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Victoria's Secret met fin à son emblématique défilé en décalage avec son époque

Kendall Jenner porte de la lingerie noire.

La mannequin Kendall Jenner lors du défilé Victoria's Secret organisé en novembre 2018

Photo : afp via getty images / ANGELA WEISS

Radio-Canada

À l'ère de la société post-MoiAussi, l'annulation du traditionnel défilé de la marque de lingerie américaine Victoria's Secret reflète la revendication croissante d'une représentation plus variée et plus respectueuse des femmes dans la mode.

Après plusieurs années de chute d'audiences, la décision de mettre fin à ce défilé, né en 1995 et diffusé dans le monde entier, flottait dans l'air depuis cet été.

En 2014, les anges de Victoria's Secret – surnom donné aux mannequins de la marque défilant avec des ailes dans le dos – avaient attiré devant leurs écrans plus de 9 millions de personnes aux États-Unis. En décembre 2018, elles n'étaient plus que 3,3 millions à regarder les mannequins défiler en tenues affriolantes.

Victoria's Secret, qui incarnait autrefois le glamour, attirant les mannequins les plus demandées comme Gisele Bündchen ou Naomi Campbell, n'arrive pas, malgré de récents changements à sa direction, à retrouver un second souffle.

Les ventes ont baissé de 7 % au troisième trimestre de 2019 par rapport à la même période de 2018, et une trentaine de magasins appartenant directement à la marque ont fermé depuis le mois de février.

Une diversité trop peu valorisée

Victoria's Secret semble payer le prix d'une série de polémiques qui ont donné à la marque l'image d'un esprit femme-objet, une image en décalage avec la demande croissante d'une plus grande diversité sur les podiums et la prise de conscience des multiples agressions sexuelles subies par les mannequins.

La marque avait essayé de redresser un peu le tir avec un défilé à la distribution plus cosmopolite en décembre 2018.

Toutefois, quelques jours après, le directeur marketing Ed Razek avait déclenché une vive controverse en écartant la possibilité d'intégrer des mannequins transgenres et des femmes rondes, rejetant ainsi une tendance pourtant forte de la mode ces dernières années. Il avait dû présenter des excuses publiques.

Le milieu du mannequinat touché par des agressions sexuelles

Et le nom de la marque n'a cessé de revenir ces derniers mois en lien avec l'affaire du financier new-yorkais Jeffrey Epstein, mort en prison après avoir été inculpé de multiples agressions sexuelles sur des jeunes filles mineures.

M. Epstein fut longtemps proche de Leslie Wexner, patron de L Brands, la maison-mère de Victoria's Secret.

Bien que M. Wexner eut affirmé avoir rompu avec Jeffrey Epstein il y a plus de 10 ans, L Brands avait indiqué en juillet, après l'inculpation du financier, avoir demandé à des avocats extérieurs de passer en revue tous les liens possibles avec lui.

À l'heure du mouvement MoiAussi, tout cela ne pouvait que desservir la marque.

L'association de défense des mannequins Model Alliance a d'ailleurs salué, sur Twitter, l'annulation du défilé. Elle a souligné que plus de 100 mannequins avaient signé une lettre demandant à Victoria's Secret d'adopter son programme Respect, visant à prévenir les agressions sexuelles et à garantir des conditions de travail équitables.

La marque de Rihanna plus en phase avec la société actuelle

En attendant de voir si Victoria's Secret se remettra de cette série noire, la nouvelle vedette du monde de la lingerie est la chanteuse Rihanna avec sa marque Savage.

Cette dernière est le parfait contre-pied de Victoria's Secret : la diversité est son maître-mot, et les femmes semblent y maîtriser leur corps et leurs désirs, assumant leurs formes sans s'inquiéter du regard des hommes.

C'est chez Rihanna aujourd'hui que les vedettes s'affichent et que les grandes mannequins défilent, comme Gigi et Bella Hadid ou Cara Delevingne, qui ont participé au défilé Savage à New York en septembre.

C'était la première fois sur un podium que je me sentais vraiment sexy, déclarait récemment Bella Hadid au magazine Elle. Je ne m'étais jamais sentie aussi puissante sur un podium, en sous-vêtements.

Avec les informations de Agence France-Presse

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