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analyse

Mme Freeland, la péréquation et les autres

Chrystia Freeland regarde Justin Trudeau parler aux journalistes devant elle.

La nouvelle vice-première ministre Chrystia Freeland.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Gérald Fillion

Si les environnementalistes sont déçus de ne pas voir Steven Guilbeault à la tête du ministère de l’Environnement, ils peuvent se réjouir en retour de l’annonce de la création d’un comité du cabinet chargé de l’économie et de l’environnement. Vous avez bien lu : le comité ministériel des priorités économiques est maintenant celui de l’économie ET de l’environnement.

Et c’est Chrystia Freeland, maintenant vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernentales, qui va présider ce comité, secondée par le nouveau ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson. Comme le disait mercredi Steven Guilbeault, qui a été nommé au Patrimoine canadien, l’environnement n’est pas l’affaire d’une seule personne.

Dans les faits, plutôt que de braquer les projecteurs sur Steven Guilbeault, le premier ministre Justin Trudeau a décidé d’opter pour une stratégie transversale : sa vice-première ministre, numéro deux de ce gouvernement, sera responsable de la coordination des priorités économiques et environnementales. À la même table – enfin, il était temps –, on va parler des deux sujets qui sont, plus que jamais, liés l’un à l’autre. Ça mérite d’être souligné.

C’est donc Chrystia Freeland qui devra jongler avec les enjeux de développement économique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est elle qui devra trouver des solutions pour parler de l’exploitation des ressources naturelles, particulièrement les énergies fossiles, tout en rappelant l’importance d’atteindre les objectifs du Canada sur le plan environnemental.

C’est elle qui devra convaincre les Albertains qu’il est dans l’intérêt de tout le Canada de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Ça passe par la tarification du carbone, et bien des gens espèrent que le gouvernement fera ce qu’il faut pour amener l’Alberta vers une transition économique qui l’éloignera du pétrole. Mais, bien sincèrement, je ne crois pas qu’il soit dans l’intention du gouvernement Trudeau de ralentir l’expansion de ce secteur.

L’industrie pétrolière a ses défis; le prix est jugé trop bas par plusieurs entreprises pour investir davantage et le manque de pipelines représente un frein à la croissance du secteur. Mais l’industrie maintient ses prévisions d’expansion pour les prochaines décennies.

Chrystia Freeland devra calmer la colère qui gronde en Alberta, la frustration qui habite bien des citoyens, qui estiment que leur province n’est pas traitée correctement à l’intérieur de la fédération. Le premier ministre Jason Kenney a salué la nomination de Mme Freeland, qui a grandi en Alberta et dont le père habite la province.

C’est une femme de grande qualité, a-t-il dit sur les ondes de BNN Bloomberg, jeudi, alors qu’il se trouvait à Houston, au Texas, pour vendre l’expertise pétrolière de sa province. Il s’est dit convaincu qu’elle était la bonne personne pour occuper ce poste.

M. Kenney affirme qu’il y a du travail à faire pour améliorer la compréhension des attentes de l’Ouest et de bien des gens en Alberta qui n’ont plus l’impression d’être partie prenante de la fédération canadienne. Il affirme qu’une vaste majorité d'Albertains sont favorables à la séparation, ou bien sensibles ou sympathiques aux gens qui croient à cette option.

Le défi de Chrystia Freeland est politique et économique : renouer la relation entre l’Alberta et le reste du pays, soutenir l’industrie énergétique tout en transformant résolument le Canada en leader dans la lutte contre les changements climatiques.

Gros dossier!

Le choix de la stabilité

Le gouvernement Trudeau a fait le choix de la stabilité en reconduisant Bill Morneau dans ses fonctions de ministre des Finances. Comme Jean Chrétien l’a fait avec Paul Martin, comme Stephen Harper l’a fait avec Jim Flaherty, Justin Trudeau choisit la continuité en confiant à Bill Morneau le soin de préparer le prochain budget en mars prochain; ce sera son cinquième.

En nommant Jean-Yves Duclos au Conseil du Trésor, le premier ministre cherche aussi à stabiliser la situation alors qu’il devient le quatrième titulaire de ce poste en 2019, après Scott Brison, Jane Philpott et Joyce Murray.

Surtout, il envoie le message clair que ce gouvernement va continuer d’investir dans l’économie et qu’il ne sera jamais question de se barricader dans les ornières du déficit zéro. Jean-Yves Duclos est l’homme qui a mis en place le plus grand succès de ce gouvernement : l’Allocation canadienne pour enfants, une mesure familiale, sociale, qui reflète pleinement la philosophie progressiste de ce gouvernement. Peu de gens incarnent mieux cette philosophie que le député de Québec, maintenant président du Conseil du Trésor.

En campagne électorale, les libéraux ont promis plus de 9 milliards de dollars de nouvelles dépenses pour la première année d’un deuxième mandat, et 27 milliards de dollars en déficit. Il est clair que le gouvernement Trudeau va poursuivre sur la route des déficits, mais tôt ou tard, les ministres Duclos et Morneau devront restreindre leurs choix. Ils feraient mieux de le faire maintenant et non pas d'attendre un ralentissement plus prononcé. Il serait contre-productif de ralentir les dépenses en période de décélération économique ou de récession.

Cela dit, il est important de souligner que le déficit ne dépasse pas 1 % du PIB, ce qui demeure faible historiquement. De 1976 à 1996, le déficit représentait entre 4 % et 8 % du PIB. La dette nette baisse : Ottawa prévoit qu’elle va passer de 30,9 % à 30,2 % d’ici quatre ans.

C’est le choix de la stabilité qui s’impose aussi dans les relations internationales et commerciales. D’abord, Chrystia Freeland demeure en possession du dossier du nouvel ALENA, même si elle est nommée aux affaires intérieures. C’est un bon choix.

Et François-Philippe Champagne, qui a été impliqué dans les dossiers du Partenariat transpacifique et de l’Accord commercial avec l’Union européenne, est bien positionné pour se saisir du délicat dossier de la relation tendue avec la Chine à titre de ministre des Affaires étrangères.

Les embargos, le 5G de Huawei, l’extradition attendue de la chef de la direction financière de Huawei Meng Wanzhou sont quelques-unes des priorités du ministre Champagne.

Cinq défis économiques

L’économie canadienne ralentit depuis le printemps 2017. On a assisté à un rebond temporaire au deuxième trimestre 2019, mais le ralentissement se poursuit. La Banque du Canada s’inquiète du contexte mondial qui se détériore et de l’effet sur les finances des Canadiens très endettés, sur les exportateurs et les prix des matières premières.

Il s’est créé plus de 1,1 million d’emplois depuis quatre ans et le taux de chômage est tombé à 5,5 %. Mais il sera difficile de reproduire ce succès économique d’ici 2021.

Les principaux défis de ce gouvernement sur le plan économique et budgétaire sont :

  1. préparer le Canada à un ralentissement, peut-être à une récession;
  2. ratifier l’ALENA et rétablir les relations cruciales avec la Chine;
  3. régler le dossier du CN;
  4. résoudre la quadrature du cercle en appliquant une stratégie de transition énergétique crédible;
  5. aider à l’accès à la propriété tout en gérant l’enjeu de l’endettement des ménages.

Les analystes politiques sont d’avis, pour la plupart, que ce gouvernement minoritaire pourrait avoir la vie longue. Mais un ralentissement de l’économie, même attribuable à des éléments extérieurs, ce qui est souvent le cas, pourrait changer la donne.

Le gouvernement Trudeau n’a pas le choix d’adopter une approche budgétaire équilibrée. Il doit être proactif en matière de développement économique et doit mettre en place une stratégie efficace d’apaisement avec l’Ouest.

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