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Roundup : poursuivre Bayer pour éviter à d’autres agriculteurs le même cauchemar

Garry Gadd estime qu'il est de son devoir de sonner l'alarme afin d'éviter à d'autres de vivre les mêmes ennuis de santé que lui.

Photo : Radio-Canada

Marie-Christine Bouillon

Le représentant d’une demande en autorisation d’une action collective lancée en 2018 en Saskatchewan, la première déposée contre Bayer et son pesticide Roundup au Canada, est déterminé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter à d’autres le cancer qu'il a dû combattre.

J’ai réussi à traverser cette épreuve et j’en suis reconnaissant. Alors peut-être que, si j’ai survécu, c’est pour pouvoir raconter ce qui m'est arrivé, lance un agriculteur de Moose Jaw, Garry Gadd, les larmes aux yeux.

Il y a quelques mois à peine, c’est la colère qui l’habitait. L'homme de 63 ans est convaincu que le lymphome non hodgkinien dont il est guéri aujourd'hui, a été causé par plus de 20 ans d’utilisation de l'herbicide Roundup.

Garry Gadd a toujours du mal à concevoir que, en 2019, Santé Canada ait renouvelé l’approbation du glyphosate, l’ingrédient actif du Roundup, pour une période de 15 ans, et ce, malgré la vive opposition de médecins et d’environnementalistes. Il est convaincu qu’il doit faire sa part.

Je ne suis pas Santé Canada! Je n’ai pas l’autorité de signer un avis disant : "Ne respirez pas les vapeurs de ce produit ." Mais ce que je peux faire, c’est exposer le point de vue d’un utilisateur et affirmer que quiconque a besoin d’utiliser ce pesticide doit prendre des précautions supplémentaires, explique l’homme à la carrure imposante.

Un homme marche dehors. Un chien est près de lui.

Garry Gadd, 63 ans, doit vivre avec des problèmes cardiaques depuis un traitement de chimiothérapie qui l'a guéri d'un lymphome non hodgkinien.

Photo : Radio-Canada

Garry Gadd a grandi dans une ferme. Il fait partie de la troisième génération d’agriculteurs de sa famille. Il cultive du canola, du lin et du blé sur ses terres près de Moose Jaw, dans le sud-ouest de la Saskatchewan.

Ma mère dit que j’ai commencé à transporter le grain de la moissonneuse-batteuse quand j’avais 8 ans. Elle m’aidait à l'apporter jusqu’à la vrille et à verser le grain. Puis, je rapportais le camion sur le terrain pour que papa le remplisse, se souvient-il.

Son père, Ernie, est mort au printemps dernier, à 85 ans. Même à cet âge, il donnait toujours un coup de main à son fils et à ses petits-fils, Eric et Brian, dans la ferme. Ces dernières années, cette aide était des plus précieuse, vu les problèmes de santé de Garry.

Un homme fort K.O.

C’est en 2014 que la vie de la famille Gadd a basculé. Après avoir mentionné à son médecin des douleurs au dos durant un rendez-vous de routine, Garry Gadd se voit obligé de passer plusieurs examens médicaux. Puis, c’est le diagnostic que personne ne veut entendre : il souffre d’un cancer qui attaque les ganglions et le système immunitaire, le lymphome non hodgkinien.

S’en suit un traitement de chimiothérapie difficile qui laisse d’importantes séquelles.

La chimiothérapie a guéri le cancer, mais a causé des dommages irréversibles à mon cœur.

Garry Gadd, représentant d’une demande en autorisation d'action collective contre Bayer en Saskatchewan

Son coeur ne fonctionne plus qu’à environ 20 % de ses capacités, ce qui donne à Garry Gadd l’impression de vivre dans le corps d’un vieillard.

Garry a toujours été un homme très, très fort physiquement. [...] On le taquinait souvent. Il était capable de soulever un camion et de faire une tonne d’autres choses fascinantes qui demandaient énormément de force, confie son épouse, Tami.

C’est difficile de voir quelqu’un qui était aussi dynamique, fort et habile, perdre ses capacités.

Tami Gadd, épouse de Garry Gadd

Aujourd’hui, Garry Gadd confie qu'il a de la difficulté à monter ou à descendre un escalier. Il travaille toujours dans la ferme, mais son épouse et ses fils le surveillent de près.

Une femme est assise dans un divan et regarde à sa droite.

Tami Gadd s'inquiète pour la santé de son mari, Garry Gadd.

Photo : Radio-Canada

S’il va s’occuper de quelque chose dehors et qu’il prend du temps à revenir, je dis à mon fils Eric, qui habite toujours avec nous : "Tu devrais aller voir si ton père va bien." Parce qu’on ne sait jamais s’il est OK ou s’il s’est effondré ou quelque chose comme ça, raconte Tami Gadd.

C’est justement pour ses fils et pour tous les autres jeunes agriculteurs que le fermier de 63 ans a décidé d’aller de l’avant avec les démarches judiciaires. C’est d’ailleurs lui qui a contacté la firme d’avocats réginoise spécialisée en recours collectifs, Merchant Law Group, en novembre 2018.

Nous avions déjà commencé à travailler sur le Roundup bon nombre d'années avant qu’il entre en contact avec nous, dit le directeur de la firme Merchant Law Group, Me Tony Merchant.

S’attaquer à une entreprise de cette taille comporte des risques importants. Donc, nous prenions notre temps, mais les faits entourant le cas de Garry Gadd étaient si convaincants que nous avons décidé d’aller de l’avant.

Me Tony Merchant, directeur, Merchant Law Group

Gadd contre Bayer, David contre Goliath

Garry Gadd estime qu’il est de son devoir de mettre en garde ses collègues agriculteurs contre les dangers potentiels du Roundup. Bien plus qu’un dédommagement monétaire, il souhaite que Bayer modifie son protocole de sécurité et oblige les utilisateurs du pesticide contenant du glyphosate à porter un masque afin d’éviter d’inhaler les vapeurs de ce produit chimique.

Le problème, c’est un manque de sécurité et l’absence d’avertissements. [...] M. Gadd représente un cas typique et convaincant de ce qui ne va pas dans la manière de commercialiser et de présenter le Roundup, fait valoir Me Merchant.

Bayer assure quant à elle que le glyphosate est sans danger.

Santé Canada n’a pas ménagé ses efforts pour effectuer l’examen et a une fois de plus conclu que le glyphosate est peu susceptible de présenter un risque de cancer chez l’humain, écrit la multinationale allemande par courriel.

Elle ajoute toutefois que son équipe compatit avec les plaignants, tout en affirmant : Les herbicides à base de glyphosate ne sont pas la cause de leur maladie.

Nous entendons défendre vigoureusement nos produits. Le glyphosate a beaucoup été étudié par des scientifiques et les autorités réglementaires du monde entier, et les résultats des recherches confirment qu’il n’est pas carcinogène.

Bayer Canada

Garry Gadd dit qu'il est obligé d'utiliser le pesticide qu’il tient pour responsable de son cancer, mais qu'il a amorcé la transition complexe vers l’élimination complète de ce produit. D’ici là, il porte une combinaison et un masque lorsqu’il répand du Roundup sur ses terres au printemps, avant les semailles.

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