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Occupation... simple

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Le journaliste Kevin Sweet réfléchit sur l'idéalisation de la vie à deux et la modernisation des histoires d'amour au petit comme au grand écran.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

BILLET - Trouver l’amour et vivre en couple n'est pas la seule voie vers le bonheur. Et ce n’est pas l’unique façon de réussir sa vie non plus. Pourtant, c’est encore le message envoyé par notre société aux personnes célibataires - surtout aux femmes - à une époque où de plus en plus de millénariaux redéfinissent la notion d’une vie à deux. Dans un tel contexte, les histoires d’amour aux petits et grands écrans ont-elles encore leur place?

L’actrice britannique Emma Watson, féministe engagée à l’aube de la trentaine, a récemment provoqué tout un débat autour du terme « célibataire ». Questionnée sur son statut social lors d’une entrevue accordée au magazine Vogue en Angleterre, au début du mois de novembre, elle a affirmé qu’elle n’est pas célibataire, mais plutôt en « relation avec elle-même ».

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L'actrice Emma Watson en entrevue avec British Vogue, le 5 novembre 2019.

Photo : Youtube British Vogue

Sa déclaration peut sembler banale, mais cette sortie publique s’avère importante puisqu’elle abat de vieux stéréotypes, dont celui de la jeune femme célibataire préoccupée par l’idée de vieillir seule... avec ses chats.

Il faut dire que cette image de la vieille fille perdure.

D’ailleurs, les femmes célibataires ont même leur propre sainte patronne en Catherine d’Alexandrie. La fête qui porte son nom, la Sainte-Catherine, célébrée le 25 novembre, est aussi connue comme « la fête des vieilles filles ». La coutume voulait que les jeunes femmes n’ayant pas trouvé de mari à l’âge de 25 ans devaient coiffer un bonnet, s’auto-proclamant ainsi destinées à mourir seules.

Si cette logique s’appliquait en 2019, le bonnet serait assurément un accessoire aussi populaire que le téléphone intelligent.

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Gravure représentant la sainte Catherine d'Alexandrie réalisée par A. Revel, d'après le croquis de C. Landelle.

Photo : iStock / Fierce Abin

Selon une étude de l’institut Gallup réalisée en 2016, 59 % des millénariaux sont célibataires aux États-Unis. On peut présumer que le portrait est comparable au Canada.

Pourtant, en 2019, bien qu’elle soit ambassadrice pour les Nations-Unies, une militante pour les droits des femmes et une icône de toute une génération, on demande encore à Emma Watson si elle a un copain et si elle souhaite fonder une famille.

On pourrait croire que l’importance de former un couple relève d’une époque révolue. Force est de constater que ce n’est pas tout à fait le cas.

Car comment expliquer autrement le phénomène de la téléréalité The Bachelor, où des femmes se battent, parfois littéralement, pour l’attention et l’affection d’un homme?

The Bachelorette, bien qu’en inversant les rôles et donnant à la femme le droit de choisir l’élu de son coeur, vise malgré tout un même but : se faire offrir une bague au terme du processus.

Au Québec, la prémisse d’Occupation Double est à peu près la même.

Ces émissions attirent encore des millions de téléspectateurs, tout en perpétuant des clichés sur les femmes, dont celui qu’elles doivent à tout prix se trouver un mari pour se sentir comblées.

Le temps des Fêtes est aussi synonyme d’une avalanche de films à la Hallmark, où Noël sert de toile de fond pour des histoires d’amour et des contes de fées irréalistes. Vous noterez d'ailleurs que le synopsis est pratiquement toujours le même aussi : une femme carriériste à New York doit rentrer dans son patelin d'urgence en raison d'un parent mourant. Là, elle renoue avec son amour de jeunesse, un homme qui n’a jamais quitté la ferme familiale où il dresse (probablement) des chevaux sauvages. Elle tombe éperdument amoureuse de lui et tourne le dos à sa nouvelle vie et à sa carrière.

Au début du film, elle est indépendante dans la Grosse Pomme. À la fin, elle semble avoir trouvé le bonheur en « popotant  » de la confiture aux fraises... à L’Orignal.

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Une scène tirée du clip «Courage», de Céline Dion

Photo : YouTube / CelineDion

Même Céline Dion n’a pas eu le temps de profiter pleinement de sa nouvelle liberté, à la suite du décès de René Angélil, avant que les rumeurs la jettent dans les bras d’un jeune homme prénommé Pépé. Or, Pépé, comme Ziggy, est un garçon pas comme les autres...

Il y a tout de même une lueur d’espoir.

Des films comme La reine des neiges - un film de Disney, ironiquement - fait souffler un vent de changement dans le monde du cinéma. Voilà un bel exemple d’un conte de fées dans lequel la princesse, exilée dans un château de glace qu’elle a construit de ses propres mains, n’attend pas l’amour d’un prince charmant pour être libérée, mais plutôt celui de sa soeur cadette.

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La reine des neiges, de Chris Buck et Jennifer Lee

Photo : Disney

Le film Les quatre filles du Docteur March, qui prendra l’affiche à Noël, raconte lui aussi l’histoire de soeurs qui devront compter les unes sur les autres lorsque leur père sera envoyé au front, en pleine guerre de Sécession. Les personnages du roman de l’Américaine Louisa May Alcott, à la base de cette adaptation cinématographique, sont considérés comme les premiers modèles féministes importants du XIXe siècle.

Il n’est donc pas étonnant qu’Emma Watson ait accepté de jouer dans ce film.

Ce faisant, l’actrice poursuit ce qu’elle fait depuis le début de sa carrière, notamment en incarnant Hermione Granger, la jeune sorcière dans la série de films Harry Potter. Oui, Hermione tombera éventuellement amoureuse, mais ce n’est pas avant que l’auteure J. K. Rowling ait d'abord misé sur son intelligence, son autosuffisance et ses relations avec ses amis pour la faire évoluer et lui donner la place qu'elle mérite.

L’amour est une quête, mais ce n’est pas celle de tout le monde. Et si on tient à nous la raconter, il faudra être plus inventif et aller au-delà des histoires d’amour traditionnelles auxquelles Hollywood nous a habitués.

Il est temps de mettre sur la glace tous ces clichés perpétués par les comédies romantiques et les contes de fées, pour que nous soyons tous du culte du couple enfin… libérés, délivrés.

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