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Les anesthésies coûtent cher à l’environnement

Un anesthésiste place un masque par-dessus le visage d'un patient allongé sur une table de bloc opératoire.

Les gaz anesthésiants sont les plus grands contributeurs à l'empreinte écologique des blocs opératoires.

Photo : iStock

Jean-Loup Doudard

Alors que l'Organisation mondiale de la santé considère les changements climatiques comme le plus grand risque pour la santé publique, des hôpitaux canadiens réduisent l’empreinte carbone de leurs blocs opératoires en optant pour des gaz anesthésiants moins polluants.

Vous êtes allongé sur la table du bloc opératoire lorsqu’on vous met un masque par-dessus le visage.

Comptez à rebours à partir de 10.

10, 9, 8, ...

En quelques secondes, vous êtes évanoui.

Pendant ce temps, une dose de gaz anesthésiant passe dans vos poumons avant de s’échapper par la bouche d’aération, puis dans l’atmosphère.

Le sevoflurane et le desflurane sont les deux principaux gaz utilisés pour les anesthésies générales.

Différents gaz utilisés lors d'anesthésie.

Différents gaz utilisés lors d'anesthésie.

Photo : Radio-Canada / CBC

Le potentiel de réchauffement global (une mesure qui permet de comparer l’influence des GES sur le climat) du sevoflurane est 130 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone. Une tonne de desflurane a un impact 2540 fois plus important qu’une tonne de CO2.

En d’autres mots, lors d’une journée normale, un anesthésiologiste utilisant du desflurane a le même impact que s’il sautait dans une voiture et qu’il conduisait 2000 kilomètres, explique le docteur Sanjiv Mathur.

Je considère cela un impact significatif.

Le sevoflurane se dissipe après un an, mais le desflurane s’attarde dans l’atmosphère jusqu’à 14 ans.

Les gaz anesthésiants volatils sont les plus grands contributeurs à l’empreinte carbone du bloc opératoire.

Docteur Sanjiv Mathur, hôpital Horizon Santé Nord

Le docteur Sanjiv Mathur cherche à réduire l’empreinte environnementale de l’hôpital de Sudbury, dans le Nord de l’Ontario. Il a traqué l’utilisation des anesthésiants lors des quelque 12 500 opérations qui en nécessitent lors d’une année complète.

Les anesthésistes de cet hôpital utilisaient les deux gaz à peu près à la même proportion.

Selon ses calculs, si un anesthésiste remplace le desflurane par le sevoflurane, il peut à lui seul éliminer l'équivalent de ce que 10 Canadiens produisent en émissions de gaz à effet de serre par an, soit 100 tonnes de CO2.

Depuis la publication de ces résultats, la plupart des anesthésistes à Sudbury ont cessé d’utiliser le desflurane, sauf dans certains cas précis, dit-il.

Un docteur pose un masque à oxygène par-dessus le visage d'un homme allongé sur la table d'un bloc opératoire.

Le docteur Sanjiv Mathur simule une anesthésie en bloc opératoire. Depuis la publication de sa recherche, la plupart des anesthésistes de Sudbury ont cessé d'utiliser le desflurane.

Photo : CBC / Casey Stranges

Il a cependant fait face à une certaine résistance lorsqu’il a présenté ses premiers résultats à Montréal. Certains hôpitaux ont une préférence marquée pour le desflurane, selon lui.

L’un des scénarios où l’on croit [le desflurane] supérieur, c’est chez les patients âgés et leur vitesse de rétablissement après une anesthésie. Vous vous imaginez que quand vous avez plus de 80 ans et que vous recevez ces drogues puissantes, ça peut prendre du temps pour récupérer.

Mais son dernier article publié dans le Journal canadien d’anesthésie démontre qu’il n’y a virtuellement aucune différence de rétablissement entre le sevoflurane et le desflurane.

La « solution ultime »

En Ontario, de plus en plus d'hôpitaux choisissent de recycler entièrement les gaz anesthésiants ultrapolluants.

Environ 200 blocs opératoires ontariens recueillent les exhalations des patients dans un contenant fabriqué par une petite entreprise torontoise, Blue-Zone Technologies.

Une cinquantaine de conteneurs en métal sur une table.

Les gaz anesthésiants passent par les poumons des patients avant de finir dans ces conteneurs.

Photo : Radio-Canada / Charlotte-May Mondoux-Fournier

Ces contenants sont envoyés à un petit hangar au nord de Toronto où l’on reconvertit une partie de ces gaz sous forme liquide. On en fait alors un anesthésiant générique qui sera revendu aux hôpitaux. Ce produit n’a pas encore été approuvé par Santé Canada toutefois.

Capturer ces émissions avant qu’elles n’atteignent l’atmosphère est la solution ultime.

Dusanka Filipovic, présidente de Blue-Zone Technologies

Les hôpitaux peuvent à la fois réduire leurs émissions de GES et faire baisser le prix des anesthésiants grâce à l’entrée de son produit sur le marché, dit-elle.

Ce service coûte déjà 15 000 $ par année aux hôpitaux de l'University Health Network, à Toronto.

Des centaines de blocs opératoires en Alberta et à Terre-Neuve-et-Labrador utilisent la technologie de Blue-Zone. Des discussions sont en cours avec des hôpitaux québécois et à l’international, dit Dusanka Filipovic.

Des émissions records

Malgré ces avancées, l’impact écologique de certains gaz anesthésiants atteint des niveaux records au pays.

Le protoxyde d’azote, mieux connu sous le nom de gaz hilarant, est utilisé dans certains blocs opératoires et cabinets de dentiste. En 2017, c’est plus de 440 000 kilotonnes d’équivalent CO2 en gaz hilarant qui ont été relâchées dans l’atmosphère au Canada, le taux le plus élevé depuis 1990.

Les plus grands émetteurs de protoxyde d’azote au Canada demeurent toutefois les secteurs de l’énergie et de l’agriculture.

Mais malgré tout le bon vouloir des anesthésistes, la solution doit nécessairement venir des politiciens, selon lui.

S’il y avait un prix approprié sur la pollution sur ce qui a été identifié comme GES, cette drogue ne serait plus économiquement compétitive.

Docteur Sanjiv Mathur, hôpital Horizon Santé Nord

Les administrateurs d’Horizon Santé Nord travaillent à éliminer complètement l’achat de desflurane dans un avenir proche.

Le docteur Mathur espère que tous les hôpitaux canadiens lui emboîteront bientôt le pas.

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