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Pénélope Guay, une vie au service des Autochtones en difficulté

Pénélope Guay, tenant sa médaille dans ses mains, entourée de députés à l'Assemblée nationale.

Pénélope Guay, au centre de la photo, s'est vu remettre la Médaille d'honneur de l'Assemblée nationale le mardi 19 novembre 2019.

Photo : Radio-Canada

Fannie Bussières McNicoll

La cofondatrice de la Maison communautaire Missinak, Pénélope Guay, a reçu mardi la Médaille d'honneur de l'Assemblée nationale pour son engagement à aider les Autochtones qui vivent en milieu urbain, dans la région de Québec. Tant le parcours unique de cette fière Innue que sa capacité de transformer l'adversité en moteur de changement en font une femme d'exception.

La dernière réalisation en date de Pénélope Guay, c'est le centre multiservice Mamuk. Ouvert il y a à peine un an dans l'arrondissement de Charlesbourg, à Québec, il offre une panoplie de services aux Autochtones de tous âges vivant en milieu urbain. Pour Pénélope Guay, Mamuk, c'est l'aboutissement d'une vie entière passée à aider les siens. Une vie à rassembler autour d'elle les Autochtones dans le besoin. À tenter de recréer un sentiment de communauté, elle qui en a été privée, enfant.

Parce qu'elle avait marié un Métis, la mère de Pénélope et ses enfants ont été chassés de la communauté de Mashteuiatsh au Saguenay–Lac-Saint-Jean, comme le prévoyait la Loi sur les Indiens. La famille a donc vécu dans l'isolement, déracinée de force de sa culture.

Pénélope, à droite, et sa petite soeur, n'ont jamais pu grandir dans la communauté innue où avait vécu leur mère, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Pénélope, à droite, et sa petite soeur, n'ont pas pu grandir dans la communauté innue où avait vécu leur mère, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Photo : Archives personnelles de Pénélope Guay

J'étais vraiment en colère! Pourquoi est-ce qu'on a fait vivre ça à ma mère toute sa vie? Et pourquoi à moi? Je ne parle pas la langue non plus pour cette raison-là, d'ailleurs.

Pénélope Guay, cofondatrice de la Maison communautaire Missinak

C'est peut-être justement pour permettre aux 9000 Autochtones qui vivent à Québec, souvent loin de leurs proches, de se réapproprier leur culture que Pénélope Guay et sa fille, Nathalie, ont fondé le centre Mamuk, surnommé la petite communauté par ses membres. Moi, ici, je veux créer un sentiment d'appartenance. Je veux qu'il y ait de l'amour. On le sent ici quand on arrive, c'est important pour nous de prendre soin des gens.

Prendre soin des gens, c'est ce que Pénélope Guay a fait toute sa vie, confirme sa fille Nathalie Nika Guay. Nathalie doit partager sa mère avec bien des Autochtones dans le besoin qui sont venus cogner à leur porte au fil des ans. Mais elle le fait avec plaisir.

Aider les femmes autochtones en difficulté

Elle prend le temps de parler, d'accueillir l'autre, c'est une enveloppeuse.

Nathalie Nika-Guay, cofondatrice de la Maison communautaire Missinak et fille de Pénélope Guay

Jenny Hervieux, coordonnatrice des services au centre Mamuk, n'a aussi que des mots admiratifs pour Pénélope.

Jenny Hervieux travaille avec Pénélope Guay depuis de nombreuses années. Elle la considère comme sa deuxième mère.

Jenny Hervieux travaille avec Pénélope Guay depuis de nombreuses années. Elle la considère comme sa deuxième mère.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Sagesse, respect, écoute, empathie, ce sont les mots qui la décrivent, selon moi. Pénélope c'est une gardienne, c'est une guérisseuse de l'âme.

Jenny Hervieux, coordonnatrice des services au centre Mamuk

Aider les femmes à sortir de la violence

Mais avant de guérir les autres, Pénélope a dû se guérir elle-même. Dans la jeune vingtaine, Pénélope Guay a subi de la violence sous bien des formes avant de trouver la force de mettre un terme à une relation toxique. Sans repère, sans argent, avec quatre jeunes enfants à charge, elle tombe dans une spirale destructrice. Mais elle réussit finalement à rebondir : elle fait un retour aux études à 37 ans en travail social et prend son envol.

Pénélope Guay, dans la vingtaine.

Pénélope Guay, dans la vingtaine

Photo : Archives personnelles de Pénélope Guay

La souffrance qu'elle a vécue, elle décide de s'en servir, de s'en nourrir pour aider celles qui veulent en sortir. Son premier objectif : offrir un refuge aux femmes autochtones en difficulté. Après 10 ans de démarches, elle ouvre avec sa fille Nathalie la Maison communautaire Missinak en 2009, la première du genre dans la région de Québec. Elle peut accueillir jusqu'à neuf femmes à la fois, avec leurs enfants.

Quand une femme arrive ici, je la comprends. Tu arrives, tu es en miettes. Quand tu es détruite, il faut que tu te construises. La maison d'hébergement, ça te fait un pied-à-terre. On prend soin de toi. Tu es à la bonne place.

Pénélope Guay

Aujourd'hui, Pénélope Guay est devenue une véritable inspiration pour les femmes qu'elle aide. Elle est aussi un modèle pour ses employées.

Marie-Claude Hervieux et Geneviève Hervieux-Bacon sont fières et reconnaissantes de travailler pour la Maison communautaire Missinak.

Marie-Claude Hervieux et Geneviève Hervieux-Bacon sont fières et reconnaissantes de travailler pour la Maison communautaire Missinak.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Elle aide vraiment les gens à s'en sortir. Elle a aidé beaucoup de vies. Ça n'a pas de prix ce qu'elle a fait pour plusieurs familles. C'est un peu comme notre Jeanne d'Arc.

Marie-Claude Hervieux, accompagnante à la Maison communautaire Missinak

Elle a tellement un positivisme extraordinaire. Elle apporte vraiment beaucoup d'espoir à bien des femmes, à toute la communauté autochtone.

Geneviève Hervieux Bacon, intervenante à la Maison communautaire Missinak

Une femme militante et impliquée pour les Autochtones

Pénélope Guay a toujours eu la fibre militante. Elle était de la marche des femmes contre la pauvreté « Du pain et des roses », en 1995. Elle est active depuis plusieurs décennies sur le front de la défense des droits des Autochtones. Sa dernière implication en date et non la moindre fut d'être accompagnatrice spirituelle pour la commissaire Michèle Audette pendant l'Enquête nationale sur les femmes et les filles disparues et assassinées.

Elle est convaincue que l'exercice, douloureux pour plusieurs, n'aura pas été vain. Je suis contente qu'il y ait eu une enquête. Parce que les femmes ont pu parler, briser le silence. Elles ont pu guérir en racontant, en dévoilant ce qu'elles ont vécu. Et je pense que ça va faire avancer les choses.

Elle est d'avis que la population en général et que les élus aussi sont davantage à l'écoute des communautés autochtones.

Je pense que les gens commencent à vouloir comprendre, à vouloir nous connaître, à vouloir changer les choses avec nous. Je sens qu'il y a de l'ouverture là où il n'y en avait pas avant. On brasse les choses, ça bouge, beaucoup plus qu'il y a 20 ans!

Pénélope Guay

La reconnaissance du travail accompli

Pénélope a appris il y a quelques semaines que l'Assemblée nationale lui rendrait hommage en lui décernant une médaille d'honneur. Une reconnaissance bienvenue, qu'elle tient à partager avec tous les Autochtones. « C'est une reconnaissance politique du travail accompli. Pour moi, c'est important. Et il n'y a pas que moi qui vais la porter cette médaille. Mon monde à moi aussi! C'est une fierté pour moi et pour tous les membres de la communauté. »

Pénélope Guay, en entrevue, dans la Maison communautaire Missinak, à Québec.

Pénélope Guay, en entrevue, dans la Maison communautaire Missinak, à Québec

Photo : Radio-Canada / Hugues Brassard

Si cet honneur lui confirme que le chemin parcouru, quoique mouvementé, a porté ses fruits, il ne lui donne pas pour autant l'envie de ralentir la cadence.

Je pense que c'est important ce que je fais. Je n'arrêterai pas là, oubliez ça! Je suis passionnée du travail que je fais. Je vais continuer à travailler tant que je peux!

Pénélope Guay

Parmi les nombreux projets à court terme de Pénélope Guay et de son équipe, il y a l'organisation d'une visite régulière d'une infirmière praticienne spécialisée au centre Mamuk ainsi que le développement de services centrés sur les besoins des hommes autochtones.

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