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Dangereuse, l’absence de caserne d’incendie à Mani-utenam?

La caserne de Mani-utenam.

La caserne d'incendie de Mani-utenam n'est plus en activité depuis quelques années.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Djavan Habel-Thurton

Des résidents de Mani-utenam, dont l'ancien chef pompier de la communauté, dénoncent l’absence de caserne sur le territoire. Pour eux, il est simplement trop long d’attendre l’intervention des pompiers de Sept-Îles.

Après l'incendie, présumé criminel, qui a détruit une résidence de Mani-utenam vendredi soir dernier, des citoyens de la communauté innue ont remis en question la dépendance de leur communauté au Service d’incendie de la Ville de Sept-Îles.

La situation n’a pas toujours été telle. Il y a seulement quelques années, Mani-utenam possédait son propre Service des incendies. La caserne non utilisée se trouve toujours au cœur du village.

Le Service des incendies de la communauté travaillait en collaboration avec celui de Sept-Îles. Il desservait la communauté de Mani-utenam, mais participait occasionnellement à des opérations dans le secteur de Moisie, en collaboration avec les pompiers de Sept-Îles.

La caserne de Mani-utenam.

La caserne se trouve en plein centre du village de Mani-utenam.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Aujourd’hui, c’est le Service de la sécurité incendie de la Ville de Sept-Îles qui intervient lorsqu'il y a un feu à Mani-utenam. Les pompiers partent de la caserne du centre-ville de Sept-Îles.

La communauté de Mani-utenam est située à 15 kilomètres du cœur de Sept-Îles. À titre d’exemple, le site Google Maps prévoit 13 minutes en voiture pour faire le trajet.

Une fois que les pompiers ont reçu l’alerte, il faut donc plusieurs minutes avant qu'ils puissent commencer à combattre l'incendie.

Un ancien chef pompier inquiet

Manuel Fontaine, qui réside à Mani-utenam, a été chef pompier à la caserne de sa communauté de 1998 à 2011.

Il assure que pour sauver une maison des flammes, les premières minutes sont les plus importantes. Selon lui, il faut idéalement intervenir en moins de cinq minutes.

Manuel Fontaine en entrevue.

Manuel Fontaine a été pompier à Mani-utenam pour plus de 20 ans.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Malgré la compétence des pompiers de Sept-Îles, il croit que leur distance de Mani-utenam est simplement trop grande.

Jamais ils ne vont être capables d’arriver à temps pour maîtriser un incendie. Ce n’est pas qu’ils ne sont pas qualifiés pour [le faire]. Même dans leur secteur, dans le secteur est de Moisie, ils ne pourraient jamais [arriver à temps]. Ce n’est pas bon pour nous autres, ce n’est pas bon pour eux autres non plus, pour leur population, explique l’ancien pompier.

Un rapport du ministère de la Sécurité publique donne raison à M. Fontaine.

Dans le document intitulé Orientations du ministre de la Sécurité publique en matière de sécurité incendie, on peut lire : Une analyse effectuée aux États-Unis sur près de 500 incendies de bâtiments a permis d’observer que, dans un scénario typique d’incendie, l’embrasement général d’une pièce survient presque toujours dans les 10 minutes après l’apparition d’une flamme vive. Et qu’une résidence unifamiliale devient habituellement totalement en flammes dans un intervalle de 5 à 20 minutes suivant l’embrasement général de l’une des pièces.

Le document conclut donc qu’un service incendie doit impérativement viser à arriver sur le lieu de l’incendie avant le point d’embrasement général, soit avant 10 minutes, parce qu’après, il devient difficile d’intervenir efficacement.

Le ministère de la Sécurité publique explique toutefois qu’aucune norme n’est imposée aux municipalités pour la distance entre une caserne et un village. La planification doit être optimisée en fonction des ressources matérielles et humaines disponibles.

Collaboration entre Sept-Îles et Uashat mak Mani-utenam

Depuis 1996, une entente lie le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam à la Ville de Sept-Îles pour l’intervention du Service de la sécurité incendie de la Ville de Sept-Îles à Uashat.

Un montant de base est payé par le conseil de bande à Sept-Îles. S’y ajoute un certain montant par intervention.

Pour Mani-utenam, plus éloigné du centre-ville de Sept-Îles que ne l'est Uashat, il n’existe cependant pas d’entente officielle. Des demandes d’entraide sont formulées pour l’intervention des pompiers de Sept-Îles en cas d’urgence, explique le directeur général de la Ville de Sept-Îles, Patrick Gwilliam.

Dans ces cas, Sept-Îles reçoit un certain montant pour chaque intervention à Mani-utenam.

Camions et équipements de pompiers, notamment casiers avec casques et habits, à l'intérieur de la caserne à Sept-Îles.

Camions et équipements de pompiers à l'intérieur de la caserne à Sept-Îles.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Le conseil de bande de Uashat mak Mani-Utenam n’a pas répondu à notre demande d’information sur les raisons qui expliquent la fermeture de la caserne de Mani-utenam.

Le directeur général de Sept-Îles évoque cependant des difficultés de recrutement de pompiers malgré une volonté du conseil de bande.

Il y a déjà eu une caserne à la place de la Boule, dans le secteur de Moisie, à Sept-Îles. Elle a fermé ses portes en 2006 en raison d’un manque de personnel et de la vétusté des camions et des équipements.

Il n’y a donc à l'heure actuelle aucune caserne d’incendie en activité à l’est du centre-ville de Sept-Îles. Le directeur général de la Municipalité explique que la Ville n'entend pas ouvrir une nouvelle caserne en raison des coûts importants qui y seraient associés.

L’importance des détecteurs

Le directeur général de la Ville de Sept-Îles, Patrick Gwilliam, qui est également un ancien pompier, insiste sur l’importance de la prévention pour éviter les incendies destructeurs.

Selon lui, même si une communauté n’a pas de pompier intervenant lors d’incendies, elle devrait tout de même se doter d'experts en prévention. Ces personnes devraient s’assurer que le plus de résidences possible soient dotées de détecteurs de fumée et de monoxyde de carbone conformes.

Des pompiers sont sur les lieux d'une maison incendiée à Uashat.

La résidence de Uashat qui a brûlée au début du mois de novembre n'avait pas d'avertisseur de fumée fonctionnel.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Il explique que le moment où un incendie est détecté et où les pompiers sont alertés joue un rôle majeur dans la possibilité ou non de sauver le bâtiment. L’absence de détecteur fonctionnel dans une maison met aussi à risque la vie de ses résidents.

Avec les informations de Laurence Royer

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