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Des étudiants franco-ontariens désemparés après l'annulation d'un programme d'enseignement

Un enseignant est assis sur son bureau et montre des choses au tableau. Des élèves sont assis en classe et écoutent.

Le cycle intermédiaire-supérieur de l'École des sciences de l'éducation de l'Université Laurentienne permet de former des enseignants pour la 7e à la 12e année.

Photo : iStock / skynesher

De futurs étudiants franco-ontariens en enseignement ne savent plus à quel saint se vouer après l’annulation soudaine du programme d’études qu’ils visaient à l’Université Laurentienne et qui n’est offert nulle part ailleurs en français dans la province.

Pour Kaitlyn Brisebois, enseigner en 11e ou en 12e année est un rêve de longue date.

L’étudiante, qui terminera au printemps son baccalauréat en géographie et études françaises, a d’ailleurs choisi l’Université Laurentienne en fonction de sa proximité et du fait qu’elle offrait les programmes qu’elle voulait en français.

J’ai toujours voulu enseigner à des élèves adolescents, je trouve que tu peux vraiment avoir un impact sur leur vie à cet âge-là. Ils cherchent un modèle, explique-t-elle.

Kaitlyn Brisebois pose pour une photo.

Kaitlyn Brisebois est déçue de ne pas avoir été avertie plus tôt par l'Université Laurentienne de l'annulation du cycle intermédiaire-supérieur.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Au moment de soumettre sa demande d’admission à l’École des sciences de l’éducation de l’Université Laurentienne en septembre, elle a toutefois été surprise de voir que le cycle intermédiaire-supérieur, qui permet d'enseigner de la 7e à la 12e année, ne faisait pas partie des options disponibles en ligne sur le site web du Centre d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC).

Lorsque j’ai choisi l’Université Laurentienne en 2016, j’ai planifié toutes mes études en fonction de ce qui était offert à ce moment-là et maintenant, je ne peux plus faire l’option 3. Ce n’est vraiment pas commode.

Kaitlyn Brisebois, étudiante à l’Université Laurentienne

Même son de cloche pour Emily Ménard, originaire de North Bay.

Également étudiante en géographie, elle espérait poursuivre ses études en enseignement à l’Université Laurentienne, d’autant plus que l’Université d’Ottawa - le seul autre établissement ontarien qui offre la formation en enseignement en français - n’offrira pas d’option géographie au cycle intermédiaire-supérieur en 2020.

Émily Ménard sourit à la caméra.

Emily Ménard souhaite pouvoir enseigner la géographie et le français en 11e et 12e années.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Ce n’était pas clair parce que sur le site web, il était écrit que l’option 3 était [toujours] offerte. J’étais confuse, note-t-elle.

Elle ajoute qu’elle n’a jamais reçu de réponse claire de la part de l’Université lui expliquant les raisons pour lesquelles elle n’arrivait pas à s’inscrire au programme qu’elle désirait.

Une capture d'écran

Jusqu'à la semaine dernière, le site web de l'Université Laurentienne ne comportait aucune mention d'une annulation probable du cycle intermédiaire-supérieur à l'École des sciences de l'éducation, même si les demandes d'admission étaient impossibles en ligne. Le site web indique maintenant que les inscriptions sont suspendues pour septembre 2020.

Photo : Université Laurentienne

Malgré nos demandes multiples, l’Université d’Ottawa n’a pas indiqué les facteurs sur lesquels elle se basait pour décider d’offrir ou non une option de cours.

La langue, un facteur de taille

Josée Wahamaa est tout aussi déçue de la décision de l’Université Laurentienne. L’étudiante comptait se spécialiser en enseignement de la géographie et de l’anglais, mais est maintenant contrainte de réévaluer ses options.

Elle reconnaît qu’elle pourrait aussi se tourner du côté des universités de langue anglaise, mais elle craint que l’apprentissage de l’enseignement en anglais ne nuise à ses capacités linguistiques.

À la maison, ma mère parle français mais mon père parle seulement anglais. J’aimerais garder ma langue et la partager avec d’autres étudiants qui sont dans la même situation que moi.

Josée Wahamaa, étudiante à l’Université Laurentienne
Josée Wahamaa en entrevue dans un corridor.

Bien qu'elle soit bilingue, Josée Wahamaa tient à poursuivre sa formation en enseignement en français.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

En Ontario, les finissants des programmes d’enseignement anglophones qui souhaitent enseigner dans des écoles françaises doivent d’abord suivre des cours de qualifications additionnelles.

Moins d’inscriptions, soutient l’Université

Le vice-recteur intérimaire aux études de l’Université Laurentienne, Serge Demers, indique que la décision formelle de suspendre les admissions au cycle intermédiaire-supérieur de l’École des sciences de l’éducation a été prise lundi.

Il justifie la mesure par la réduction notable des inscriptions audit cycle depuis l’augmentation, en 2015, de la durée d’études nécessaire pour l’obtention d’un brevet d’éducation.

Depuis le début du programme de deux ans, il y avait en moyenne neuf étudiants dans cette option. Il n’y a eu qu’une année où il y a eu 25 étudiants qui ont montré de l’intérêt ou qui se sont inscrits à ce programme, souligne-t-il.

Il ajoute que l’offre de cours spécialisés à un nombre réduit d’étudiants pose des défis de nature logistique et réduit l’expérience des étudiants.

On avait un grand nombre de didactiques avec un seul étudiant dedans [...]. Certaines personnes pourraient penser que c’est plaisant d’être un à un avec l’enseignant, mais ce n’est pas vraiment une approche optimale.

Serge Demers, vice-recteur aux études de l’Université Laurentienne

Il explique le retard de l’avertissement aux étudiants par des discussions au niveau administratif afin d’établir un plan de contingence dont les détails devraient être dévoilés bientôt.

La décision qui a été prise de ne pas ouvrir les inscriptions sur OUAC plus tôt, c’est purement pragmatique.

C’est plus facile d’ouvrir les inscriptions à une date tardive que de suspendre ou de fermer les admissions à mi-cycle où il faut informer les étudiants qu’on ne peut pas offrir un programme pour lequel ils ont déjà payé des frais d’inscription, fait-il savoir.

M. Demers affirme que tous les étudiants actuellement inscrits en première année du cycle intermédiaire-supérieur pourront finir leurs études comme convenu.

L’Université recommande aux étudiants qui souhaitaient s’inscrire au cycle annulé de s’inscrire au cycle directement inférieur (4e à 10e année) et de suivre, à la fin de leurs études, des cours additionnels pour être en mesure d’enseigner également en 11e et en 12e années.

Toutefois, la suggestion est loin d’être idéale pour Mmes Ménard, Brisebois et Wahamaa, qui soulignent toutes trois les frais de scolarité additionnels qu’elles devraient débourser dans ce cas.

De plus, cela ajoute deux ou trois mois de plus pendant lesquels elles ne pourraient pas postuler à des emplois d’enseignement aux deux dernières années du secondaire.

L’Association des enseignants francophones « très inquiète »

Pour Rémi Sabourin, président de l’Association des enseignant.e.s franco-ontarien.ne.s (AEFO), la nouvelle mesure de l’Université Laurentienne est très inquiétante.

C’est une décision qui va venir accentuer la pénurie [d’enseignants] au niveau du cycle supérieur. Il y a déjà une pénurie en province et même pancanadienne, donc ceci ne viendra certainement pas aider à trouver des solutions viables pour contrer cette pénurie-là.

Rémi Sabourin, président de l’Association des enseignant.e.s franco-ontarien.ne.s
Un homme dans un studio parle à la caméra.

Le président de l'AEFO, Rémi Sabourin, demande au gouvernement ontarien de revoir son modèle de financement des programmes postsecondaires d'éducation.

Photo : Radio-Canada

Il dit comprendre la frustration des étudiants, mais estime que la réduction d’offre de programmes qui se fait remarquer au niveau des facultés d’éducation est largement attribuable aux changements de financement de la part du gouvernement provincial depuis la mise en place du programme de deux ans.

Le financement est intimement lié à la demande, selon le président de l'AEFO.

C’est venu vraiment fragiliser l’offre de programmes dans les facultés de langue française qui ont à la base des effectifs déjà plus petits [...] Ce n’est pas acceptable, il faut que le financement et les modalités d’offre des programmes soient revus de manière à ce que nous puissions former le personnel dont notre système a besoin, déclare M. Sabourin.

C’est vraiment une question d’équité ici. Certains vont peut-être dire qu’on ne peut pas offrir une didactique pour seulement six ou sept étudiant.e.s, mais moi, ce que je réponds à cela, c’est que si le nombre de six ou sept répond aux besoins du système, il faut absolument offrir ces didactiques-là.

Rémi Sabourin, président de l’Association des enseignant.e.s franco-ontarien.ne.s

Une révision du programme de deux ans?

M. Sabourin est aussi de l’avis que le programme de formation à l’enseignement de deux ans empêche plusieurs étudiant.e.s de s’inscrire à des facultés d’éducation.

De nombreux conseils scolaires ontariens soulignent également éprouver davantage de difficultés à recruter des enseignants surtout en région depuis la mise en place de programme.

Le système réussissait avant 2015. Maintenant, on parle d’entre cinq et six ans d’études postsecondaires et l’effet domino fait en sorte que sur le terrain, on a des difficultés à remplir des postes et on s’aperçoit que les universités doivent prendre des décisions difficiles, soutient M. Sabourin, qui déplore aussi l’embûche que constitue, à son avis, le test obligatoire de mathématiques imposé aux nouveaux enseignants par la province.

Le gouvernement doit revoir [la formule], la formation en cours d’emploi peut aussi aider. On formait d’excellent.e.s enseignant.e.s avant le programme de deux ans.

Rémi Sabourin, président de l’Association des enseignant.e.s franco-ontarien.ne.s

M. Sabourin craint aussi que la régression de l’offre des facultés d’éducation de langue française ne pousse davantage d’étudiants franco-ontariens vers les facultés de langue anglaise.

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