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Antoine Ménard, héros ordinaire de l’exploration dans l’Ouest canadien

Une dessin de Francis Back représentant Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye.

Parmi les voyageurs qui ont accompagné l'explorateur Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye figurent d'illustres inconnus qui ont pourtant permis de pousser plus loin la présence francophone en Amérique.

Photo : Illustration de Francis Back

Pierre Verrière

L’histoire a retenu le nom de Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye et ses explorations à travers l’Ouest canadien. Les noms de ceux qui l’ont accompagné dans ses aventures ont en revanche souvent été oubliés. C’est le cas d’Antoine Ménard, un voyageur du 17e siècle qui s’est aventuré jusqu’au Manitoba et dont l’histoire personnelle permet de mieux comprendre la grande Histoire.

Lorsque Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye s’élance de Montréal en 1738 pour explorer les territoires vierges situés à l’ouest de la Nouvelle-France, il compte parmi ses compagnons un homme de 43 ans, voyageur expérimenté du nom d’Antoine Ménard. Aucun livre n’a été écrit sur lui, il ne figure pas dans les manuels d’histoire et il n’existe pas de stèle à son nom.

Pourtant, c’est à ce figurant de la grande Histoire que l'anthropologue et spécialiste de l’histoire militaire québécois, André Gousse, a consacré deux conférences cette semaine à Winnipeg, au Centre du patrimoine et à l’Université de Saint-Boniface.

Antoine est né à Michilimakinac, un poste de traite où se situe aujourd’hui la ville de Mackinaw dans l’État du Michigan aux États-Unis.

Sa famille est déjà impliquée dans la traite des fourrures. Sa grand-mère est d’origine algonquine et son père est interprète dans un poste de traite pour les relations diplomatiques avec les Autochtones, raconte André Gousse.

Lorsque La Vérendrye l’engage, c’est un homme qui a déjà 30 ans d’expérience dans le domaine de la traite. Il connaît les chemins et maîtrise plusieurs langues autochtones. Meneur d’hommes, son profil fait qu’il est payé deux fois plus que ses compagnons.

Pour Ménard, cette expédition avec La Vérendrye qui le mènera jusqu’au Manitoba est un point d’orgue dans sa carrière, car il participe à une grande expédition pour trouver la mer de l’Ouest. Il participe notamment à l’établissement du Fort La Reine, là où se trouve aujourd’hui la ville de Portage-la-Prairie, indique André Gousse.

Pour autant, Antoine Ménard n’ira pas jusqu’au bout de l’expédition avec La Vérendrye et ne rencontrera pas les Mandans, peuple autochtone dont le territoire se situait dans l'actuel Dakota du Nord. Embauché pour une période d’un an, Antoine Ménard choisit de rentrer à Montréal à la fin de son contrat. Il deviendra agriculteur et plus tard capitaine de milice. Il ne repartira pas en voyage.

À l’époque, les voyageurs étaient les camionneurs d’aujourd’hui, leur mission n’était pas de prélever les peaux, mais d’en assurer le transport sur ce qui était un peu la Transcanadienne du 17e et du 18e siècle, explique André Gousse.

Il a probablement voulu faire un voyage très bien payé pour pouvoir offrir un capital à sa famille, estime André Gousse.

André Gousse donne une conférence dans un local universitaire. On le voit au lutrin.

André Gousse, ancien fonctionnaire de Parc Canada et spécialiste de l'histoire militaire, s'est rendu à Winnipeg à l'invitation de la Compagnie de La Vérendrye.

Photo : Radio-Canada / Pierre Verrière

Selon l’historien, ces voyageurs, qui ont participé à la traite des fourrures et à l’exploration de l’Ouest, représentent une infirme minorité de gens dans la société de l’époque.

On parle de tout au plus quelques centaines d’hommes sur une population estimée à 80 000 habitants à la fin du régime français, note André Gousse.

Mais ce sont des gens qui ont leur importance parce que ce sont eux qui vont découvrir le territoire, établir des relations avec les Autochtones un peu partout et qui vont pousser la présence francophone en Amérique un peu plus loin.

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