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Les hommes ont eu presque deux fois plus de chances d’être élus à Ottawa

L'attachée assemble des cocardes devant des pancartes électorales de Lyne Bessette.

Le nombre record de candidates aux élections fédérales ne s’est pas traduit par la parité à Ottawa. Pourquoi?

Photo : Radio-Canada / Fanny Lachance-Paquette

Mélanie Meloche-Holubowski

Même si les partis politiques ont recruté un nombre record de femmes candidates aux plus récentes élections fédérales, seulement 16 % d’entre elles ont été élues, comparativement à 29 % des hommes.

Environ 42 % des candidats recrutés cet automne par l’un des cinq grands partis étaient des femmes, soit une hausse de 11 % par rapport à 2015.

Ce progrès ne s’est toutefois pas reflété dans les résultats finaux et dans la composition de la Chambre des communes. Dix femmes de plus ont été élues le 21 octobre dernier, une augmentation de seulement 3 % depuis 2015.

Un peu plus de 70 % des députés sont des hommes.

Je ne suis pas surprise. Mais je suis déçue de voir qu’il n’y a toujours pas de progrès, dit Melanee Thomas, professeure agrégée en sciences politiques à l'Université de Calgary.

Et tout comme en 2008, en 2011 et en 2015, la proportion de femmes qui ne remportent pas leur circonscription est plus élevée que chez les hommes.

Selon les données compilées par Radio-Canada, seulement 98 femmes candidates sur 596 (16 %) ont gagné leur circonscription, comparativement à 240 hommes sur les 830 (29 %) qui se sont portés candidats.

Pour la chercheuse, le problème n’est pas que les électeurs canadiens ont davantage tendance à voter pour un homme. C’est plutôt que trop de candidates sont placées dans des circonscriptions où il est difficile, voire impossible d’être élue, explique Melanee Thomas.

Pour cette élection, 23 % des candidats dans des châteaux forts étaient des femmes, par rapport à 77 % pour les hommes. Ainsi, seulement 14 femmes ont remporté des châteaux forts, comparativement à 48 hommes.

Les hommes sont presque systématiquement nommés dans des châteaux forts que le parti peut gagner et les femmes sont encore des “agneaux sacrificiels”.

Melanee Thomas, professeure à l'Université de Calgary

Un château fort est une circonscription gagnée par un parti, au moins deux fois de suite, avec une marge d’au moins 10 points de pourcentage de marge.

Le 21 octobre, 80 % des candidats placés dans des châteaux forts ont remporté leur circonscription. « Lorsque les femmes sont placées dans des châteaux forts, elles peuvent gagner », assure Melanee Thomas.

Par ailleurs, les 517 nouvelles recrues des partis ont aussi eu moins de chances d’être élues que les hommes recrues : 6,2 % des femmes candidates pour la première fois ont été élues, par rapport à 11,3 % des 629 hommes qui se présentaient pour la première fois.

Certains partis traînent la patte en matière de parité

Les données montrent que tous les partis, à l’exception du Parti conservateur du Canada (PCC), ont réussi à faire élire au moins 30 % de leurs candidates.

Mais si le Parti libéral du Canada (PLC) se targue d’avoir nommé un Cabinet paritaire et affirme être un gouvernement féministe, Mme Thomas rappelle qu’il faudrait aussi que le caucus libéral soit paritaire. Seulement 33 % des députés libéraux élus en octobre sont des femmes.

Une femme regarde directement la caméra.

Melanee Thomas, professeure agrégée en sciences politiques à l'Université de Calgary

Photo :  CBC / Tracy Fuller

Au PCC, les femmes représentent moins de 20 % du nouveau caucus. Pour Melanee Thomas, cela indique qu’une grande majorité des femmes qui se sont présentées sous la bannière des conservateurs ont été des agneaux sacrificiels.

Le directeur des communications pour le PCC, Cory Hahn, dit que son parti est fier d’avoir recruté le plus de femmes candidates dans l’histoire de notre parti.

Pourtant, le PCC et le PLC n’ont pas réussi à franchir le cap de 40 % de femmes candidates, contrairement au Nouveau Parti démocratique (49 %) et au Parti vert (53 %).

Melanee Thomas réplique qu’il est choquant de voir qu’en 2019, les conservateurs nous demandent de les féliciter pour avoir atteint 30 % de femmes candidates. Pourtant, tous les autres partis ont atteint et dépassé ce seuil depuis un bon moment.

Elle croit que les partis qui n’ont pas atteint la parité doivent se poser de sérieuses questions.

Pourquoi ne sont-ils pas prêts ou capables d’avoir plus de femmes candidates?

Melanee Thomas, professeure à l'Université de Calgary

Instaurer un meilleur processus de nomination

Pancartes de Justin Trudeau et de Sophie Veilleux.

Le processus de sélection et de nomination doit changer pour donner une chance égale aux hommes et aux femmes de se faire élire, soutient Melanee Thomas.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Afin d’augmenter le nombre de femmes élues, Mme Thomas croit que les partis doivent absolument miser sur un meilleur processus de sélection et de nomination.

Elle précise que les chefs de parti exigent désormais des preuves montrant que la recherche de candidats a été exhaustive, mais elle estime que les partis ne semblent pas effectuer une recherche aussi poussée qu’ils le prétendent.

Trop souvent, dit Mme Thomas, les associations locales acceptent le premier candidat venu sans nécessairement faire une recherche plus poussée pour recruter des candidats plus diversifiés.

Mme Thomas note que la parité ne sera pas établie du jour au lendemain ou de façon linéaire, mais l’impact peut être immédiat lorsque les partis s’y engagent. Elle cite le Québec, où plus de 40 % des élus sont des femmes, depuis que tous les partis ont signé un engagement de parité.

Avec les informations de Valérie Ouellet et Naël Shiab

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