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Enquête en destitution de Trump : témoignage explosif de Fiona Hill

Fiona Hill en audition devant le Congrès.

Fiona Hill s'apprête à témoigner devant le Congrès dans l'enquête en destitution de Donald Trump.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Sophie-Hélène Lebeuf

Les démocrates ont terminé en force, jeudi, la portion publique de leur enquête sur une éventuelle destitution du président Trump avec le témoignage particulièrement percutant de Fiona Hill, une ancienne conseillère au sein du Conseil de sécurité nationale (NSC) des États-Unis.

C'est la Russie et non l'Ukraine qui s'est ingérée dans l'élection présidentielle américaine de 2016, a asséné aux républicains l'ancienne conseillère sur l'ex-URSS, la Russie et l'Europe au sein du NSC, qui s'est révélée un témoin vedette.

Fiona Hill et un employé de l'ambassade américaine en Ukraine, David Holmes, ont mis un point final au sprint d'auditions publiques qui, cette semaine, ont vu défiler devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants neuf témoins en trois jours, pour un total de douze depuis mercredi de la semaine dernière.

Dans une déclaration d'ouverture donnant le ton à son témoignage, Mme Hill a, sans les nommer, rappelé à l'ordre le président Trump et les élus républicains de façon virulente, descendant en flammes la théorie selon laquelle Kiev a cherché à influencer le résultat de la présidentielle de 2016.

Au cours d'un entretien téléphonique avec le président Volodymyr Zelensky, le 25 juillet dernier, Donald Trump a spécifiquement demandé à son homologue ukrainien de lancer une investigation à ce sujet. L'appel est au centre de l'enquête en destitution lancée par les démocrates il y a deux mois.

Depuis le début des auditions, les républicains ont repris à répétition l'hypothèse mise de l'avant par le président américain, qui a toujours contesté les conclusions des services de renseignement américains montrant Moscou du doigt.

D'après les questions et les déclarations que j'ai entendues, certains d’entre vous dans ce Comité semblent croire que la Russie et ses services de sécurité n'ont pas mené une campagne contre notre pays – et que peut-être, d'une manière ou d'une autre, pour une raison ou une autre, l'Ukraine l'a fait, a-t-elle déclaré.

Enquête en destitution de Trump : un témoignage explosif

Il s'agit d'un récit fictif qui a été concocté et propagé par les services de sécurité russes eux-mêmes. [...] Je vous demande de ne pas promouvoir de faussetés d'ordre politique qui font clairement avancer les intérêts russes.

Fiona Hill, ancienne conseillère au sein du NSC

Le danger est d'autant plus grand, a-t-elle ajouté, que les services de sécurité russes et leurs mandataires se préparent à s'ingérer à nouveau dans les élections de 2020 à coups de millions de dollars. Le temps commence à manquer pour que nous puissions les arrêter, a-t-elle averti.

Si le président, ou toute autre personne, entrave ou subvertit la sécurité nationale des États-Unis dans le but de promouvoir des intérêts politiques ou personnels, cela mérite plus que votre attention. Mais nous ne devons pas laisser la politique nous empêcher de nous défendre contre les puissances étrangères qui nous souhaitent vraiment du mal.

Fiona Hill, ancienne conseillère au sein du NSC

Très directe, Mme Hill a répondu avec aplomb aux questions des républicains, évitant les pièges et les réponses partisanes, et conservant en tout temps un calme imperturbable. On comprend qu'elle ait été la dernière carte abattue par les démocrates.

Le « trafic de drogue » de Mulvaney et Sondland

Gordon Sondland, la main levée, en gros plan.

L'ambassadeur Gordon Sondland pendant son témoignage devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Les témoignages de Mme Hill, qui a démissionné une semaine avant l'appel controversé, et de M. Holmes ont de nouveau mis en vedette l’avocat personnel du président Trump, Rudy Giuliani, et l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne (UE), Gordon Sondland, figures centrales de la campagne visant à convaincre les autorités ukrainiennes de lancer des enquêtes susceptibles d'être bénéfiques au président Trump.

Si leurs propos ne sont pas directement liés au désormais célèbre appel entre les présidents Trump et Zelensky, ils exposent le contexte dans lequel il s'est produit.

Mme Hill a décrit un épisode ayant réuni à la Maison-Blanche divers responsables américains et ukrainiens le 10 juillet 2019, soit deux semaines avant la discussion téléphonique. Devant la délégation ukrainienne, l’ambassadeur Sondland a indiqué avoir une entente avec le chef de cabinet de la Maison-Blanche par intérim, Mick Mulvaney, pour qu’une rencontre entre les présidents Trump et Zelensky ait lieu en échange d'une enquête sur la société gazière ukrainienne Burisma.

L'ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton, son supérieur hiérarchique à l'époque, lui a enjoint de signaler l'incident à l’avocat du Conseil de sécurité, a-t-elle relaté.

Dites à [l'avocat John] Eisenberg : “L'ambassadeur Bolton m'a dit que je n'étais pas partie prenante de quelque trafic de drogue que Sondland et Mulvaney préparent”.

John Bolton, cité par Fiona Hill

Les alliés du président jurent que les demandes d'enquête sur Burisma – l'autre investigation réclamée à son homologue ukrainien par le président Trump – ont tout à voir avec l'importance que revêt pour le président Trump la lutte anticorruption en Ukraine.

Elles ne sont pas liées à l'ex-vice-président démocrate Joe Biden, qui est aujourd'hui candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, martèlent-ils. L'un des fils Biden a eu des liens d'affaires avec cette entreprise, dont le propriétaire a un temps été visé par une enquête pour corruption.

Mais pour Fiona Hill et David Holmes, conseiller pour les affaires politiques à l'ambassade américaine en Ukraine, qui comparaissait à ses côtés, il était évident que Burisma était un code pour Biden.

Des objectifs contradictoires

Fiona Hill a confirmé avoir exprimé son irritation à l'endroit de l'ambassadeur Sondland, comme ce dernier l’avait rapporté la veille lors de son témoignage. Il ne coordonnait pas ses actions sur l'Ukraine avec le NSC, a-t-elle expliqué.

Et je lui ai dit: “Ambassadeur Sondland – Gordon – je pense que tout cela va finir par exploser. Et voilà où nous en sommes [aujourd'hui]”, a-t-elle laissé tomber.

Pendant sa comparution, l'ambassadeur Sondland avait contesté l'allégation le plaçant au centre d'une diplomatie parallèle, affirmant notamment avoir l'aval de la Maison-Blanche et du département d'État.

En fait, a soutenu Mme Hill, je comprends maintenant, après avoir entendu sa déposition, qu’il avait raison, qu’il ne se coordonnait pas avec nous parce que nous ne faisions pas la même chose que lui.

Il était appelé à exécuter une commande liée à la politique intérieure, et nous nous occupions de la sécurité nationale.

Fiona Hill, ancienne conseillère au sein du NSC

Contrairement à ce qu'affirment les républicains, David Holmes a pour sa part estimé que les Ukrainiens sentaient une pression s'exercer sur eux.

[À la fin du mois d'août], j'avais clairement l'impression que le président [Trump] bloquait probablement l'aide militaire [promise à l'Ukraine] pour exprimer son insatisfaction aux Ukrainiens, qui n'avaient pas encore accepté de déclencher l'enquête sur Burisma/Biden ou pour tenter d'accroître la pression pour qu'ils le fassent.

David Holmes, employé de l'ambassade américaine en Ukraine

Les démocrates accusent le président d'avoir voulu extorquer aux dirigeants ukrainiens la tenue d'enquêtes favorables à sa réélection en utilisant comme levier une aide militaire avoisinant les 400 millions de dollars, qui a été gelée pendant 55 jours. Les Ukrainiens avaient désespérément besoin de cette aide dans leur lutte contre des séparatistes soutenus par Moscou.

La « grenade » Rudy Giuliani

Rudy Giuliani, l'avocat personnel de Donald Trump.

Rudy Giuliani, l'avocat personnel de Donald Trump

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Dès le mois de mars 2019, a déclaré M. Holmes, les priorités des États-Unis, notamment la défense de l'Ukraine contre la Russie, ont été éclipsées par un programme politique promu par l'ancien maire de New York Rudy Giuliani et un groupe de responsables en lien direct avec la Maison-Blanche.

Il a défendu la réputation de l'ex-ambassadrice des États-Unis en Ukraine Marie Yovanovitch, qui a été rappelée abruptement de Kiev au printemps dernier. Les allégations dont elle a été victime lors d'une campagne de dénigrement à laquelle a participé l'ex-procureur général ukrainien Iouri Loutsenko, allié de la croisade de M. Giuliani, étaient fausses, a-t-il soutenu.

Dans toute ma carrière professionnelle, je n'avais jamais rien vu de tel que ce barrage d'allégations ciblant l'ambassadrice Yovanovitch, une diplomate de carrière, a-t-il déclaré.

Mme Hill a de son côté relaté une conversation au cours de laquelle elle avait décrit à M. Bolton cette campagne de salissage honteuse. Il semblait penser que nous ne pouvions rien faire contre cela, a-t-elle expliqué, précisant la perception qu'avait son supérieur du rôle joué par l'avocat personnel du président.

[John Bolton] a dit que Rudy Giuliani était une grenade qui nous ferait tous sauter.

Fiona Hill, ancienne conseillère au sein du NSC

Trump peu intéressé par l'Ukraine?

David Holmes sourit, avec des photographes derrière lui.

David Holmes a été l'un des deux témoins ayant comparu devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants.

Photo : afp via getty images / BRENDAN SMIALOWSKI

Comme il l'avait rapporté à huis clos vendredi dernier, David Holmes a dit avoir un souvenir très net d'une conversation téléphonique entre le président Trump et l'ambassadeur Sondland, qui l'a appelé depuis un restaurant à Kiev au lendemain du désormais célèbre l'appel du 25 juillet. Il a pu entendre leur discussion, a-t-il expliqué, parce que M. Sondland a dû éloigner l'écouteur de son oreille tellement Donald Trump parlait fort.

Alors, il va faire les enquêtes?, aurait demandé le président. Il va le faire. Il va faire tout ce que vous lui demandez, aurait répondu l'ambassadeur Sondland.

[Volodymyr Zelensky] est prêt à vous lécher le derrière.

Gordon Sondland s'adressant au président Trump, tel que cité par David Holmes

La veille, au cours de sa comparution, l'ambassadeur Sondland a reconnu s'être entretenu au téléphone avec le président Trump le 26 juillet, ne contestant pas la description faite par David Holmes.

Après l'appel, a poursuivi M. Holmes, M. Sondland lui aurait dit que le président Trump se fout[ait] de l'Ukraine et ne se souciait que de choses importantes qui lui étaient profitables, comme l'enquête sur les Biden menée par M. Giuliani.

M. Sondland a reconnu qu'il aurait pu dire ce genre de choses, à une exception près. Je n'ai aucun souvenir d'avoir mentionné l'[ex-]vice-président Biden et son fils, a-t-il insisté.

Le rideau tombe sur l'enquête publique

Marie Yovanovitch tend la main droite.

Marie Yovanovitch fait partie de la douzaine de témoins convoqués par le Comité du renseignement de la Chambre des représentants dans le cadre de l'enquête publique.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Harnik/AP

Les démocrates n'ont annoncé aucun autre témoignage public.

Jeudi matin, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, n'a pas fermé la porte à la possibilité d'inviter d'autres témoins, mais selon toute vraisemblance, l'enquête est terminée.

Ce qui semble inéluctable, toutefois, c'est que le Comité du renseignement de la Chambre recommandera la mise en accusation du président. Lors de sa déclaration de clôture, son président Adam Schiff a affirmé que la conduite du président Trump va au-delà des gestes du président républicain Richard Nixon, qui a démissionné avant que la Chambre ne se prononce sur son sort dans la foulée d'une enquête en destitution.

M. Schiff a dénoncé la lorgnette partisane par laquelle les républicains ont regardé les auditions.

Ce que nous avons vu ici est bien plus grave qu'un cambriolage de troisième ordre au quartier général du Parti démocrate. La différence entre cette époque et maintenant, ce n'est pas entre Nixon et Trump, c'est entre le Congrès de cette époque et celui-ci.

Adam Schiff, président du Comité du renseignement de la Chambre des représentants

Les républicains ont pour leur part critiqué un tribunal bidon. Par cette tentative [...] de renverser le président, [les démocrates] ont dressé les Américains les uns contre les autres et empoisonné l'esprit de fanatiques qui croient à la constellation des accusations bizarres qu'ils ont portées contre le président depuis le jour où le peuple américain l'a élu, a lancé le républicain le plus haut placé du Comité, Devin Nunes.

Sept autres témoins ont témoigné devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants au cours des deux derniers jours.

Parmi eux, l'ex-envoyé spécial américain en Ukraine Kurt Volker a reconnu mardi qu'il aurait dû faire un lien entre les demandes d'enquête sur Burisma et M. Biden.

Le lieutenant-colonel Alexander Vindman, principal expert de l'Ukraine au sein du Conseil de sécurité nationale, et Jennifer Williams, une conseillère du vice-président Mike Pence, ont pour leur part qualifié d'« inapproprié » l'appel Trump-Zelinsky.

Mercredi, l'ambassadeur Sondland a admis qu'il y a bien eu une demande de contrepartie. Laura Cooper, une employée du Pentagone, a quant à elle indiqué que les Ukrainiens s'étaient informés de l'état de l'assistance militaire dès le 25 juillet. Cela signifierait qu'ils avaient conscience du gel de l'aide avant qu'elle ne soit débloquée, contrairement a ce qu'ont argué les républicains.

Une semaine plus tôt, deux membres de la diplomatie américaine, George Kent et William Taylor, ont eux aussifait état des pressions exercées sur les responsables ukrainiens par des alliés du président Trump, dont Rudy Giuliani, pour forcer des enquêtes politiquement motivées mettant à mal les intérêts nationaux des États-Unis.

Vendredi dernier, l'ex-ambassadrice Yovanovitch a décrit la campagne de dénigrement qui lui a coûté son poste. Le président Trump l'a attaquée sur Twitter en plein témoignage.

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