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« La vie des mamans et des bébés est en danger à l’hôpital de Shawville », croit une infirmière

Un spécialiste de la santé ausculte un bébé avec un stéthoscope.

Une infirmière de l'hôpital de Shawville s'inquiète pour la sécurité des mères et de leurs bébés (archives).

Photo : iStock

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que la pénurie de personnel n’est toujours pas réglée en obstétrique à l’hôpital de Shawville, une infirmière de cette unité s’est confiée à Radio-Canada sous le sceau de la confidentialité pour lancer un cri d’alarme. Elle dit s’inquiéter pour la sécurité des mères et des poupons lorsque l’unité est ouverte, puisque le personnel formé pouvant leur venir en aide serait nettement insuffisant, en plus d’être épuisé.

Une des cinq infirmières de l’unité d’obstétrique de l’hôpital de Shawville a fait fi de l'interdiction de communiquer avec les journalistes pour lancer un cri d'alarme dans le but de protéger ses collègues ainsi que les femmes enceintes et leurs bébés. Radio-Canada lui a attribué un nom fictif, puisqu’elle craint de perdre son emploi.

Rongée par l’angoisse, Martine n’arrive pas à dormir sur ses deux oreilles depuis que la situation a dégénéré cet automne. Seulement 5 infirmières assurent le fonctionnement de l’unité en ce moment, alors qu’il en faut 12 pour assurer le service complet et sécuritaire, selon le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais. Deux des cinq médecins accoucheurs ont aussi choisi de quitter l’établissement à la fin de décembre.

Les cinq infirmières formées en obstétrique à l’hôpital de Shawville ont réalisé un total de 582 heures supplémentaires aux mois d’août et de septembre, en plus de leur quart de travail habituel. Martine admet que les risques de commettre des erreurs sont plus importants lorsque le corps et la tête sont épuisés.

La directrice des soins infirmiers au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais nie toutefois ces allégations et continue d'affirmer que la vie des mères et de leurs nouveau-nés n’est pas mise en danger à l’unité d'obstétrique de Shawville.

« Je tiens à souligner que la sécurité est présente pour les futures mamans du Pontiac. [...] La sécurité est importante pour le CISSS de l’Outaouais.  »

— Une citation de  Marie-Ève Cloutier, directrice des soins infirmiers, CISSS de l’Outaouais

L’angoisse d’un drame sur la conscience

Bien que passionnée par son métier, Martine confie qu’elle subit un stress énorme en raison de cette situation. C’est lors des quarts de travail de nuit qu'elle vit le plus d’angoisse. Le médecin accoucheur sur appel peut être loin, à l’Île-du-Grand-Calumet ou à Aylmer, par exemple, s’inquiète-t-elle.

De son côté, la représentante du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO) pour le Pontiac confirme que ces inquiétudes ne sont pas ressenties seulement par Martine, mais également par d’autres infirmières de l’unité.

Il y a des risques et c’est sûr que c’est une crainte pour les infirmières de l'obstétrique, indique Suzanne Mousseau. Selon elle, les infirmières s’inquiètent de faire des erreurs, tant elles sont épuisées.

Mme Mousseau précise que du personnel infirmier et des médecins de l’urgence peuvent venir prêter main-forte lors de situations graves. Toutefois, ils ne seraient pas toujours disponibles et n’auraient pas reçu la formation spécifique à l’obstétrique, ce qui inquiète ses membres, selon elle.

« Les autres infirmières n’ont pas nécessairement été formées pour aider un bébé en détresse. Et si le médecin à l’urgence ne peut pas se libérer, il pourrait arriver une problématique »

— Une citation de  Suzanne Mousseau, représentante syndicale, SPSO pour le Pontiac

La directrice des soins infirmiers répond pour sa part que l’aide des urgentologues est appropriée lorsqu'ils sont appelés à intervenir d’urgence pour un accouchement.

C’est quand même des médecins urgentologues. [...] Un accouchement peut arriver dans n’importe quelle urgence. [...] Si une femme arrive en accouchement précaire, l’urgentologue va procéder à l’accouchement, assure Marie-Ève Cloutier.

Marie-Ève Cloutier en entrevue à Radio-Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marie-Ève Cloutier, directrice des soins infirmiers, CISSS de l’Outaouais

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Un service offert, malgré l’essoufflement du personnel infirmier

Martine déplore également le manque de reconnaissance du travail des infirmières qui portent l'unité d’obstétrique à bout de bras depuis plusieurs mois. Elle affirme que les gestionnaires semblent se préoccuper de combler les heures, mais qu'ils ne se soucient pas suffisamment des craintes des professionnelles de la santé pour la vie et la sécurité de leurs patientes.

Elle ne comprend pas pourquoi le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais et le gouvernement du Québec gardent l'obstétrique de son hôpital ouverte, malgré les vives inquiétudes verbalisées par les infirmières de l'unité dont elle affirme avoir été témoin.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais rétorque qu’une gestionnaire est en poste en tout temps pour écouter les préoccupations des infirmières et les épauler dans leur travail. La gestionnaire est à Shawville, au quotidien, elle intervient auprès des équipes, elle collabore. Elle fait aussi de la garde avec ses équipes, dit Mme Cloutier.

« Nous faisons tout ce qu’on peut pour les supporter actuellement et maintenir le service aussi auprès de la population. »

— Une citation de  Marie-Ève Cloutier, directrice des soins infirmiers, CISSS de l’Outaouais

Mme Cloutier précise que lorsque les autorités de santé jugent que le manque de personnel rend la situation trop précaire, l’unité d’obstétrique est fermée temporairement puis on redirige les mamans à l’hôpital de Gatineau ou de Pembroke.

La ministre de la Santé du Québec, Danielle McCann, avait elle aussi déclaré il y a deux semaines qu’aucun risque n’est pris. La sécurité des mères et des bébés est notre objectif premier, avait-elle affirmé.

Mais à l’intérieur des murs de l’hôpital de Shawville, Martine n’est pas du tout du même avis.

La façade de l'Hôpital du Pontiac, à Shawville, en automne.

L'Hôpital du Pontiac, à Shawville (archives).

Photo : Radio-Canada / MICHEL ASPIROT

Pas d’incident grave, malgré tout

Malgré ses craintes de devoir vivre avec les conséquences d’un accouchement qui tourne mal, Martine est soulagée qu’aucun incident de cette nature ne soit survenu depuis le début des ruptures de services à l’unité cet automne.

À sept reprises depuis, les autorités de santé ont dû fermer temporairement l’unité et rediriger les femmes enceintes vers d’autres hôpitaux. Martine estime que les infirmières de l'unité s’entraident et viennent au secours de leurs consœurs parfois, afin d’éviter le pire.

Pour nos gestionnaires, nous ne sommes pas seules au département, puisqu’une deuxième infirmière est sur appel à Gatineau ou à Aylmer, par exemple. Mais une femme enceinte de son troisième enfant, elle peut accoucher très rapidement, avant que la deuxième infirmière arrive à l’hôpital. C’est un risque avec lequel on doit composer régulièrement, fait-elle remarquer.

La représentante syndicale pour le Pontiac au Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais, Suzanne Mousseau, explique que l’infirmière sur appel doit demeurer à moins de trente minutes de l’hôpital, en principe. Elle confirme toutefois que, parfois, le bébé est déjà sorti du ventre de la mère lorsque l’infirmière arrive en renfort.

Une fermeture prolongée de l’unité : la solution?

Devant cette situation, Martine considère que le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais devrait évaluer la possibilité de fermer l'unité d’obstétrique pour un certain temps. Selon elle, jusqu’à six mois de répit permettraient à tout le personnel de reprendre des forces et aux gestionnaires de trouver des solutions permanentes.

Sortez-nous de là ou aidez-nous, faites quelque chose, implore Martine. Une fermeture temporaire permettrait également de former davantage d’infirmières de l’hôpital en obstétrique, ajoute-t-elle.

Le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais ne croit toutefois pas qu’une fermeture prolongée de l’unité d’obstétrique soit la solution. Suzanne Mousseau s’inquiète que l’employeur ou le gouvernement profite d’une fermeture prolongée pour justifier une abolition complète de ce service pour la population du Pontiac.

La représentante syndicale affirme que des démarches sont en cours avec l’aide du Tribunal administratif du travail afin d’arriver à diminuer la charge de travail des infirmières en obstétrique. L’employeur nous écoute et il embarque dans nos solutions, affirme-t-elle.

Devant les inquiétudes soulevées par l’infirmière de l’unité qui s’est confiée de façon confidentielle à Radio-Canada, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais affirme qu'il rencontrera les membres de l’équipe.

On va faire le suivi important avec les équipes, on va les rencontrer, mais je n’irai pas plus loin dans cette discussion-là ici, indique Marie-Ève Cloutier.

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