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20 % des jeunes qui ont été placés connaîtront la rue à l'âge adulte

Un garçon est assis seul sur un banc au bord de la rue.

Les jeunes qui sont placés dans des familles d'accueil ou des centres de réadaptation sont souvent laissés à eux-mêmes lorsqu'ils atteignent l'âge de 18 ans, car ils n'ont plus accès aux services d'aide de l'État.

Photo : Ivanoh Demers

Stéphane Bordeleau

Un jeune Québécois sur cinq placés en institution ou en famille d’accueil se retrouve à un moment ou un autre en situation d’itinérance après la fin de sa période de placement, révèle une étude.

Cette étude longitudinale publiée mardi montre que la fin du placement est une période d’insécurité parfois houleuse pour les jeunes adultes qui arrivent à la fin de leur placement, et dont le tiers se retrouve en situation d'instabilité résidentielle dans l’année qui suit leur sortie du système.

Élevés depuis des années dans un cadre familial ou institutionnel auquel ils sont habitués, beaucoup de ces jeunes se retrouvent souvent du jour au lendemain dans le monde adulte sans aucun soutien pour trouver un logement ou un emploi, ou poursuivre leurs études.

Bien que plusieurs travaux portent sur le sort des jeunes qui sont placés dans des centres jeunesse ou des familles d’accueil, les auteurs ont remarqué qu’on ne sait en contrepartie que peu de choses sur ce qu’il advient de ces jeunes lorsqu’ils atteignent l’âge de 18 ans et qu’ils sortent du système de placement.

L'itinérance n'est jamais bien loin

Après la DPJ, trop d'itinérance

C’est dans l’optique de répondre à cette question que des chercheurs de la Chaire de recherche du Canada sur l’évaluation des actions publiques à l'égard des jeunes et des populations vulnérables (CREVAJ) se sont penchés sur l’avenir de 1136 jeunes Québécois dont le placement tirait à sa fin.

Les jeunes qui ont accepté de participer à l’étude étaient âgés d’environ 17 ans et ont été suivis par les chercheurs jusqu’à l’âge de 21 ans.

Le premier aspect auquel se sont attardés les auteurs de l’étude est la stabilité résidentielle de ces enfants dont le parcours est souvent ponctué d’allers-retours à la maison, de changements de familles d’accueil ou de divers passages en centre jeunesse.

Se retrouver seul du jour au lendemain sur le trottoir à 18 ans avec sa valise est certes un choc pour ces jeunes. Plusieurs ne savent tout simplement pas par où commencer.

D’un point de vue global, c’est 19,3 % des jeunes suivis dans cette étude [presque un sur cinq], qui se sont retrouvés en situation d'itinérance à un moment ou un autre dans les mois qui ont suivi leur sortie de placement, notent les chercheurs.

Par itinérance, on entend être obligé de dormir au moins une nuit dans la rue, dans des gares, des terminus d’autobus, des voitures, des camionnettes, des stations de métro ou encore des refuges d’urgence.

Ces jeunes ont connu en moyenne quatre épisodes d’itinérance chacun pendant la période où ils ont été suivis, à raison de cinq (en moyenne ) pour les garçons et de trois pour les filles.

Plus inquiétant encore, au moins 25 % des jeunes qui ont affirmé avoir connu l’itinérance ont rapporté avoir vécu un épisode de plus d’un mois dans cette situation.

L’insécurité résidentielle

Pancarte de logement à louer sur un balcon.

Pancarte de logement à louer à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Bien qu’ils ne se soient pas tous retrouvés dans la rue, plusieurs des jeunes suivis par les chercheurs ont vécu de l’insécurité résidentielle après leur entrée dans le monde adulte.

Ainsi, 45 % des jeunes suivis lors de l’étude ont affirmé à un moment ou l’autre être en situation résidentielle temporaire, notent les auteurs de l’étude.

Si certains habitaient temporairement chez leur amoureux (ou leur amoureuse), d’autres vivaient dans des appartements supervisés, des foyers de groupe, chez des membres de leur famille naturelle ou encore dans leur famille d’accueil en attendant de se trouver quelque chose de plus stable.

Notons que pour être considérés en situation d’instabilité résidentielle, les jeunes devaient avoir habité au moins trois lieux différents au cours de la dernière année.

Le fait que les jeunes qui terminent leur placement n’ont souvent pas d’emploi stable ou assez payant, d’endosseurs ou de garanties financières rend l’accès très difficile pour eux à des logements locatifs dont les propriétaires exigent en général des garanties, ont constaté les auteurs de l’étude.

Sécurité résidentielle chez les jeunes suivis par les chercheurs

  • 49 % étaient considérés en situation de stabilité résidentielle;
  • 32 % étaient en situation d’instabilité résidentielle;
  • 20 % avaient connu au moins un épisode d’itinérance.

Selon les auteurs, les jeunes qui présentaient le plus de stabilité résidentielle sont ceux qui ont pu rester à la fin de leur placement dans leur famille d’accueil ou avec un membre de cette famille un certain temps après être devenus majeurs.

Sans surprise, les jeunes qui ont connu le plus d’instabilité résidentielle une fois devenus majeurs sont aussi ceux qui en ont connu le plus pendant leurs années de placement.

Les études

Un adolescent est penché sur son bureau dans une salle de classe.

La stabilité résidentielle augmente nettement les chances des jeunes qui ont été placés de poursuivre et terminer leurs études.

Photo : Getty Images / Martin Bureau

La stabilité résidentielle est également étroitement liée à la poursuite des études, soulignent les auteurs de l’étude qui montre que 44 % des jeunes qui étaient en situation de stabilité résidentielle étaient encore aux études lors de la deuxième entrevue réalisée à l’âge de 19 ans.

Cette proportion chutait à 27 % pour les jeunes en situation d’instabilité et à 15 % pour ceux qui ont vécu une situation d’itinérance.

L’obtention d’un diplôme d’études secondaires (DES) étant souvent nécessaire voire incontournable pour intégrer le marché du travail, les chercheurs se sont également penchés sur la réussite scolaire des jeunes à leur sortie de placement.

Nos résultats sont sans équivoque. Les jeunes ayant complété le DES ou l’équivalent ont significativement plus de chances d’être en situation de stabilité ou d’instabilité résidentielle que d’avoir connu au moins épisode d’itinérance.

Extrait de l’Étude sur le devenir des jeunes placés

Accès aux soins de santé

En ce qui a trait à la santé, les jeunes qui ont connu l’itinérance sont plus à risque de souffrir de maladies physiques ou mentales.

Selon l’étude, 32 % d’entre eux ont affirmé avoir souffert de problèmes de santé physique ou psychologique au cours des 12 derniers mois, contre 2 % pour les jeunes en situation de stabilité.

Bien qu’ils soient plus souvent malades, les jeunes qui ont connu l’itinérance sont également ceux qui ont le plus de difficulté à obtenir des soins et un suivi médical. Ils sont également les plus nombreux à ne pas avoir accès à un médecin de famille.

En ce qui a trait aux drogues, 40 % des jeunes de la cohorte observée ont affirmé consommer des drogues sur une base régulière. Cette proportion passe à 60 % chez les jeunes qui ont vécu de l’itinérance.

L’importance d’être bien entouré

Une fois qu’ils ont quitté leur famille d’accueil ou leur centre jeunesse pour plonger dans la vie adulte, les jeunes qui s’en sortent le mieux peuvent en général compter sur un réseau d’amis, de proches ou de parents auprès desquels ils peuvent obtenir de l’assistance, des conseils ou de l’encouragement.

Nos résultats montrent que pour chaque personne proche additionnelle, les jeunes ont trois points de pourcentage de moins de chances d’avoir connu au moins une situation d’itinérance et deux points de pourcentage de plus d’être en situation de stabilité résidentielle.

Extrait de l’Étude sur le devenir des jeunes placés

Les soutiens interpersonnels directs constituent un important facteur de protection permettant d’éviter les situations d’itinérance [...] Le réseau social est une ressource importante qui peut s’activer pour contrer les difficultés personnelles et celles connues dans la transition à la vie adulte.

Prolonger l'accompagnement au-delà de 18 ans

La présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, en conférence de presse.

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse est présidée par Régine Laurent.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En conclusion, les chercheurs estiment que bien que la moitié des jeunes qui ont été suivis vivaient dans une situation stable environ 13 mois après la fin de leur placement, il n’en reste pas moins une moitié qui vit dans des conditions moins stables.

Selon ce qu’ont pu observer les auteurs de l’étude, une des situations les plus protectrices demeure le fait que les jeunes restent dans les familles d’accueil à leur sortie de placement.

L’idée étant d’assurer à ces jeunes fragilisés une transition vers la vie d’adulte plus harmonieuse et moins brutale en permettant à la famille d’accueil de les accompagner dans leur cheminement vers l’autonomie plutôt que de couper tous les liens le jour où ils atteignent l’âge de 18 ans.

Pour ce qui est des 20 % de jeunes qui ont connu l’itinérance, il s’agit sans surprise du groupe le plus vulnérable de la cohorte étudiée parce qu’ils ont moins de chance de finir leurs études, moins de chance de connaître la stabilité résidentielle et que souvent ils ne peuvent pas compter sur un réseau très étendu de personnes de confiance pour les épauler.

Or, ces jeunes doivent être bien préparés et surtout bien accompagnés à la sortie de leur placement, soulignent les auteurs de l’étude.

Ce travail préventif de protection du passage à la rue, ou de la sortie de la rue de manière rapide, est la seule voie pour donner une véritable chance au droit au logement pour ces jeunes vulnérables.

Extrait de l’Étude sur le devenir des jeunes placés

La question du manque de soutien de l’État aux jeunes qui atteignent la fin de leur placement a d’ailleurs été soulevée à plusieurs reprises ces dernières semaines lors des travaux de la commission Laurent sur la protection de la jeunesse.

Plusieurs intervenants ont d'ailleurs suggéré que l'assistance envers ces jeunes et les services qu'ils reçoivent lorsqu'ils sont mineurs soient prolongés dans leur vie de jeune adulte, et ce, jusqu'à l'âge de 21 ans, selon certains experts.

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