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Enki Bilal, le bédéiste qui nous prévient des dérives de la dépendance numérique

L'homme regarde la caméra.

Le dessinateur et réalisateur français Enki Bilal

Photo : afp via getty images / JOEL SAGET

Radio-Canada
Mis à jour le 

L’infonuagique a été complètement balayée, les disques durs vidés, les serveurs frappés d’amnésie... Dans la bande dessinée Bug, l’auteur et dessinateur français d’origine yougoslave Enki Bilal imagine un univers, campé en 2041, complètement paralysé par la disparition soudaine de toute sa mémoire numérique. L’artiste a profité de son passage au Québec à l’occasion du 42e Salon du livre de Montréal pour discuter de son œuvre à l’émission Tout un matin.

La série, entamée il y a deux ans, en est rendue à son deuxième tome, paru au printemps. Pour Bug, Enki Bilal compte publier au total cinq volumes. Sa fin, a-t-il dit, est déjà prévue et « imparable », mais il ignore encore quel parcours va suivre son protagoniste, un homme revenant d’une mission sur Mars parasité par un organisme extraterrestre, et qui a soudainement accès à toute la mémoire vive de la Terre.

Il sait tout, il va savoir tout, il devient un enjeu pour la Terre entière, a expliqué l’auteur, en entrevue avec Patrick Masbourian.

Le dessin d'un homme qui cache avec sa main une partie de son visage taché de bleu.

La couverture du tome 2 de « Bug »

Photo : capture d'écran / casterman

L’œuvre n’est pas technophobe, mais elle s’interroge sur notre dépendance à la technologie.

On est dans cette période où l’addiction est totale : le selfie, la dépendance, bien sûr, le stockage, a-t-il observé. On a l’impression que toute une partie d’une génération a perdu le contact avec ce qui a été historiquement le 20e siècle. Et ça, on peut le voir.

Il s’agit aussi de parler, sous forme de fable, de cette folie et de cette addiction qui s’est emparée de nous. Parce que c’est une des révolutions les plus incroyables qui aient été données de vivre à l’humanité, en fin de compte. Guttenberg, à côté, c’est rien du tout, a-t-il illustré, en parlant de l’invention de l’imprimerie.

Pas de la science-fiction

Enki Bilal a une feuille de route impressionnante. Non seulement il fait de la bande dessinée, mais il est aussi réalisateur, scénographe, auteur, peintre, scénariste… Et ses œuvres trouvent de profonds échos dans la société contemporaine. En 1998, donc trois ans avant les attentats du 11 septembre, il publiait Le sommeil du monstre, qui abordait la mondialisation, le terrorisme et l’aveuglement religieux. Il y a aussi la bande dessinée Partie de chasse, ayant pour toile de fond l’idéal communiste qui s’effrite et se meurt, qui est parue en 1983, alors que la chute du mur de Berlin a eu lieu six ans plus tard.

Les œuvres d’Enki Bilal sont incisives, et même lorsqu’elles se déroulent dans un futur imaginé, l’auteur rejette l’étiquette de la science-fiction. Il fait plutôt ce qu’il nomme de « l’anticipation », parce que, pour lui, la réalité d’aujourd’hui, « c’est la science-fiction d’hier. »

Je parle de ce qui peut arriver, de ce qui va arriver. Aujourd’hui, c’est arrivé : on est dans un monde de science-fiction, qu’on le veuille ou non. Donc la science-fiction de demain, évidemment que ça peut toujours exister!, a-t-il argué.

Et ce qu’il décrit dans Bug, la paralysie numérique, la disparition de la mémoire vivante, il les craint.

Imaginez que ça arrive, un bogue de cette nature, ce serait absolument effrayant, ce serait le chaos, mais du jour un. Le premier jour, c’est le chaos mondial, a-t-il expliqué. Cela dit, l’auteur arrive à parler du pire, mais en se servant de la dérision, du second degré. Pour que le pire puisse toujours faire sourire.

Enki Bilal est un invité d’honneur du Salon du livre de Montréal, où il offrira notamment des séances de dédicace les 22 et 23 novembre.

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