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Rosalie Vaillancourt : enfant roi et baveuse au grand cœur

La jeune femme avec un chandail noir et une jupe rose tient un micro dans sa main. Elle est sur scène pour son spectacle d'humour.

Rosalie Vaillancourt lors la première de son premier spectacle au Théâtre Maisonneuve

Photo : Bruno Destombes / La Tribu

Radio-Canada

CHRONIQUE - Le jour de ses 27 ans, l’humoriste Rosalie Vaillancourt s’est offert le cadeau de ses rêves : Enfant roi, un premier spectacle solo pleinement assumé, qui dévoile une jeune femme drôle, irrévérencieuse et brillante. Une nouvelle recrue qui, contrairement à l’enfant roi, se soumet aux critiques avec humilité et abandon.

Un texte de Pascale Lévesque

Le 13 novembre, c’était l’anniversaire de Rosalie – mais surtout, c’était soir de première au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Une bien grande salle pour cette humoriste encore verte, sortie il y a seulement quatre ans de l’École nationale de l’humour (ÉNH).

Pour ce face-à-face, je rencontre la fêtée au Doggy Café, où Chantal peut l’accompagner. Parce qu’ici, c’est ce petit mâle – qui porte un nom (habituellement) de madame – qui devient la vedette quand l'humoriste y vient pour écrire ou y peindre des aquarelles, son nouveau dada. La zoothérapie y côtoie en quelque sorte l'art-thérapie.

C'est pas très beau. Ce qui m'amuse, c'est de faire le portrait des gens, leur offrir en cadeau, et de voir le malaise sur leur visage, ricane Rosalie en me montrant une photo de son metteur en scène Pierre-François Legendre avec son œuvre d’art.

Indéfinissable

Même si elles sont toutes différentes dans le ton, les critiques de ce premier spectacle s’avèrent positives dans l’ensemble pour la fêtée; La Presse a parlé d’un « Slinky rebondissant », Le Journal de Montréal la compare à Denis La Malice et Le Devoir, à Mafalda. D'autres, comme moi, voient en elle l’énergie, le cran et le tempérament de la Julie Snyder de l’époque de Sortir et L’enfer, c’est nous autres.

Ma mère m’a déjà fait la remarque. Elle trouve Julie brillante, funky et allumée. Moi, je l’aime parce qu’elle s’est fait toute seule et que j’admire ça. J’ai juste à ne pas marier un gars de Québecor!, lance-t-elle en riant fort.

Les deux femmes sont assises à une table dans un café et discutent ensemble.

Rosalie Vaillancourt en compagnie de Pascale Lévesque au Doggy Café

Photo : Pascale Lévesque

Ce qui est certain, c’est que Rosalie Vaillancourt est difficile à définir même après un spectacle de 90 minutes. C’est bien que tout le monde ne voit et ne pense pas la même chose en me voyant, commente-t-elle.

Rosalie se serait satisfaite de la critique, très positive, de Dominic Tardif du Devoir. Il a compris que je prônais la bienveillance. C’est tout ce que je voulais entendre. Mes parents me l’ont lue par Skype. On a pleuré en famille, raconte-t-elle. La dernière phrase du papier résume bien sa démarche : « Le pouvoir de la reine est d'autant plus redoutable lorsqu'elle a construit de ses propres mains son trône. »

Si des gens ont cru en elle, et que la chance lui a souri, Rosalie est fière d’être arrivée où elle est aujourd’hui, en dépit de sa singularité. 

La pire chose à dire à un ou une humoriste, selon Rosalie

Elle avoue avoir été piquée au vif par cette ligne écrite par Véronique Lauzon de La Presse : « Même si on ne rit pas à se taper sur les cuisses, on sourit fort, du début à la fin. On sourit bien fort. » Ouch. C’est la pire chose que tu peux dire à un humoriste! s’exclame-t-elle.

« Pire que de dire que c’était vraiment mauvais? »

« Non, quand même, je préfère qu’elle sourie, mais en tout cas, qu’elle le fasse avec du bruit! » renchérit l’humoriste en remerciant son chum d’avoir dédramatisé sa petite crise d’orgueil en souriant très fort à tout, toute la journée.

Sur scène, elle appuie sur tous les boutons, allant de la sexualité aux mimiques les plus désinvoltes pour gagner l’attention de la foule. Même ses décrochages sont volontairement planifiés, avouera-t-elle, quoi que les gens en pensent.

Elle en met plein la vue pour qu’on la suive tout au long de son histoire d’enfant gâtée qui doit prouver qu’elle est une bonne personne, sinon une sorcière la transformera en… marde.

Plusieurs éléments d’Enfant roi – l’utilisation de la vidéo, la mise en scène appuyée, le scénario de type Disney, une grosse fleur dont les pétales s’illuminent au fur et à mesure qu’elle réalise son défi – sont reprochés par les uns, salués par les autres. Mais tout ça est fait pour que tout le monde suive. Et que par ricochet ça serve tant son public de 20 ans que celui de 60, si cher à son cœur.

Faire plus stupide que la stupidité

L’humoriste ne cherche pas tant à plaire, mais plutôt à rassembler. Je ne veux pas intellectualiser mon humour, mais parfois c’est du Southpark qu’il nous faut, souligne-t-elle. À ce chapitre, son numéro – délirant – où elle commente des illustrations ratées de bébés dans les peintures médiévales est particulièrement efficace.

Et c’est un peu ça, sa méthode de travail : partir d’une idée simple et drôle, puis, si c’est pertinent, proposer une réflexion plus grande que le gag en soi.

Comme lorsqu’elle étale les messages reçus par des hommes sur les réseaux sociaux. Ou qu’elle désamorce une question raciste en se donnant des airs stupides, plus stupides que le problème illustré.

C’est une blague sur un ex, dans laquelle mes amis me demandent à quel point il est musulman. [Je réponds : “Ben pas tant, il ne porte même pas le voile!”

Au premier degré, j’ai l'air stupide. Au deuxième degré, c'est ta question qui est si stupide, et je vais te répondre avec quelque chose de pire.

Rosalie Vaillancourt

Pour être certaine que personne n'échappe rien de ce deuxième degré, Rosalie résume l'heure et demie de son spectacle par une phrase bien simple : Bref, ne laissez pas les sorcières définir qui vous êtes.

Une femme, micro à la main, présente son spectacle d'humour.

L'humoriste Rosalie Vaillancourt sur scène.

Photo : Bruno Destombes / La Tribu

Rosalie, elle, se dessine comme elle veut. Comme ses aquarelles ratées. C’est bien pourquoi elle fait autant réagir. On aime ou on n’aime pas. Faut dire que pour elle, le test a commencé avant même qu’on entende ce qu’elle avait à dire. Sa voix enfantine polarise depuis toujours et continue de le faire aujourd’hui, dans les réactions à son spectacle.

Je suis pas juste la fille qui a une voix fatigante. Je l’aime, ma voix. Je ne peux pas la changer, même si je pense qu'il y a des gens qui ne pourront jamais passer outre ça. Comme ils ne pourront pas passer outre que Safia Nolin est allée un jour dans un gala habillée bizarre, se défend-elle.

Le plaisir du métier

L’importance de rester soi-même malgré le regard des autres.

Parfois, je pense que c’est parce que je suis une femme et qu’on n’est pas habitués à voir une femme faire ce qu’elle veut sur une scène.

Rosalie Vaillancourt

« Ou pas, ajoute-t-elle. En tout cas, ça m’a décomplexée et quand j’ai réalisé que le public venait pour me voir, ça m’a complètement libérée de cette impression de répondre aux attentes de mes pairs », raconte la jeune femme.

Preuve que son bonheur est communicatif, pendant l'entrevue, une dame qui passait par là a vu Rosalie par la vitrine du café pour chiens. Elle est entrée, a bravé les pitous, puis s'est avancée vers elle pour lui souhaiter bonne fête et lui dire à quel point elle l’aimait avec toute sa folie. J’ai 62 ans et je suis proche aidante pour ma mère qui en a 94. J’ai besoin de ça, de ces niaiseries, ça m’aide à passer au travers et ça rend la vie plus légère, lâche l’élégante dame prénommée Andrée. 

Entourée de Chantal le Cavalier King Charles et ses amis à quatre pattes, ce n’est pas de zoothérapie qu’elle avait besoin, mais de « Rosaliethérapie ».

Enfant roi, de Rosalie Vaillancourt, est en tournée partout au Québec.

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