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Pédophilie : le mutisme de l'évêque Peter Sutton

Dehors une journée d'hiver, Peter Sutton et Alexis Joveneau.

À droite, l’évêque Peter Sutton, en compagnie du père Alexis Joveneau

Photo : BAnQ / Fonds Alexis Joveneau

Anne Panasuk

L’évêque du diocèse de Labrador-Schefferville de 1974 à 1986, Peter Sutton, a gardé pour lui les allégations d’agressions sexuelles commises par un de ses prêtres au Labrador, selon des informations de l’émission Enquête.

Une mère innue, avec l’aide de l’anthropologue-interprète José Mailhot, se plaint à l’évêque Sutton, en 1982, des agissements du missionnaire Léonard Paradis à Sheshatshit. Elle raconte que ce dernier invitait de jeunes garçons à dormir au presbytère et que, durant la nuit, il s’introduisait dans leur chambre pour soulever les couvertures et les toucher.

Plutôt que de s’en remettre à la police, l’évêque Peter Sutton fait sa propre enquête. Sa conclusion surprend José Mailhot. « Il a dit qu’il n’y avait pas lieu de faire de poursuite ni quoi que ce soit, parce qu’il a interviewé les jeunes garçons, et il y avait plein de contradictions dans leurs témoignages », se rappelle l’anthropologue-interprète, qui souligne que l’évêque avait même évoqué qu’il soupçonnait « que les garçons étaient partiellement complices, qu’ils aimaient ça ».

Peter Sutton décide tout de même de muter le missionnaire à Utshimassit, autrefois nommé Davis Inlet, une communauté innue à 300 km plus au nord, totalement isolée sur la côte du Labrador, sans route. C’était envoyer le loup dans la bergerie, s’exclame José Mailhot.

Sept ans plus tard, l’oblat Léonard Paradis plaide coupable à des accusations d’attouchements sexuels sur de jeunes Innus. Au procès, Peter Sutton témoigne du fait qu’il avait été averti, mais que son enquête n’avait rien donné. Le missionnaire Paradis est condamné à trois ans de probation.

Depuis, il a quitté la prêtrise et vit à Ottawa. Joint au téléphone, il ne veut pas faire de commentaires.

L’évêque Sutton avait aussi protégé Alexis Joveneau, un autre oblat qui aurait agressé des dizaines d’Innus sur la Basse-Côte-Nord. Il est ensuite devenu archevêque. Il est mort en 2015, sans jamais avoir eu à répondre de son mutisme.

D’une paroisse à l’autre

« Si ces gens-là ont fait autant de ravages, souligne Alain Crevier, animateur de la défunte émission Second regard, c'est parce que quelqu’un au-dessus d'eux ou autour d'eux les protégeait. Les déplaçait d'une paroisse à une autre, d'un diocèse à un autre, à la limite d'une province à une autre. »

Ce dernier déplore que très peu d’évêques aient été traduits devant les tribunaux pour non-assistance à des enfants qui ont été violés. Selon lui, seule une enquête comme celle qui a été effectuée à Philadelphie, aux États-Unis, ou en Australie permettrait de découvrir l’ampleur des agressions et du silence assourdissant des autorités religieuses.

L’avocat Alain Arsenault, qui mène un recours collectif contre les Oblats, partage cet avis. Il souligne qu’il y a d’autres poursuites qui représentent des centaines de personnes qui disent avoir été victimes de religieux, tout en rappelant que seulement une personne sur dix ose dénoncer. « Ça donne une idée de l’ampleur du phénomène au Québec et voilà pourquoi il devrait y avoir une commission d’enquête », conclut-il.

À écouter : 

Chemin de croix, notre balado qui documente des tragédies vécues dans des communautés atikamekw et innues du Nord québécois. Cela débute par le mystère de jeunes enfants dont on perd la trace dans des hôpitaux, et nous mène à la révélation de sévices sexuels à grande échelle qui auraient été commis par au moins 10 oblats.

Retrouvez tous les reportages de l'émission Enquête

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