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Le Québec a des réserves de propane pour encore une semaine

Des locomotives à l'arrêt dans une gare du CN.

La grève des cheminots du CN force l'arrêt des activités dans plusieurs installations du Canadien National, comme ici, en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Radio-Canada

Le Québec dispose de réserves de propane suffisantes pour assurer son approvisionnement au cours des prochains jours, a assuré vendredi le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, alors que des employés du Canadien National (CN) sont en grève.

Lors d'un point de presse, le ministre Julien a indiqué que les réserves québécoises comptaient quelque 6 millions de litres de propane à l'heure actuelle, et que des mesures avaient été adoptées pour répondre en priorité aux besoins urgents.

Une quantité équivalente se trouverait déjà dans des gares de triage, et elle pourrait être acheminée aux points de stockage québécois, a précisé le ministre, avant d'ajouter qu'un train du CN, parti vendredi d'Edmonton, devrait livrer l'équivalent de 7 millions de litres de propane à son arrivée à Montréal.

En comptabilisant toutes ces quantités, le Québec disposerait d'une réserve d'une vingtaine de millions de litres de gaz propane. Avec un rationnement pour répondre aux besoins essentiels, soit 2,5 millions de litres par jour, [il y aurait assez de propane] pour aller jusqu'à la fin de la semaine prochaine, a précisé M. Julien.

Naturellement, la solution à l'enjeu que nous vivons aujourd'hui, c'est de régler, le plus rapidement possible, le conflit qu'il y a actuellement au CN.

Toujours selon le ministre Julien, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a assuré que les négociateurs d'Ottawa étaient à l'oeuvre pour régler le conflit de travail rapidement.

Marc Garneau lors d'un point de presse à Montréal.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, estime que la négociation est la méthode la plus efficace pour mettre fin au conflit de travail au Canadien National.

Photo : Radio-Canada

Celui-ci, lors d'un point de presse, a assuré que le gouvernement fédéral était au fait de l'impact économique très important du conflit de travail. Je peux vous assurer que [...] nous voulons une résolution le plus rapidement possible, a-t-il dit.

La médiation se poursuit à Montréal; les deux parties sont présentes, et on essaie de résoudre le problème, les différends entre les deux joueurs.

Nous sommes d'avis que la façon la plus probable et la plus rapide de résoudre ce conflit est par la négociation collective, a poursuivi le ministre Garneau.

Ce dernier a confirmé qu'un train de 100 wagons-citernes était parti d'Edmonton en direction de Montréal, mais que celui-ci mettrait quatre jours pour traverser une bonne partie du pays avant d'arriver à destination.

Le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Selon le ministre Julien, le Québec est très largement dépendant de la raffinerie de Sarnia, en Ontario, pour s'approvisionner en propane.

Photo : Radio-Canada

Le Québec dépend de l'Ontario

Au Québec, a poursuivi M. Julien, les principaux besoins en propane sont du côté des agriculteurs, dans le cadre de l'élevage ou pour le séchage des produits végétaux et des grains.

Aucun établissement hospitalier n'est menacé par la pénurie de propane, pas plus que ne le sont les écoles, a assuré le ministre.

Il est toutefois impossible, en attendant la fin du conflit de travail au CN, de s'appuyer sur les sous-produits du raffinage dans les installations pétrolières en sol québécois, puisqu'ils ne représentent que 20 % des besoins, a assuré le ministre.

Les 80 % restants proviennent de la raffinerie de Sarnia, en Ontario, et sont donc transportés par le réseau ferroviaire.

Pour éviter de tels problèmes à l'avenir, faudrait-il construire davantage de gazoducs et d'oléoducs, comme l'a suggéré jeudi le premier ministre albertain, Jason Kenney? À cela, le ministre Julien répond qu'il s'agit d'une situation d'exception. Le propane répond à 1 % de nos besoins énergétiques, au Québec, et on l'a vu, la chaîne d'approvisionnement fonctionne très bien quand il n'y a pas de conflit, poursuit-il.

Pas question, donc, d'examiner l'idée de construire davantage d'infrastructures pour transporter des combustibles fossiles en direction du Québec, affirme le ministre.

Celui-ci ne s'avance pas non plus sur les choix effectués par le CN en matière d'utilisation des trains disponibles pendant le conflit de travail.

Selon le transporteur ferroviaire, seuls 10 % des trains peuvent circuler sur les voies.

[Le CN] a sûrement plein d'engagements en matière de transport des marchandises, par rapport à ce qui est acheté... Je ne peux pas entrer dans les détails de leur priorisation. On constate qu'il y a un effet, qu'on tente de gérer le mieux possible, a déclaré Jonatan Julien.

Une crise « fabriquée »?

Des syndiqués sont réunis autour d'un baril utilisé comme barbecue de fortune.

Des employés du CN faisaient du piquetage vendredi matin au terminal intermodal du CN dans l'arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / YASMINE KHAYAT

La Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC), qui représente les employés en grève, affirme de son côté que la pénurie de gaz propane ne découle pas du conflit de travail, mais qu'elle a plutôt été fabriquée de toutes pièces par le CN pour que la partie patronale obtienne une loi spéciale forçant le retour au travail des grévistes.

On doit se demander si le CN refuse de transporter du propane afin de créer une crise et forcer une loi spéciale de retour au travail.

Lyndon Isaak, président de la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada

Dans un communiqué publié vendredi matin, le syndicat souligne que plus de 1800 ingénieurs de locomotives [représentés par un autre syndicat] et 600 superviseurs [non syndiqués] traversent les piquets de grève chaque jour pour opérer des trains et qu'il y a assez de trains qui circulent pour permettre à l'entreprise de fournir du propane à l'Ontario et au Québec.

Le fait que ces trains ne transportent pas de propane relève d’une décision d’affaires du CN, écrit-il.

Ces affirmations ont été reprises par Christopher Monette, directeur des affaires publiques chez Teamsters Canada.

On continue de négocier de bonne foi; ça n'a pas arrêté depuis le début de la grève, a-t-il par ailleurs affirmé sur les ondes de RDI.

Et il faut rappeler que nous soulevons des enjeux de sécurité ferroviaire et de sécurité au travail. Sommes-nous vraiment plus avancés si les trains continuent de circuler, mais [qu'il existe la possibilité qu']un travailleur fatigué commette une faute et fasse dérailler un train?

Réagissant à la demande du CN, qui souhaite soumettre le conflit à une procédure d'arbitrage exécutoire, M. Monette a rétorqué que le processus en question a toujours été favorisé par les entreprises, parce que cela mène à des fins plus avantageuses pour les entreprises que pour les syndicats.

On préfère négocier de bonne foi, mais si le CN veut s'asseoir et faire ralentir les choses, c'est sûr que, pour l'entreprise, c'est une façon de forcer l'arbitrage, a-t-il ajouté, avant de rappeler que neuf syndiqués étaient morts dans le cadre d'accidents ferroviaires causés par la fatigue depuis deux ans.

Dans une brève réponse transmise par courriel à des questions de Radio-Canada portant entre autres sur les allégations du syndicat, le CN s'est contenté d'appeler les grévistes à accepter l'arbitrage exécutoire comme moyen de mettre fin à ce conflit de travail et afin de retourner immédiatement au service de l'économie canadienne de manière sécuritaire et efficace.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, n'a pour sa part pas voulu commenter les allégations des Teamsters quant au caractère artificiel de la pénurie de propane, se contenant de convier les deux parties à négocier, plutôt qu'à sortir dans les médias.

M. Ford marche dans un corridor.

Doug Ford, après sa rencontre avec Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le chef du gouvernement ontarien, Doug Ford, s'est aussi inquiété de la situation, qualifiant celle-ci de critique lors d'un entretien avec le premier ministre Trudeau, vendredi.

M. Ford a réclamé une action immédiate du fédéral, jugeant qu'une loi spéciale pourrait prendre des semaines avant d'être adoptée par les Communes, et ce, même si les députés étaient rappelés avant la reprise des travaux prévue le 5 décembre prochain.

Teamsters Canada représente environ 3200 cheminots en débrayage depuis mardi. Le syndicat précise dans son communiqué qu'il n'y a pas eu de progrès substantiels à la table des négociations depuis le déclenchement de la grève.

Sans contrat de travail depuis le 23 juillet, les Teamsters se disent préoccupés par les longues heures de travail, des enjeux entourant la fatigue et ce que le syndicat considère comme des conditions de travail dangereuses. L'employeur estime toutefois que cela ne reflète pas le contenu des échanges.

Les négociations se déroulent depuis sept mois, dont cinq sous la supervision d'un médiateur.

Jeudi, le ministre des Transports Marc Garneau a annoncé que le gouvernement fédéral avait mandaté son négociateur en chef pour trouver une issue au conflit de travail – le plus important au CN en une décennie.

Des impacts sur l'économie

Plusieurs secteurs économiques craignent de pâtir de la grève des cheminots.

Au Québec, l'Union des producteurs agricoles (UPA) affirme que la situation est critique pour plusieurs producteurs, car le propane représente près de 15 % de la consommation énergétique totale du secteur agricole québécois. Les secteurs les plus touchés sont les productions de grains, de volailles, d’œufs et de porcs.

Les PME, qui dépendent [des services de transport par rail] pour envoyer et recevoir des produits et matériaux, en subissent aussi les contrecoups, a souligné par communiqué la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), vendredi.

Si la grève s'éternise trop longtemps, elle risque de nuire gravement à l'économie et peut-être même d'entraîner à un certain point des mises à pied et des fermetures, prévient-elle, expliquant que les PME sont particulièrement vulnérables face à cette situation, parce qu'elles n'ont généralement pas les ressources financières nécessaires pour tenir le coup en cas d'interruption prolongée des services de transport ferroviaire.

Si les deux parties n'arrivent pas à trouver un terrain d'entente d'ici le début de la semaine prochaine, nous demanderons à Ottawa d'intervenir en convoquant le Parlement pour faire adopter un projet de loi spéciale, avertit la FCEI.

Dressant un constat similaire, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a pour sa part écrit directement au gouvernement Trudeau pour demander à l’ensemble des parties prenantes de prôner des mesures favorisant le dialogue pouvant aller jusqu’à l’arbitrage exécutoire.

Si le conflit ne se règle pas par la négociation, toutefois, le CPQ demande des mesures exceptionnelles de la part du gouvernement fédéral pour régler la situation rapidement, pouvant aller jusqu’à l'adoption d'une loi spéciale.

Bien que ce genre de solutions ne soit pas optimal, dans le contexte actuel, elles sont incontournables, conclut le CPQ.

Rien à signaler au port de Montréal

Interrogé sur les conséquences de la grève, le port de Montréal a fait savoir de son côté que, pour l’instant, des trains arrivent et quittent toujours le port quotidiennement.

Nous commençons à voir quelques effets du côté de certaines marchandises en vrac (grain et sucre notamment), avec un certain volume qui reste sur nos quais plus longtemps que prévu, mais nous avons encore de la capacité d’entreposage disponible, a précisé la direction par courriel.

Rien à voir donc avec les inquiétudes que suscite le conflit au port de Thunder Bay, où la saison de navigation tire à sa fin, ou au port d'Halifax, où des employés auraient reçu la consigne de ne pas se présenter vendredi par manque de travail.

Avec les informations de La Presse canadienne

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