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Enquête en destitution : Sondland implique Trump et admet une « demande de contrepartie »

Gordon Sondland, la main levée, en gros plan.

L'ambassadeur Gordon Sondland pendant son témoignage devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Sophie-Hélène Lebeuf

Témoignant devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants, l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'Union européenne (UE), Gordon Sondland, a contredit le président américain. Il y a bien eu une demande de contrepartie, dont avaient pleinement conscience plusieurs membres du Cabinet, a-t-il affirmé.

La comparution de Gordon Sondland, à qui d'autres témoins n'avaient pas donné le beau rôle, était la plus attendue. Le témoignage du seul témoin à avoir eu des contacts directs avec le président a donné des munitions aux démocrates.

Dans sa déclaration d'ouverture, il a reconnu catégoriquement que la tenue d'enquêtes par l'Ukraine sur la société gazière ukrainienne Burisma et sur les élections présidentielles américaines de 2016 était une condition préalable à un appel entre le président Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, ainsi qu'à la tenue d'une rencontre entre les deux dirigeants. La visite du président ukrainien n'a toujours pas eu lieu, 7 mois après son élection.

Je sais que les membres de ce comité ont souvent résumé ces questions complexes à une simple question : Y avait-il une “demande de contrepartie”? [...] En ce qui concerne l'appel et la rencontre [...] [que voulait Zelensky], la réponse est oui.

Gordon Sondland, ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE

Le président Trump a martelé à répétition qu'il n'y avait en aucun cas eu de demande d'une contrepartie.

M. Sondland a rejeté les affirmations d'autres témoins, qui ont parlé d'un canal diplomatique parallèle dont il faisait partie. La Maison-Blanche, le Conseil de sécurité nationale (NSC) et le département d’État étaient au courant des efforts menés auprès de l'Ukraine, a-t-il allégué.

Tant le vice-président Mike Pence que le secrétaire d'État, Mike Pompeo, le chef de cabinet de la Maison-Blanche par intérim, Mick Mulvaney, et l'ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton étaient au courant des pressions exercées sur l'Ukraine, a-t-il indiqué.

Le président ukrainien devait annoncer les enquêtes. Il n'était pas obligé de les faire, d'après ce que j'ai compris, a en outre précisé Sondland, interrogé sur le président du Comité du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff.

M. Sondland a prétendu n'avoir fait que tardivement le lien entre Burisma et l'ex-vice-président démocrate Joe Biden, qui est aujourd'hui candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020. Au moins trois témoins ont pourtant soutenu que M. Sondland avait lui-même parlé d'une enquête sur les Biden.

Des témoins ont précédemment soutenu que Burisma était un mot codé pour « Biden », puisque l'un des fils de Joe Biden avait des liens d'affaires avec cette entreprise. Le propriétaire de cette société a un temps été visé par une enquête pour corruption.

Selon la reconstitution de l'appel qui a été rendue publique par la Maison-Blanche il y a deux mois, lorsque l'entretien téléphonique a finalement eu lieu, le 25 juillet, le président Trump a notamment demandé à son interlocuteur d'enquêter sur Joe Biden.

À qui cette enquête serait-elle bénéfique? a fini par extirper du témoin le démocrate Patrick Maloney. Au président Trump, je présume, a répondu M. Sondland.

Donald Trump a aussi demandé à son interlocuteur la faveur d’enquêter sur l'ingérence de l’Ukraine dans la campagne présidentielle américaine de 2016, remettant ainsi en question les conclusions des services de renseignement américain et faisant écho à des théories du complot relayées par des trolls russes et des sites d’extrême droite. Les services de renseignement ont plutôt conclu que c'est la Russie qui s'était ingérée dans la campagne de 2016.

Si Adam Schiff a présenté le témoignage de M. Sondland comme l'un des plus significatifs, les républicains, eux, ont soutenu qu'il exonérait le président Trump.

Giuliani au centre des pressions exercées sur Kiev

Rudy Giuliani et Donald Trump se serrent la main sur une scène.

Rudy Giuliani et Donald Trump travaillent ensemble depuis plusieurs années.

Photo : Reuters / Mike Segar

Certains témoignages avaient jeté une lumière crue sur le choix de Donald Trump de déposséder les responsables américains chargés de l'Ukraine d'une partie de leurs prérogatives au profit de l’avocat personnel du président, Rudy Giuliani.

Ce dernier réclamait du président ukrainien une annonce publique des enquêtes, a indiqué l'ambassadeur Sondland.

Nous avons tous compris que ces conditions préalables à l'appel de la Maison-Blanche et à la rencontre à la Maison-Blanche reflétaient les souhaits et les exigences du président Trump, a-t-il affirmé.

Lorsque le président dit : “Parlez à mon avocat personnel” et que M. Giuliani, en sa qualité d'avocat personnel [du président], formule certaines demandes ou exigences, nous supposons que cela vient du président.

Gordon Sondland, ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE

Gordon Sondland a soutenu que d'autres hauts responsables et lui avaient collaboré avec M. Giuliani, à la demande expresse du président des États-Unis. Nous avons suivi les ordres du président, a-t-il insisté, même s'ils ne voulaient pas travailler avec Rudy Giuliani.

C'était essentiel pour que l'Ukraine obtienne l'assistance militaire de près de 400 millions de dollars promise par Washington pour lutter contre des séparatistes pro-russes, a-t-il soutenu. Quelques jours avant l'appel du 25 juillet, l'administration Trump avait gelé les fonds, qui ont ultimement été débloqués 55 jours plus tard.

L'avocat des républicains a par ailleurs demandé au témoin s'il avait conscience des intérêts financiers de Rudy Giuliani en Ukraine, semblant ainsi établir une distance entre ce dernier et son client, le président Trump.

L'aide militaire prétendument liée aux enquêtes

Gordon Sondland avec à sa droite son avocat, Robert Luskin.

Gordon Sondland quelques minutes avant d'entreprendre son témoignage devant le Comité du renseignement.

Photo : La Presse canadienne / Susan Walsh/AP

S'il a soutenu n'avoir jamais entendu le président dire que le dégel de l'aide militaire destinée à l'Ukraine était aussi lié à l'annonce d'enquêtes par les autorités ukrainiennes, Gordon Sondland a cependant soutenu qu'il avait fini par en arriver à cette conclusion.

Lors de sa déposition à huis clos, il y a un mois, il avait pourtant affirmé n'avoir jamais cru que les deux éléments étaient rattachés. Il avait toutefois modifié son témoignage à la lumière des déclarations d'ouverture d'autres témoins, qui lui avaient rafraîchi la mémoire.

L'un d'eux avait spécifiquement affirmé que M. Sondland lui avait confié avoir dit à des collaborateurs du président Zelensky que l'annonce des enquêtes pourrait aider au dégel de l'aide militaire.

En l'absence d'explication crédible du gel de l'aide, j'en suis venu plus tard à croire que le dégel de l'aide à la sécurité ne surviendrait qu'après une déclaration publique de l'Ukraine s'engageant à mener les enquêtes sur les élections de 2016 et Burisma, a-t-il expliqué, précisant qu'il avait partagé ses craintes avec le vice-président Pence.

Les élus républicains ont saisi la balle au bond : il ne s'agissait que d'une présomption, ont-ils martelé. L'avocat des républicains, Steve Castor, a d'ailleurs pu lui faire dire que le président ne lui avait pas parlé personnellement de conditions liées à l'aide militaire ou à la rencontre.

Sondland reconnaît un appel controversé avec le président

L'ambassadeur Sondland a admis s'être entretenu au téléphone avec le président Trump le 26 juillet, au lendemain de l'appel entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, comme l'a rapporté à huis clos un employé de l'ambassade américaine en Ukraine, David Holmes, vendredi dernier.

M. Holmes a dit avoir été témoin auditif d'une conversation téléphonique entre le président Trump, qui parlait très fort, et l'ambassadeur Sondland, qui l'a appelé depuis un restaurant à Kiev.

Volodymyr Zelensky est prêt à vous lécher le derrière, aurait dit M. Sondland. Alors, il va faire les enquêtes? aurait demandé le présidentIl va le faire. Il va faire tout ce que vous lui demandez, aurait répondu l'ambassadeur Sondland.

Après l'appel, M. Sondland aurait dit à M. Holmes que le président se fout[ait] de l'Ukraine, ne se souciant que de choses importantes [...] qui profitent au président, comme l'enquête sur les Biden menée par M. Giuliani.

M. Sondland n'a pas contesté la véracité des propos rapportés, reconnaissant qu'il aurait pu dire ce genre de choses. Je n'ai aucun souvenir d'avoir mentionné l'[ex-]vice-président Biden et son fils, a-t-il cependant insisté.

Dans sa déposition à huis clos, M. Sondland n'avait évoqué que deux appels avec le président, dont celui-là ne faisait pas partie.

L'ex-responsable du dossier russe au sein du NSC Tim Morrison a rapporté que les deux hommes avaient eu une demi-douzaine d'appels au sujet de l'Ukraine, ce qu'a confirmé M. Sondland, parlant au total d'une vingtaine de contacts téléphoniques.

À de multiples reprises, Gordon Sondland a affirmé ne pas se rappeler d’événements relatés par d’autres témoins, affirmant qu’il n’était pas du genre à prendre des notes. Les diplomates de carrière qui ont témoigné avant lui avaient au contraire bien documenté les faits liés au dossier ukrainien.

Lui reprochant de ne pas avoir pris de notes, l'avocat en chef des républicains, Steve Castor, a attaqué la fiabilité du témoin, parfois malmené par les démocrates, et d'autres fois par les républicains.

Dès le début de sa comparution, Gordon Sondland a rappelé qu’il témoignait contre les directives du département d’État et a déploré que celui-ci lui ait bloqué l'accès à l'intégralité du registre de ses appels et de ses courriels.

Trump prend ses distances

Gros plan d'une feuille de note que Donald Trump tient dans ses mains.

Le président Trump a soutenu ne pas avoir demandé à l'ambassadeur Sondland de transmettre l'exigence d'une contrepartie.

Photo : Getty Images / Mark Wilson

Donald Trump a lu devant les médias un passage du témoignage de l'ambassadeur Sondland, qui disait rapporter les propos du président lors d'une conversation téléphonique qui s'est déroulée le 9 septembre : Je ne veux rien. Je ne veux rien. Je ne veux aucune contrepartie. Dites à Zelensky de faire la bonne chose.

Cela signifie que c'est terminé, a conclu le président américain.

Le président Trump a en outre minimisé son lien avec l'ambassadeur, dont il a fait un acteur important de la politique étrangère des États-Unis en Ukraine, en dépit du fait que le pays ne fasse pas partie de l'UE.

Je ne le connais pas très bien. Je ne lui ai pas beaucoup parlé. Ce n'est pas un homme que je connais bien. Mais il a l'air sympathique.

Donald Trump, président des États-Unis

Le mois dernier, le président Trump l'avait pourtant qualifié d’homme vraiment bien et de grand Américain.

Il a par ailleurs souligné au passage que Gordon Sondland avait soutenu d'autres candidats pendant la course à l'investiture républicaine, en 2016.

Généreux donateur républicain, M. Sondland, un magnat hôtelier, a été nommé ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE en 2018. S'il n'était pas un allié de la première heure du président, il avait ensuite versé un million de dollars à son comité d'investiture.

Selon CNN, il a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de démissionner.

Le défilé des témoins se poursuit

Le Comité du renseignement a entendu plus tard dans la journée Laura Cooper, une responsable du Pentagone, ainsi que David Hale, un employé du département d'État.

Fiona Hill, ancienne conseillère sur l'ex-URSS, la Russie et l'Europe au sein du NSC, et David Holmes répondront aux questions des élus jeudi.

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