais ses coéquipiers se sont aussi succédé à l’hôpital.

C’est ma deuxième famille. Chaque jour que j’étais hospitalisé, il y avait quelqu’un de l’équipe qui venait me voir. Ils m’ont gardé la tête haute.

Louis-Philippe Simoneau

Sont ensuite venus les longs mois de chimiothérapie. Des traitements brutaux. J’avais mon traitement le mercredi, puis je dormais deux ou trois jours en ligne. C’est ma mère qui me réveillait pour prendre mes médicaments.

Le but premier était de retrouver la santé, évidemment. De vivre. Le deuxième était de pouvoir jouer sa dernière saison avec les Carabins.

Coordonnateur des unités spéciales des Carabins, Byron Archambault a aussi été coéquipier de Simoneau, en 2014. De savoir qu’un de tes joueurs a à se battre contre le cancer, c’est énorme, et, en plus, L-P est un bon ami à moi personnellement. Ça a été un dur moment, mais aussi un moment qui nous a uni, raconte-t-il.

Ça nous a montré qu’on était plus grand que ce qu’on présentait sur le terrain, poursuit-il.

Un exemple de détermination

Sur le terrain aussi des leçons ont été tirées de la détermination de l'inspirant étudiant-athlète. Archambault relate une scène, cet été, alors que son botteur combattait encore le cancer.

Il était sur le terrain, pas de cheveux et pas de sourcils. Il faisait chaud. Il s’essoufflait trop vite pour aller ramasser ses ballons après les avoir bottés, mais il était là. Il se présentait. Il bottait. Quand tu as un gars comme ça sur le terrain, ça remet les choses en perspective pour tout le monde. Tu te dis : ­"C’est quoi mon excuse si se battre pour sa vie n’est même pas une excuse pour lui?"

La bonne nouvelle est tombée en juillet. Louis-Philippe Simoneau était en rémission. Beaucoup de ses coéquipiers étaient chez lui, une semaine plus tard, pour célébrer cette victoire.

Simoneau et dex de ses coéquipiers, vêtus de polos des Carabins, posent avec deux clowns.

Louis-Philippe Simoneau et ses coéquipiers des Carabins en visite d'enfants malades à l'hôpital, quelques jours après avoir appris qu'il était en rémission.

Photo : Société de leucémie et lymphome du Canada

Au début du camp d’entraînement, quelques semaines plus tard, l’ancien des Élans s’est retrouvé en compétition pour le poste de partant avec les trois autres jeunes botteurs de l’alignement. Dans l’équipe, il n’y a pas de passe-droit.

Même s’il avait été nommé sur l'équipe étoile du RSEQ, en 2018, Simoneau devait vite retrouver ses repères et prouver qu’il était encore le meilleur homme pour le poste. Ce qu’il a fait, se voyant confier les placements par Danny Maciocia.

Ça a été dur un peu au début de me réhabituer à mes pas et ma technique, mais après ça, c’est comme du vélo. Ça ne se perd pas trop.

Une étape à la fois

La saison des Carabins n’a pas été parfaite. Des défaites contre le Rouge et Or et, surtout, le Vert et Or, on fait douter bien des gens sur les chances des représentants de l'Université de Montréal d’aller jusqu’au bout.

C’est juste nous autres qui croyaient en nous. On s’est tous soutenus tout le long de la saison. On y a cru et là on est rendu à la Coupe Vanier, résume le botteur.

Quand ce dernier était en traitement pour son cancer, ses coéquipiers sont restés près de lui pour s’assurer qu’il ne se sente jamais seul dans son combat. C’est comme au football. Tu n’es tout seul dans rien. On est tout le temps ensemble sur le terrain, illustre Byron Archambault.

Le parallèle se fait des deux côtés, remarque toutefois Louis-Philippe Simoneau. J’ai suivi les traitements depuis le premier jour que j’ai eu ma mauvaise nouvelle. J’ai suivi toutes les étapes jusqu’à aujourd’hui, donc tout va bien. Pour l’équipe, c’est la même chose. Chaque semaine est une nouvelle étape et jusqu’à date, ça a très bien été.

Ne reste plus qu’une étape à passer pour soulever la coupe Vanier. Plus que quelques bottés de placement à la carrière de Louis-Philippe Simoneau. L’un d’entre eux fera peut-être la différence entre une victoire et une défaite, samedi après-midi.

Une pression qui peut sembler immense sur les épaules d’un seul joueur. Le botteur des Carabins sait toutefois que peu importe à quel point le vent soufflera, ses coéquipiers seront toujours derrière lui.

Je vais prendre un botté à la fois comme j’ai toujours fait. Je me sens juste chanceux de pouvoir être sur le terrain.

Avec les informations de Jean-Philippe Martin

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Football