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Des manifestants en colère font encore plier le Parlement libanais

Une fillette qu'un homme porte sur ses épaules est drapée du drapeau libanais. Devant elle, des femmes tenant des pancartes sont assises devant des policiers antiémeute.

Des Libanaises se sont interposées entre des protestataires et les policiers pour calmer le jeu.

Photo : Reuters / Aziz Taher

Radio-Canada

La contestation ne faiblit pas au Liban. Des échauffourées entre manifestants et forces de l’ordre ont forcé mardi le report d’une session parlementaire controversée. Le président Michel Aoun affirme maintenant que des représentants du mouvement populaire feront partie du nouveau gouvernement.

Mardi avant-midi à Beyrouth, des centaines de protestataires se sont rassemblés près du Parlement pour contester une session censée permettre l’examen de projets de loi controversés, dont un portant sur une amnistie générale.

Cette loi, qui pourrait concerner des personnes condamnées ou soupçonnées d'implication dans des affaires d'évasion fiscale, devait être examinée le 11 novembre, mais la session parlementaire avait été reportée pour des raisons de sécurité, en raison des pressions de la rue.

Des manifestants jugeaient en outre qu’il est inconstitutionnel pour le Parlement de se réunir, étant donné que le pays est sans gouvernement depuis la démission du premier ministre Saad Hariri, le 29 octobre.

On veut empêcher les députés d’accéder au Parlement. On ne veut pas d’une amnistie, on veut d’abord qu’ils forment un gouvernement.

Leïla, manifestante

Des policiers, équipés de casques et de boucliers, ont repoussé des manifestants, qui ont essayé à plusieurs reprises d'arracher les fils barbelés et les barrières en fer bloquant rues et avenues menant à la place de l'Étoile, où se trouve le Parlement.

Une bousculade a lieu près d'une barrière de barbelés.

Des manifestants fuient les forces de sécurité après avoir réussi à créer une brèche dans la barrière de barbelés qui bloquait une rue près du Parlement.

Photo : Getty Images / AFP/ANWAR AMRO

Révolution, révolution, ont scandé des manifestants, le poing levé, brandissant des drapeaux libanais. Ce Parlement est à nous, lançait dans un mégaphone une jeune femme assise au sol, pendant que d’autres femmes autour tapaient sur des casseroles.

Des tirs de semonce ont en outre résonné au cours de la matinée au passage d'un convoi près du Parlement, provoquant la colère des contestataires, d'après des images diffusées par la télévision privée LBC.

Ce sont des fonctionnaires, comment peuvent-ils se permettre d'ouvrir le feu contre ceux qui les ont élus? s'est insurgé un manifestant auprès de la LBC, présumant qu'un député se trouvait dans ce convoi.

Un responsable du Parlement, Adnane Daher, a finalement annoncé devant les caméras des télévisions que la séance parlementaire était reportée à une date qui sera déterminée ultérieurement. Il a évoqué l'absence de quorum et les conditions exceptionnelles actuelles, en particulier sécuritaires.

Un policier casqué utilise une matraque à l'encontre d'une femme dans une rue.

Un policier brandit une matraque devant une femme manifestant près du Parlement.

Photo : La Presse canadienne / AP/Hassan Ammar

Des centaines de milliers de Libanais manifestent depuis plus d’un mois contre une classe politique jugée corrompue et incompétente. À l'heure actuelle, le gouvernement est plutôt formé au terme d'un jeu d'équilibriste entre les principales communautés religieuses, qui se séparent soigneusement le pouvoir.

Des représentants du mouvement populaire au gouvernement

La journée a par ailleurs été marquée par une déclaration du président Michel Aoun, qui assure être ouvert à ce que des représentants du mouvement populaire soient inclus dans le prochain gouvernement.

Le nouveau gouvernement sera politique et inclura des spécialistes et des représentants du mouvement populaire, a indiqué M. Aoun, cité sur le compte Twitter de la présidence, lors d'une rencontre avec le coordinateur spécial des Nations unies pour le Liban, Jan Kubis.

Je suis prêt à rencontrer les représentants du mouvement et à les informer de mes efforts pour répondre à leurs demandes.

Michel Aoun, président du Liban

Cette déclaration constitue une volte-face pour le président Aoun. Mardi dernier, il avait attisé la colère de la rue en rabrouant les manifestants. Si, au sein de l’État, il n’y a personne qui leur convient, qu’ils émigrent, avait-il lancé.

Le président du Liban, Michel Aoun

Le président du Liban, Michel Aoun

Photo : AFP / Stephane Mahe

Depuis la démission du gouvernement le 29 octobre sous la pression populaire, M. Aoun affirmait plutôt être en faveur d'un gouvernement technopolitique, mais sans jamais faire allusion à l'inclusion d'éventuels représentants du mouvement.

Il n’est pas certain que la déclaration du président permettra de résoudre la quadrature du cercle. Les manifestants, dans la rue depuis le 17 octobre, réclament un gouvernement transitoire formé exclusivement de technocrates totalement indépendants des partis au pouvoir, conspués sans exception.

Cette perspective est rejetée par certains partis politiques, dont le mouvement chiite Hezbollah.

Selon la Constitution, c'est le chef de l'État qui doit déclencher les consultations parlementaires en vue de désigner un nouveau premier ministre. Mais cette démarche n'a toujours pas été lancée, illustrant les difficiles tractations entre partis politiques.

L'objectif de ne pas fixer une date [jusqu'ici] est de lever les obstacles [...] et de faciliter la tâche du premier ministre désigné en vue de la formation d'un gouvernement, a expliqué le président Aoun.

Des gens font la file à l'extérieur d'une banque.

Les banques libanaises ont rouvert leurs portes mardi, après une semaine de grève des employés, qui protestaient contre des incidents avec des clients irrités par les restrictions sur les retraits. De telles restrictions sont toujours en vigueur.

Photo : Reuters / Ali Hashisho

La semaine dernière, un ancien ministre pressenti pour devenir chef du gouvernement, Mohamad Safadi, a finalement renoncé face à l'hostilité du mouvement de contestation qui a mobilisé des centaines de milliers de Libanais.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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