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Itinérance et perte de travailleurs : les conséquences de la pénurie de logements

Une affiche "à louer" dans une fenêtre.

Les logements vacants se font rares en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine.

Photo : Radio-Canada

Catherine Poisson

La pénurie de logements à Gaspé et aux Îles-de-la-Madeleine fait couler beaucoup d'encre depuis quelques années. L'enjeu touche l'ensemble de la région, et a des conséquences parfois dramatiques pour les humains derrière les statistiques.

Il n'est pas surprenant que le taux d'inoccupation des logements à Gaspé et aux Îles-de-la-Madeleine retiennent l'attention. À respectivement 1,2 % et 1,4 %, ces taux sont préoccupants.

Or, la situation n'est pas plus rose ailleurs dans la région, selon le directeur général du Groupe ressource en logements collectifs, Ambroise Henry. C'est tout simplement que la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) ne compile pas cette donnée pour les villes de moins de 10 000 habitants, explique-t-il.

Même pour les endroits en Gaspésie où on n'a pas le taux d'inoccupation officiel, on sait pertinemment que les gens cherchent du logement et n'en trouvent pas.

Ambroise Henry, directeur général du Groupe ressource en logements collectifs

Certaines pistes de solution se mettent en place dans la région. Un projet de loi privé pour contrer la pénurie de logements dans la ville de Gaspé doit notamment être adopté prochainement à l'Assemblée nationale.

Selon le Front d’action populaire en réaménagement urbain, le FRAPRU, ce projet fera augmenter le nombre de logements disponibles, mais ne représente pas une solution au manque de logements sociaux, un point de vue partagé par M. Henry.

Vue sur des immeubles de logements dans la ville de Gaspé.

Un projet de loi privé comme celui de la Ville de Gaspé ne permettra pas de contrer la pénurie de logements sociaux, selon les intervenants du milieu.

Photo : Radio-Canada

Même si des municipalités déposent des projets de loi, au niveau où sont les coûts de construction aujourd'hui, quand un privé construit, ce n'est pas à cette population [à faible revenu] qu'il s'adresse, fait-il remarquer.

Selon le FRAPRU, 1600 ménages ont des besoins impérieux de logements en Gaspésie et aux Îles.

Dans nos bureaux de Gaspé et Carleton-sur-Mer, il y a au-delà de 350 demandes de logement. Si on regarde les chiffres de la Société d'habitation du Québec, au 31 décembre 2018, il y avait 429 ménages qui étaient en attente d'un HLM public ou d'un supplément au loyer, donc des gens qui ont besoin d'un logement social. 429 ménages en Gaspésie, c'est beaucoup, souligne M. Henry.

Les ratés du programme AccèsLogis

À l'échelle de la province, les intervenants comme M. Henry demandent donc au gouvernement de construire 5000 nouveaux logements par année pendant au moins cinq ans pour rattraper le retard pris par le programme AccèsLogis, le seul programme de subvention au logement du Québec.

Ce programme-là était à peu près bloqué depuis cinq ans, parce qu'il n'y avait pas eu d'ajustement des coûts maximums admissibles desquels découle la subvention de la Société d'habitation, et ça faisait en sorte que les projets étaient bloqués dans la machine. Bon an mal an, il y a actuellement 14 à 15 000 unités au Québec qui devraient être réalisées, mais qui ne le sont pas, estime M. Henry.

Il précise que le gouvernement de François Legault a récemment bonifié les coûts maximums admissibles de 25 %, mais que cette augmentation est insuffisante par rapport à la hausse des coûts de construction depuis 10 ans.

L'itinérance invisible

Que faire lorsque notre nom est le 400e sur la liste d'attente? Bon nombre de familles n'ont d'autre choix que d'accepter de payer un loyer qui est au-dessus de leurs moyens financiers.

Selon les données de 2016, dans la circonscription Gaspésie—Les Îles-de-la-Madeleine, 4440 ménages accordaient plus de 30 % de leurs revenus aux frais de logement, une situation qualifiée de besoin impérieux par la SCHL.

Il y avait même 765 ménages qui consacraient plus de 50 % de leurs revenus au logement, ajoute M. Henry.

Ça veut dire qu'il en reste moins pour l'épicerie et les autres dépenses de la vie courante, et ces gens-là peuvent devenir vulnérables, constate-t-il.

Un homme sur un trottoir se frotte les mains pour se réchauffer.

Bien qu'elle n'ait pas le même visage que dans les grandes villes, l'itinérance est bien présente en Gaspésie.

Photo : iStock

D'autres sont encore moins chanceux, et se retrouvent parfois à la rue ou en situation d'itinérance cachée.

Quand quelqu'un dort chez des amis, change de place souvent... c'est un type d'itinérance qui n'est pas le même que sur Sainte-Catherine à Montréal, explique M. Henry.

Pour être un intervenant, il y a effectivement de l'itinérance en Gaspésie. En été, ça peut être ben beau, mais il y a une bonne partie de l'année où c'est très problématique.

Ambroise Henry, directeur général du Groupe ressource en logements collectifs

Le Groupe ressource en logements collectifs travaille d'ailleurs sur un projet avec le centre Accalmie dans la MRC d'Avignon, qui vise à convertir une ancienne école en centre d'hébergement afin de sortir les gens de la rue.

On est en préparation d'un dépôt à la Société d'habitation du Québec, précise M. Henry, ajoutant qu'il est encore trop tôt pour en dévoiler davantage.

Par ailleurs, M. Henry affirme qu'en Gaspésie, des appels d'offres doivent être lancés d'ici janvier afin de bâtir 200 nouvelles unités de logement social (subventionné) et communautaire (abordable mais non subventionné). Ces unités seront principalement destinées aux aînés.

Pas de logement, pas de main-d'œuvre

Les intervenants constatent également que le manque de logements disponibles complique les efforts mis en place pour contrer la pénurie de main-d'œuvre.

Si vous êtes aux Îles-de-la-Madeleine et que vous avez besoin comme employeur d'attirer des gens de l'extérieur pour venir travailler, mais que vous n'avez pas de logement, vous êtes doublement mal pris. Il n'y a pas de solution alternative, souligne M. Henry.

Vue sur la municipalité de Cap-aux-Meules et ses maisons éparpillées devant la mer.

Aux Îles-de-la-Madeleine, le taux d'inoccupation des logements est de 1,4 % et de 0 % pour les grands logements.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Même lorsqu'il y a des logements disponibles, ils ne correspondent pas nécessairement aux besoins des travailleurs, constate la coordonnatrice au service d'accueil des nouveaux arrivants de la MRC de La Haute-Gaspésie, Christine Normand.

Elle explique que les nouveaux arrivants ont parfois encore un loyer à payer ailleurs. Quand ils acceptent un poste, ils doivent commencer dans les semaines qui suivent. Ils n'ont pas toujours le temps de vendre leur maison ou de sous-louer leur appartement, explique Mme Normand.

Ils cherchent donc un logement petit, pas cher, pas de bail, observe-t-elle. Et si conjoint et enfants sont de la partie, les critères tendent à augmenter, les familles cherchant alors des logements avec plusieurs chambres, près des services.

On finit toujours par trouver, mais est-ce que les gens sont complètement satisfaits? Bof.

Christine Normand, coordonnatrice au service d'accueil des nouveaux arrivants de la MRC de La Haute-Gaspésie

Or, la coordonnatrice remarque que les maisons à louer à l'année se font de plus en plus rares, et de plus en plus chères.

On en trouvait plus avant, là, c'est plus difficile. Les propriétaires ont tendance à mettre leur maison à louer sur des sites de location touristique. On a vu dernièrement des propriétaires qui demandent que les locataires quittent [leur logement] pour la saison estivale, affirme Mme Normand.

Vue de Saint-Maxime-du-Mont-Louis en hiver. De la neige recouvre le village, situé devant une anse.

Dans les villages comme Saint-Maxime-du-Mont-Louis, il n'y a pratiquement aucun appartement à louer, et les maisons disponibles à l'année se font rares.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Dernièrement, un couple qui avait décidé de s'installer en Haute-Gaspésie avec leurs quatre enfants a finalement renoncé à son projet, parce qu'il ne trouvait aucune maison répondant aux besoins de la famille.

Ça prenait quelque chose de grand, il fallait qu'ils trouvent avant le début de l'année scolaire, et parce que ça tardait, ils se sont désistés, explique la coordonnatrice.

T'sais, être bien dans sa demeure, c'est un critère de rétention aussi, souligne-t-elle.

Quelqu'un qui déménage pour un emploi, qui finalement ne lui convient pas tant que ça, mais qu'il est vraiment bien dans son logement, qu'il s'est attaché à la vue sur la mer, il y a peut-être des chances qu'il ait envie de rester.

Christine Normand, coordonnatrice au service d'accueil des nouveaux arrivants de la MRC de La Haute-Gaspésie

Mme Normand se dit d'ailleurs très intéressée par l'initiative de la Ville de Gaspé. Si le projet de loi privé ne réglera pas le manque de logements sociaux, il peut néanmoins représenter une solution pour l'attraction et la rétention des nouveaux arrivants.

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