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Aider les femmes immigrantes, un mot à la fois

Une femme se tient debout devant un classeur sur lequel sont posées des photos.

Teresa Bassaletti est la directrice générale et fondatrice du Centre pour femmes immigrantes.

Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro

Nantou Soumahoro

En 36 ans, des milliers de femmes ont poussé les portes du Centre pour femmes immigrantes fondé par Teresa Bassaletti, pour qui l’isolement des femmes immigrantes est causé par la barrière de la langue. Une histoire qui a commencé avec de simples mots qu'elle traduisait lorsqu'elle se trouvait au supermarché avec des femmes hispanophones qui ne parlaient pas français.

J’expliquais aux femmes hispanophones qu’on ne disait pas “huevos”, mais “œufs” ou encore qu’on ne disait pas “palta” ici, mais “avocat”, précise-t-elle.

Rien ne prédestinait celle qui est aujourd’hui directrice générale du Centre pour femmes immigrantes à dédier sa vie à la cause des femmes et, plus précisément à la francisation de celles-ci. Car lorsqu’elle fuit son Chili natal à la suite du coup d’État d'Augusto Pinochet en 1973, elle connaît très peu le français.

Sans parler français, les femmes ne peuvent pas se faire comprendre et encore moins trouver un emploi, réalise-t-elle rapidement.

J'étais immigrante moi-même. Et, j’ai rencontré beaucoup de difficultés au niveau de l’emploi.

Teresa Bassaletti, directrice du Centre pour femmes immigrantes

Entre 1983 et 1987, Teresa Bassaletti offrait à son domicile des cours de français à un petit groupe de femmes. Et de fil en aiguille, ces cours ont pris de l'ampleur lorsqu’elle a commencé à les donner sur la rue Dunant à Sherbrooke. Dans un quartier où résident beaucoup de membres des communautés immigrantes.

Une femme engagée

Teresa Bassaletti admet avec humilité avoir été à la tête de nombreux projets en lien avec l’insertion des femmes immigrantes. Depuis l'ouverture du Centre, elle a notamment publié près de 10 publications qui abordaient des sujets aussi variés que l’histoire et la vie des femmes immigrantes, la question de l’intégration sur le marché de l’emploi ou encore l’impact du 11 septembre sur la violence familiale chez les femmes et les enfants des communautés immigrantes.

Quatre ouvrages posés sur une table.

Quatre des publications de Teresa Bassaletti.

Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro

Elle a aussi développé de nombreux projets en lien avec l’employabilité des femmes immigrantes.

Celui dont elle est la plus fière est une étude de faisabilité sur l'intégration professionnelle des femmes immigrantes dans la région de l’Estrie. Présentée en 1999 au gouvernement fédéral, cette étude a permis à 15 femmes fréquentant le Centre de suivre une formation de 48 semaines pour devenir préposées aux bénéficiaires.

Bilan : 14 des 15 femmes ont pu, grâce à ce programme, obtenir un emploi dans les hôpitaux de la province.

Des défis

Quand on lui parle de ses défis, elle plaisante d’abord en parlant de son intégration et de son plus grand choc : la neige.

Quand j’ai eu ma première tempête de neige, il faisait -27 degrés. Mais, je ne me décourageais pas. Je me disais : ''les aliments se conservent bien au congélateur. Alors moi aussi je vais être mieux conservée'', s’amuse-t-elle.

Mais son plus grand défi est lié au domaine financier, avoue-t-elle. Si elle confie s'être endettée pour obtenir le Centre tel qu'on le connaît aujourd'hui, elle dit aussi ne rien regretter. Car après tant d'années, les locaux représentent enfin un espace qui convient à toutes ces femmes.

Dans ce supermarché réaménagé sur la rue Belvédère Sud, elle a pu installer toutes les pièces dont elle avait besoin. On y trouve par exemple une salle de cours, une garderie, une cuisine, des installations pour les personnes à mobilités réduites et même une friperie.

Pour toutes les femmes

À travers les ans, le Centre est devenu plus qu'un endroit où suivre des cours de français. C'est aussi devenu un lieu de conseils, de rencontres, mais aussi de médiation pour les couples.

Teresa Bassaletti insiste sur le fait que ce sont toutes les femmes et pas uniquement les femmes immigrantes qui peuvent venir au Centre. Plusieurs groupes de femmes autochtones ont d'ailleurs été invités l'an dernier pour parler des enjeux qu'ils vivent dans leurs communautés.

Les femmes autochtones sont les plus pauvres au Canada. Après, ce sont les femmes handicapées. Et après ça, c’est nous, les femmes immigrantes. Alors, il y a beaucoup de choses que l’on a en commun, souligne-t-elle.

Selon elle, le combat qu’elle mène n’est pas encore terminé. Elle déplore notamment que l’accès à l'emploi soit toujours aussi difficile pour les membres des communautés immigrantes.

Cependant, une chose la rassure : depuis la création du Centre en 1983, d’autres organismes ont désormais la même vocation. Et elle n'est plus la seule en région à mener ce combat pour aider les femmes immigrantes dans leur intégration.

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