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Violence à Toronto : « Une balle a traversé la fenêtre de la chambre de son enfant »

Le conseiller municipal Josh Matlow.

Le conseiller municipal Josh Matlow

Photo : Radio-Canada / Lyne-Françoise Pelletier

Camille Feireisen

La montée de la violence armée dans la Ville Reine préoccupe les résidents de quartiers particulièrement touchés par des fusillades. Certains se mobilisent pour tenter de trouver des solutions à l'échelle communautaire, mais leurs émotions demeurent partagées.

Un résident du quartier m'a appelé en me disant qu'une balle a traversé la fenêtre de la chambre de son enfant. Ce n'est pas normal d'aller se coucher le soir avec cette peur de se réveiller le lendemain avec plus de fusillades, a affirmé le conseiller municipal de Toronto St. Paul's, Josh Matlow.

Josh Matlow a réuni plus d'une centaine de résidents mercredi soir à la bibliothèque du quartier lors d'une table ronde pour discuter de leurs préoccupations sur la montée des violences liées aux armes à feu.

Dans le quartier Oakwood-Vaughan, qu'il représente, dans le nord-ouest de la ville, l'inquiétude, mais aussi la colère augmentent, selon lui.

Dans le quartier et ses environs, 26 fusillades ont secoué la communauté cette année. En 2017, le poste de police local en comptait 10, et 13 en 2018. Cette année, 10 de ces fusillades se sont déroulées proche de lieux de consommation d'alcool, comme des bars, selon la police.

Que pense la communauté des mesures coercitives?

Les différents ordres de gouvernement ont annoncé cette année plusieurs mesures pour endiguer la violence armée : plus de caméras de surveillance, demander l'interdiction totale des armes de poing à Ottawa, du financement additionnel et plus de policiers dans les rues.

Mais est-ce que les caméras de surveillance préviennent le crime? Selon ce qui se fait ailleurs, cela fonctionne pour les vols, pas pour les fusillades, cela amène plutôt du profilage racial, indique Josh Matlow.

Photo de personnes tenant des pancartes disant « pas d'armes » et montrant une arme sur un cercueil.

Une manifestation contre les armes à feu à Toronto en avril dernier

Photo : Radio-Canada / Camille Feireisen

Mon objectif c'est de collecter des informations des résidents. Ce n'est pas seulement de venir étaler notre colère, mais vraiment, de parler de ce qui pourrait être fait, sur le terrain, notamment en matière de prévention.

Josh Matlow, conseiller municipal de Toronto St. Paul's

Une communauté inquiète

Le conseiller a convié des membres du Service de police de Toronto, du gouvernement provincial, de l'Unité de gestion de crise et d'intervention en milieu communautaire de la Ville et des bureaux de santé publique pour écouter les résidents et présenter leur travail afin de lutter contre les gangs de rue, très actifs dans le secteur.

Le public était réparti en petits groupes de huit personnes qui devaient répondre aux questions d’un sondage sur différents points, comme le sentiment de sécurité, l’ambiance du voisinage, le logement, les activités et l'employabilité.

Dans les débats parfois mouvementés, de l'inquiétude a été exprimée, mais aussi de la colère face à des mesures dont les effets tardent à se faire sentir, estiment certains.

C'est vraiment frustrant d’entendre juste des paroles. Mais concrètement vous allez faire quoi, que je puisse dormir tranquille ce soir? a lancé une résidente en colère.

Un autre a fait part de son inquiétude pour son jeune adolescent de 17 ans, lorsque celui-ci sort le soir avec des amis.

C'est le quartier de Five Points et son activité de nuit qui préoccupe particulièrement ces résidents. Certains ont par ailleurs dénoncé l'absence de la police dans le secteur.

Un consensus est toutefois revenu lors des débats : les investissements doivent se faire dans les organismes communautaires, pas seulement dans la police et dans les gouvernements.

Rassembler la communauté

Une piste de solution a fini par émerger des conversations. L'absence d'activités pour les jeunes et le manque d’espaces verts dans le quartier, mais aussi de terrains de basketball ont fait dire à plusieurs résidents que le quartier n'était pas non plus très attrayant pour y vivre.

Juan Sanchez, résident du quartier Oakwood-Vaughan depuis 12 ans.

Juan Sanchez, résident du quartier Oakwood-Vaughan depuis 12 ans

Photo : Radio-Canada

Il faut que nous devenions créatifs pour trouver des outils afin d’engager toute la communauté, d'abord en rendant plus beau ce quartier.

Juan Sanchez, résident du quartier Oakwood-Vaughan depuis 12 ans

Pour ce Dominicain d’origine, établi depuis 12 ans dans le secteur, il faut revitaliser l’espace urbain. Cela donnera de l'emploi aux jeunes et donnera envie de vivre ici, pense-t-il.

Plusieurs groupes ont d’ailleurs abondé dans le même sens, mettant de l'avant la saleté et le manque de couleurs des rues.

De son côté, la résidente Barbara Gieider a apprécié cette rencontre. Mais comme toujours, les personnes parlent des problèmes au lieu de trouver des solutions. Je pense qu'il y a plus d'activités que ce que pensent les personnes, donc il faudrait plus de communication, estime-t-elle.

Le conseiller municipal Matlow a dit prendre bonne note des recommandations et travailler sur un plan de revitalisation du quartier.

Depuis cet automne, plusieurs rencontres de la sorte ont lieu dans différents quartiers touchés par la violence armée. La plupart sont organisées par l'Unité de prévention des gangs de rue de la police. L'objectif est aussi d'éduquer et de soutenir les familles qui sont touchées par ces activités.

Il y a moins d'une semaine, Toronto égalait son triste record de fusillades établi l'an dernier, à 428. Il y en a eu une dizaine de plus depuis. Des fusillades qui ont aussi fait 666 victimes, dont 37 morts, selon les dernières données de la police.

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Armes à feu

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