•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Wilkinson, l'équilibriste en chef du gouvernement Trudeau

Le climat politique malsain au pays rendra la tâche du nouveau ministre de l'Environnement très difficile.

À son arrivée à la cérémonie d'assermentation à Ottawa.

Le nouveau ministre fédéral de l'Environnement, Jonathan Wilkinson

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Étienne Leblanc

ANALYSE – S'il veut réaliser le mandat qui lui a été confié, le nouveau ministre fédéral de l'Environnement devra résoudre la quadrature du cercle canadien. Jonathan Wilkinson saura-t-il relever le défi climatique sans que son parti s'aliène davantage l'Ouest, riche en pétrole?

Ayant fait du dossier climatique une de ses priorités, Justin Trudeau a nourri de grandes attentes.

Mais dans le contexte politique actuel, la tâche de son ministre s'annonce des plus complexes.

Et d'abord, il devra vaincre la résistance à l'intérieur même du gouvernement.

C'est que, dans un Cabinet, le ministre chargé des dossiers environnementaux est l’empêcheur de tourner en rond. Celui qui ralentit les projets, qui met des bâtons dans les roues du progrès économique.

Ça a toujours été vrai dans un pays riche en ressources naturelles comme le Canada.

Mais c'est encore plus vrai depuis les dernières élections, dont les résultats ont mis en lumière de vives divisions régionales sur les questions environnementales.

Le contexte actuel est rude et malsain.

C'est probablement une des raisons pour lesquelles Justin Trudeau a choisi de ne pas donner les clés du ministère de l'Environnement à Steven Guilbeault, même si c'était de loin le mieux équipé pour le poste.

Au-delà de l'image que sa nomination aurait donnée, l'ex-environnementaliste aurait prêté le flanc aux attaques les plus vicieuses.

L'arrivée d'un élu antipipeline au ministère de l'Environnement aurait mis beaucoup d'huile sur le feu des relations fédérales-provinciales, déjà très tendues.

Steven Guilbeault, en campagne dans Laurier–Sainte-Marie.

Steven Guilbeault, en campagne dans Laurier–Sainte-Marie

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Un rôle d'équilibriste

Jonathan Wilkinson est voué à devenir l'équilibriste en chef de l'administration Trudeau.

Son patron veut construire un pipeline pour transporter le pétrole des sables bitumineux d'Alberta, mais il a aussi pris des engagements très ambitieux en matière climatique.

Conjuguer les deux sera pour lui un défi très complexe.

Justin Trudeau s'est engagé à ce que les cibles canadiennes deviennent juridiquement contraignantes. Le gouvernement sera donc obligé de les respecter.

Pour l'heure cependant, le Canada n'est pas du tout en voie d'atteindre ses cibles à l'horizon 2030.

Selon un rapport de l'organisation Climate Transparency, le Canada affiche l'une des pires performances climatiques du G20.

Avec l'Australie et la Corée du Sud, c'est le pays qui est actuellement le plus éloigné des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre prévus par les engagements de l'Accord de Paris.

Même sans pipeline, la tâche serait colossale.

Il est difficile de voir comment le ministre de l'Environnement arrivera à ses fins sans conséquence politique pour son gouvernement.

Une exploitation de sables bitumineux en Alberta.

Les exploitations de sables bitumineux de Foster Creek avec des puits et des hangars

Photo : Cenovus

Wilkinson en terrain défavorable

Jonathan Wilkinson devra affronter le climat malsain qui règne actuellement entre certains premiers ministres des provinces et Ottawa sur la question environnementale.

On ne peut pas reprocher à l'ancienne ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, de ne pas avoir voulu reprendre ses anciennes fonctions.

Les attaques violentes et misogynes dont elle a été l'objet ont certainement miné sa motivation à poursuivre ce chantier.

D'autant que le contexte dans lequel elle a commencé son mandat, il y a quatre ans, a grandement changé.

Si Mme McKenna a réussi à mettre en place le premier vrai plan national de lutte contre les changements climatiques (le fameux cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques), c'est beaucoup grâce à des astres bien alignés.

L'Alberta de Rachel Notley, l'Ontario de Kathleen Wynne, le Nouveau-Brunswick de Brian Gallant et le Québec de Philippe Couillard étaient des alliés provinciaux favorables à une action climatique soutenue.

Un message obscène est peint en rouge sur une affiche de la députée d'Ottawa-Centre, Catherine McKenna.

Un mot offensant a été peint en rouge sur une vitre du bureau de campagne de la députée d'Ottawa-Centre, Catherine McKenna.

Photo : Radio-Canada

Mais avec l'arrivée au pouvoir d'ennemis politiques comme Doug Ford, Jason Kenney, Brian Higgs et Scott Moe, de grandes fissures sont apparues dans l'édifice climatique qu'elle avait patiemment construit.

Ce qui se voulait un consensus national sur le climat est devenu, en l'espace de quelques mois, un champ de bataille.

Avec la campagne électorale, le ton a monté d'un cran.

Pour les premiers ministres réfractaires aux politiques environnementales d'Ottawa, la question du climat dépasse désormais la simple opposition aux outils proposés pour améliorer la situation.

C'est devenu un symbole. Un axe d'opposition qui met en cause la conception même de la direction que doit prendre le Canada à l'avenir.

Jonathan Wilkinson aura fort à faire pour convaincre ses acolytes provinciaux de faire avancer le dossier, comme avait pu le faire Catherine McKenna à son arrivée au pouvoir.

Chaque proposition que le ministre fera sera reçue et dénoncée comme une attaque à la structure économique du pays.

Chaque effort qu'il exigera des provinces qui ne produisent pas de pétrole sera rejeté, et chaque compromis qu'il réclamera de l'Alberta ou de la Saskatchewan sera contesté en cour.

Rencontre tendue entre les deux leaders politiques.

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Le pouvoir aux provinces

L'autre obstacle auquel fera face le nouveau ministre, c'est le peu d'emprise qu'il a sur les émissions de GES.

La question climatique est en effet un bon exemple pour illustrer l'impuissance relative d'un ministre fédéral de l'Environnement.

Comme le secteur du pétrole et du gaz est le plus important émetteur de GES du pays, le ministre fédéral pourrait par exemple imposer un plafond d'émissions très ferme aux pétrolières de sables bitumineux, ce qui obligerait ces dernières à réduire leur empreinte carbone.

Une solution qui semble logique, mais improbable, car le ministre fédéral n'a pas les pouvoirs constitutionnels pour imposer une telle mesure.

C'est la province qui est maître.

Au final, le ministre fédéral de l'Environnement n'a que très peu d'influence directe sur les émissions de GES.

Somme toute, Jonathan Wilkinson devra être très inventif et persuasif s'il veut être à la hauteur du défi que lui lance Justin Trudeau : réaliser un mandat qui, dans le contexte, frise l'impossible.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique fédérale

Environnement