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Une place en CHSLD plus chère que son revenu total

Une femme assise sur un lit sourit à un homme en chaise roulante.

Diane Beaudoin visite régulièrement son mari, Alain Samson, au Centre d'hébergement Saint-Maurice, à Shawinigan.

Photo : Radio-Canada / Josée Duchame

Camille Carpentier
Mis à jour le 

Payer plus cher que son salaire pour l'hébergement en CHSLD de son mari malade : c'est le combat d'une femme de Shawinigan qui dénonce le manque de ressources pour les personnes de moins de 65 ans qui doivent être placées.

Alain Samson est logé au Centre d’hébergement Saint-Maurice à Shawinigan depuis le mois de juin. Il est atteint d’un cancer des méninges qui paralyse la moitié de son corps. Son épouse, Diane Beaudoin, s’est occupée de lui pendant quatre ans à la maison, mais les besoins d’Alain étaient devenus trop importants, et elle n’arrivait plus à prendre soin de lui.

Il fallait que je reste avec lui 24 heures sur 24, et c'était devenu impossible, regrette-t-elle.

Diane Beaudoin en premier plan ; en arrière-plan, on aperçoit son mari, Alain Samson

La chambre en CHSLD d'Alain Samson coûte 1910$ par mois. «C'est très peu pour certains, mais pour beaucoup de Québécois, c'est énorme», dit sa femme, Diane Beaudoin.

Photo : Radio-Canada

Depuis que son époux est placé en CHSLD, c’est elle qui n’arrive pas à garder la tête hors de l’eau. Alain ne reçoit qu’une rente d’invalidité de quelques centaines de dollars, c’est donc à elle que revient la responsabilité de payer la somme mensuelle de 1910 $ pour la chambre individuelle qu'occupe son mari. Or, Diane et Alain ne sont pas encore assez âgés pour toucher à la pension fédérale de la sécurité de la vieillesse et le salaire de Diane est largement insuffisant pour s'acquitter de cette somme. En fait, depuis que son mari est hébergé, elle a cumulé une dette de plus de 11 000 $.

Ça m’appauvrit incroyablement. Ça me ruine même.

Diane Beaudoin

Afin d’aider les personnes dont le revenu est insuffisant pour payer une place en CHSLD, la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) propose un programme d’exonération. Toutefois, les critères sont tellement restreints que malgré son très faible salaire, Diane Beaudoin n’arrive pas à se qualifier. Pour ce faire, un couple doit posséder des actifs et des placements totaux de moins de 2500 $ et une propriété de moins de 40 000 $.

Depuis des années, des groupes comme l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées dénoncent la désuétude de ce programme.

Il faut remettre le règlement à jour, parce que c'est des chiffres qui ne marchent pas, martèle la présidente de l’association, Judith Gagnon. Il faut que le programme d'exemption soit applicable avec des barèmes qui remontent à la réalité d'aujourd'hui.

Selon elle, près de 70 % des résidents en CHSLD paient la même somme que Diane et Alain, soit le prix maximal. De plus, le nombre de demandes d’exonération est en hausse au Québec.

Programme en révision

De l’avis même de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, les critères de ce programme sont dépassés.

On est en train de réviser ça avec la RAMQ, pour être en mesure de déposer une révision de ce programme-là, assure-t-elle. Ça devrait se faire d'ici 2020.

Impossible pour l’instant de savoir si le programme sera rétroactif. Diane Beaudoin pourrait donc devoir traîner la dette de son mari pendant des années. Elle a bien demandé à la RAMQ une réévaluation de sa contribution, dans l’espoir de ne payer que 25 % de la somme du loyer. En réponse, la Régie lui a demandé de fournir de nombreux documents justificatifs, notamment une pièce justifiant un revenu de 1,58 $.

À bout de ressources et le coeur brisé, Diane Beaudoin fond en larmes quand elle pense aux conditions dans lesquelles son amoureux termine sa vie.

Vous le savez qu'on n'a pas les moyens, sanglote-t-elle. Je perds déjà mon âme soeur. Ce que je souhaite, c’est qu’on nous laisse un peu la paix.

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