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Hong Kong : ambiance de lendemain d'apocalypse sur le campus assiégé

Dans le centre du campus, tous les bâtiments sont ouverts aux quatre vents.

Une personne masquée marche dans un gymnase au plancher couvert de petits matelas, de vêtements et de babioles du quotidien.

Dans l'université occupée, des gymnases ont été convertis en dortoirs.

Photo : Reuters / Athit Perawongmetha

Agence France-Presse

Des ombres noires qui errent par petits groupes, des couloirs déserts jonchés de détritus et des cafards dans les cuisines dévastées : cinq jours après le début du siège de l'Université polytechnique (PolyU), une ambiance de lendemain d'apocalypse règne dans ce campus hongkongais.

Les manifestants censés tenir cette forteresse de briques dont les tours rondes dominent la péninsule de Kowloon sont invisibles ou presque.

Un escalier menant vers un hall. Les murs sont couverts de graffitis, le son est jonché de débris,

Entre les affrontements avec les policiers, c'est le calme plat dans le campus.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Mais tous les bâtiments portent les stigmates de la bataille du week-end dernier, la plus violente depuis le début en juin de la contestation prodémocratie.

Le siège avait débuté dans la violence dimanche, où des contestataires jetaient des cocktails Molotov et des briques sur les policiers qui voulaient les déloger. La police avait notamment répondu par des tirs de gaz lacrymogènes.

Des manifestants dans un escalier, tout près de piles de débris enflammés.

Des feux avaient été allumés sur le campus lors des affrontements du week-end.

Photo : Reuters / Athit Perawongmetha

Un total de 700 personnes ont déjà été arrêtées en lien avec l'occupation de l'université, avait indiqué mercredi soir la police. Un certain nombre de manifestants ont pris la fuite, déjouant les barrages policiers ou s'échappant par les égouts. D’autres ont choisi de rester.

La police dit que nous sommes une centaine. Nous évitons de donner de chiffre, mais je peux vous dire que nous sommes bien plus nombreux, affirme un manifestant masqué qui se présente comme Mike, sans qu'on puisse dire s'il bluffe ou non.

Des policiers munis de masques à gaz arrêtent des manifestants

Les policiers hongkongais se voient souvent reprocher la brutalité de leurs interventions depuis le début des manifestations prodémocratie.

Photo : Reuters / Tyrone Siu

La plupart d'entre nous sont cachés, poursuit Mike dans le réfectoire principal du campus. Je viens récupérer de la nourriture et je vais à nouveau disparaître.

De fait, on croise entre les bâtiments de l'université bien plus de journalistes que de manifestants masqués. Ceux-ci circulent par petits groupes de trois, quatre ou cinq, mais jamais plus. Et ce, dans l'éventualité d'un assaut policier, afin de répartir les forces dans le campus qui paraît immense.

Il y a dans ces espaces vides et cette absence des bruits de la ville quelque chose d'irréel pour une mégapole hyperactive de 7,5 millions d'habitants, bâtie sur un territoire exigu.

Un homme assis dans une cour pavée

L'ensemble du campus a des allures de ville fantôme.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Et la PolyU a des airs de film fantastique dans lequel une poignée de personnes auraient survécu à une apocalypse. Ou de zone de guerre.

Sur les lignes de front barricadées, d'où on distingue à quelques centaines de mètres les policiers en tenue kaki, des parapluies ouverts ont été abandonnés, mais aussi des gants, des lunettes, des barrières de plastique fondu par les flammes des cocktails Molotov...

Quatre policiers à l'air calme devant une barrière de débris. Trois sont assis.

La présence policière autour de l’université a été nettement réduite jeudi.

Photo : Reuters / Thomas Peter

La bataille de samedi et dimanche a été le combat le plus terrible de l'histoire hongkongaise, raconte Mike.

Ce brave – comme sont surnommés les manifestants de première ligne – confie qu'il a eu en main un arc et des flèches, quelque chose contre lequel la police a menacé de tirer à balle réelle.

On sait qu'il y avait des snipers en face, ajoute ce radical qui ne donnera ni son âge exact, la trentaine, ni sa profession précise, dans le domaine de la recherche et développement, paniqué à l'idée de pouvoir être identifié.

Un parapluie déchiré et brûlé sur un son jonché de débris et de détritus.

D'innombrables parapluies endommagés lors des manifestations ont été abandonnés sur le campus.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Dans le centre du campus, tous les bâtiments sont ouverts aux quatre vents, avec au sol les débris de leurs portes-fenêtres explosées et des détritus en tout genre, malgré les affiches écrites à la main pour demander de garder l'endroit propre.

À l'intérieur des bâtiments, une odeur fétide émane de réfectoires et cuisines mises à sac, où des restes de nourriture traînent, attirant des cafards de la taille d'un pouce.

Des plateaux et de la vaisselle laissés au sol.

L'insalubrité règne dans les cafétérias du campus.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Dans les parties communes, les distributeurs automatiques de snacks et de canettes ont depuis longtemps été pillés. Mais les frigos et congélateurs du vaste campus sont encore bien remplis.

La police se trompe si elle croit que nous allons nous rendre, avance Mike. Nous avons toutes les ressources qu'il faut en eau et nourriture. On peut tenir un mois.

Un graffiti sur un mur de brique avec une fenêtre brisée.

« Ils tirent des coups de feu, ils assassinent, ils sont bien payés », peut-on lire à propos des policiers sur ce mur.

Photo : Reuters / Athit Perawongmetha

Certains trouvent même aux étages et escaliers déserts de l'université des airs de jeu vidéo, où chaque porte à ouvrir réserve son lot de surprise.

Au détour d'un couloir, trois manifestants très jeunes sortent d'une salle où se trouvent les matelas de yoga sur lesquels ils se sont reposés. Tombant nez à nez sur un journaliste, ils remettent en vitesse le bandeau qui masque leur visage.

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