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Le 1er laboratoire de décomposition humaine à ciel ouvert au pays ouvrira au printemps

Quatre personnes en combinaison blanche discutent dans un boisé.

Dr Shari Forbes et ses collègues sur le site de recherche qu'elle a ouvert en Australie. La chercheuse doit maintenant piloter un projet similaire à Trois-Rivières, au Québec.

Photo : UTS Science / Anna Zhu

Michelle Raza

L’ouverture du site de Bécancour qui accueillera le laboratoire de décomposition humaine à ciel ouvert de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est prévue pour le printemps 2020. Les travaux de préparations du site sont en cours depuis quelques jours. Il pourra accueillir jusqu’à dix corps à la fois.

La dernière année a été occupée, résume la chercheuse Dr Shari Forbes, la titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 en thanatologie forensique recrutée par l’UQTR à l’automne 2018 pour ouvrir le premier laboratoire du genre au Canada.

Si tout se passe bien, tous les permis gouvernementaux, entre autres en matière de santé publique et d’environnement, auront été obtenus d’ici la fin 2019.

Vue aérienne du parc industriel et portuaire de Bécancour

Le site sécurisé de recherche en thanatologie (SSRT) fera 600 mètres carrés et doit être aménagé dans un boisé du parc industriel de Bécancour. Les coordonnées exactes du site demeureront confidentielles.

Photo : ProjetBécancour.ag

Le site sécurisé de recherche en thanatologie (SSRT), qui sera installé dans un coin isolé et boisé du parc industriel de Bécancour, devrait être prêt à accueillir des corps une fois la neige fondue, au printemps 2020.

À partir de là, ça va dépendre quand le corps d’un donneur arrivera, explique la chercheuse australienne, installée à Trois-Rivières depuis maintenant un an.

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Shari Forbes rapporte que de nombreux donneurs potentiels se sont manifestés depuis l’annonce de l’ouverture du laboratoire de décomposition humaine à ciel ouvert. Des gens des quatre coins du Canada nous ont contactés, mais l’UQTR ne peut accepter que des donneurs du Québec.

Les effets du froid sur la décomposition

Le site sécurisé de Bécancour pourra accueillir jusqu’à dix corps humains à la fois. De nombreux chercheurs vont en paramétrer la décomposition pour mieux comprendre, entre autres, comment le froid influence le processus.

Une femme assise à son bureau.

La chercheuse australienne Shari Forbes a été embauchée pour piloter l'ouverture du site de recherche sécurisé en thanatologie à Bécancour.

Photo : Radio-Canada / Michelle Raza

Nous ne savons pratiquement rien sur ce qui se produit sur un corps dans un climat froid, dit Shari Forbes, qui compte collaborer étroitement avec d’autres centres de recherche, dont un à Amsterdam aux Pays-Bas, pour faire avancer la science.

Nous ne pouvons pas simplement prendre des données recueillies au Texas et penser qu’elles s’appliquent aussi au Québec. Ça ne fonctionne tout simplement pas.

Shari Forbes, titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 en thanatologie forensique

Les travaux de la chaire de recherche de l’UQTR seront d’ailleurs suivis attentivement à travers le monde. Je reçois des demandes de partout en Amérique du Nord, de plusieurs régions d’Europe et d’Asie qui ont elles aussi un climat froid.

L’équipe de la Chaire de recherche en thanatologie forensique de l’UQTR, mais aussi des chercheurs dans une trentaine d’autres champs d’études, à l’instar de différents corps de police, vont aussi pouvoir mener des travaux sur le site de Bécancour.

En attendant l’ouverture du SSRT, les chercheurs de l’UQTR ont étudié dans les derniers mois la décomposition de carcasses de porcs, installées pour l’occasion dans un boisé sur le campus de l’université.

Ce que nous avons pu apprendre jusqu’à présent, c’est que le corps ne se décompose pas pendant les froids hivernaux et qu’au dégel, le processus de décomposition est modifié, a expliqué la chercheuse.

Des travaux sur les chiens pisteurs

L’un des premiers travaux de recherche qui seront faits sur le site sécurisé de Bécancour portera sur les chiens pisteurs chargés de retrouver les cadavres.

L’équipe de recherche s’intéressera à cibler les composés chimiques que les chiens perçoivent et qui leur permettent de retracer un corps dans la nature. Dans le cas des drogues ou des explosifs, c’est plus facile à trouver parce que l’odeur est distincte, mais pour les cadavres, les odeurs sont plus difficiles à isoler parmi les autres odeurs de feuilles ou de carcasses d’animaux en décomposition, par exemple, explique la chercheuse.

Il s’agit d’un des sujets qui intéresse le plus les policiers, souligne Shari Forbes, dont le bureau à l’UQTR accueille d’ailleurs quelques chiens en peluche envoyés par des corps de police canadiens pour la remercier de sa collaboration.

Des animaux en peluche sur un bureau.

Ces chiens en peluche sur le bureau de Shari Forbes lui ont été offerts par des corps policiers canadiens pour lesquels elle a été consultante.

Photo : Radio-Canada

Les gens me demandent souvent ce que nous faisons concrètement dans nos travaux de recherche, raconte Shari Forbes. Nous tentons souvent de répondre à des questions posées par la police ou par des experts en médecine légale, des choses qu’ils ont besoin de savoir, mais pour lesquelles ils n’ont les ressources ni le temps.

Les techniques de recherche de victimes, d’identification des corps et de datation de corps laissés à l’extérieur sont au nombre des applications du travail des chercheurs.

Du désert australien à l’hiver québécois

L’histoire se répète pour la chercheuse Shari Forbes. C’est elle qui a ouvert le premier laboratoire du genre en dehors des États-Unis en 2016, en Australie.

Son accomplissement a attiré l’attention de l’équipe en place à l’UQTR, qui cherchait depuis quelques années à démarrer son propre laboratoire.

Ça me semblait être un défi passionnant! L’Australie et le Canada sont deux environnements complètement à l’opposé : d’un côté, des températures de 40 degrés Celsius et de l’autre, de -40 degrés Celsius.

Shari Forbes, titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 en thanatologie forensique

Le financement de sa chaire de recherche à l’UQTR devrait mener Shari Forbes à rester à Trois-Rivières jusqu’en 2024. Celle qui a commencé à apprendre le français espère que le projet trifluvien mènera à l’ouverture d’autres laboratoires du même type ailleurs au Canada.

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