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Démarches de la dernière chance pour des actionnaires et créanciers d'Orbite

Panneau à l'entrée de l'usine Orbite

Usine Orbite de Cap-Chat (archives)

Photo : Radio-Canada

Joane Bérubé

Un groupe de créanciers et d’actionnaires d’Orbite technologie se mobilise pour éviter le démantèlement de l’usine de Cap-Chat.

Ces actionnaires et créanciers croient qu'une expertise externe d’ingénierie permettrait d’évaluer quelles sont les possibilités pour relancer les activités.

À l’arrêt depuis juin dernier, l’usine ainsi que les actifs de Technologie Orbite sont entre les mains du syndic Pricewaterhouse, qui a reçu le mandat de trouver un repreneur ou de vendre les actifs.

Jusqu’à présent, aucune offre d’un repreneur n’a été déposée au tribunal. Le contrôleur de Pricewaterhouse, Christian Bourque, indique cependant être toujours en discussion avec une entreprise.

Conférence de presse pour l'usine Orbite de Cap-Chat.

En 2014, Québec annonçait un premier investissement de 10 millions dans l'usine Orbite de Cap-Chat (archives)

Photo : Radio-Canada

Par contre, une firme a été embauchée pour évaluer le démantèlement de l’usine. Un plan de liquidation pourrait donc être déposé en Cour supérieure, le 26 novembre prochain.

Sans repreneur, les actionnaires et créanciers ne récupéreront qu'une infime partie de leur investissement.

L'étape de la dernière chance

Après avoir demandé l'arrêt du processus de vente par Pricewaterhouse, les actionnaires reviennent à la charge et croient que tout espoir n'est pas perdu.

Porte-parole du groupe, l’homme d’affaires Lorenzo D’Alesio, actionnaire depuis une dizaine d’années, croit qu’un rapport d’ingénierie sur la technologie devrait être réalisé avant d’en arriver à la vente de l’usine pour le poids du métal.

Comment on peut [arriver à] ce type de liquidation et le démantèlement de l’usine pour si peu d’argent? Tout le monde va perdre.

Lorenzo D’Alesio, porte-parole du groupe d'actionnaires et de créanciers

M. D’Alesio croit toujours au potentiel du procédé de Technologie Orbite, il en veut pour prendre le dernier communiqué de la direction publiée en juin dernier sur l’arrêt des opérations à l’usine de Cap-Chat.

Technologie Orbite y attribuait l’arrêt des opérations à un résultat direct de problèmes d’équipements et non pas de problèmes avec le procédé.

Un iPhone tenu devant un écran d'ordinateur.

L'alumine haute pureté, comme ce qui aurait été produit à l'usine de Cap-Chat sert à la conception d'équipements à la fine pointe de la technologie comme les écrans d'iPhone. (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Analyste financier et actionnaire d’Orbite depuis trois à quatre ans, Marc Gagnon estime qu’une expertise indépendante donnerait la chance aux créanciers et aux actionnaires d’avoir le cœur net sur le procédé.

Un rapport d’ingénierie, dit-il, pourrait orienter les actionnaires vers une nouvelle ronde de financement pour obtenir les fonds nécessaires aux modifications ou, dans le cas d’un rapport défavorable, de jeter l’éponge.

Orbite doit plus de 800 000 $ à la firme d’ingénierie Seneca qui a travaillé sur le procédé de purification de l’alumine. Le vice-président Dominique Morin connaît bien l’usine.

Le créancier croit lui aussi que la technologie d’Orbite pourrait fonctionner si elle était modifiée, notamment en abandonnant le four conçu par Outotec.

La firme, spécialisée en ingénierie des procédés de transformation industriels et dans le développement d’usines pilotes et de démonstration, a soumis une proposition pour effectuer le rapport d’expertise. L’idée, c’est vraiment de faire une vérification de coûts de la matière, surtout l’alumine haute pureté pour voir si on n’est capable de rivaliser avec le marché actuel, explique Dominique Morin.

Marc Gagnon fait valoir que les coûts de l’étude demandée ainsi que les délais de réalisation, soit quatre semaines, sont raisonnables.

Le but est d’aller chercher un plan B et de le mettre à exécution si c’est viable.

Marc Gagnon, actionnaire

Des milliers d'actionnaires

Ernest Laplante du Témiscamingue, qui a investi dans l’entreprise il y a presque six ans, juge que les actionnaires et les créanciers ont leur place à prendre dans l’avenir de l’entreprise. Aujourd’hui, Orbite c’est nous.

D'après M. Laplante, lui et sa famille ont investi 150 000 $ dans l’aventure Orbite. Il dit connaître des gens qui ont acheté jusqu’à 500 000 $ d’actions.

Ils sont des milliers de petits actionnaires à avoir investi, au fil des ans, dans Technologie Orbite.

De nombreux investisseurs ont été attirés par le potentiel environnemental de cette nouvelle technologie, rappelle le Gaspésien d’origine, Pierre Côté. Ce dernier qui tente de contacter les actionnaires estime que l’investissement moyen dans Orbite était de 100 000 $ et qu’au moins 20 000 épargnants s’y sont risqués.

On est tous pauvres à cause de ça

Pierre Côté, investisseur dans Technologie Orbite

Même si ces données étaient bien réelles, les actionnaires n’auront aucun droit de regard sur l’avenir de l’entreprise.

Des indicateurs de la bourse

L’action d'Orbite, qui s’est maintenue sous la barre des 0,50 $ à partir de l’automne 2014, a atteint 4,47 $ en avril 2011 et se vendait autour de 3 $ au printemps 2012.

Photo : iStock

Le groupe qui a déjà recueilli environ 150 procurations pour agir au nom de ces investisseurs ne dispose pas du temps nécessaire pour joindre la majorité.

La parole aux créanciers

Ce sont donc les créanciers qui auront le dernier mot. Ils ont le choix de refuser ou d’accepter le plan de liquidation de la société.

Le défi pour le groupe est donc de rassembler un nombre suffisant de créanciers détenant plus de 50 % de la dette. Le groupe se donne une semaine pour répondre à la commande.

Technologie Orbite traîne une dette de 53 millions de dollars dont 30 millions sont détenus par des créanciers garantis parmi lesquels Investissement Québec et Developpement économique Canada, mais aussi des entreprises d’investissement comme MidCap Financial ou Computareshares.

Des contacts sont en cours avec eux, assure M. D’Alesio.

Une lettre a aussi été envoyée à tous les petits créanciers non garantis afin de solliciter leur appui dans la démarche et le cas échéant des procurations pour les représenter lors de l’étude du dossier en Cour supérieure.

Vente à rabais

Une des craintes des actionnaires est que le démantèlement permette la récupération de la technologie à bas prix par une autre entreprise.

Yava Alumina, notamment, était parmi les repreneurs qui étaient en discussions avec le syndic au cours de l’été.

La société Yava possède son propre procédé d’extraction alumine, mais pourrait être tentée de racheter les brevets ou même les gisements que possède Orbite en Gaspésie et en Nouvelle-Écosse. Un des administrateurs de la société Yava est Richard Boudreault, qui a déjà été président et directeur général d’Orbite.

Cette perspective est loin de plaire aux actionnaires, qui auraient l’impression d’avoir été floués.

Le groupe estime que 160 millions de dollars, dont une bonne part de leur argent, ont été investis pour développer cette technologie en Gaspésie. On mise sur un autre cheval, au lieu du cheval qu’on a déjà, s’indigne Lorenzo D’Alesio.

Interrogé sur l’avenir d’Orbite lors de son passage en Gaspésie, lundi, le ministre de l'Économie et de l'Innovation, Pierre Fitzgibbon, s’est dit à l’écoute. Il a toutefois rappelé que Québec ne gérerait pas le dossier seul, mais accompagnerait un possible repreneur.

Le préfet de la MRC de la Gaspésie, Allen Cormier, se dit lui aussi prêt à regarder toutes les options pour que l'usine fonctionne de nouveau.

Lorenzo D’Alesio indique qu’il contactera le syndic au cours des prochains jours pour lui faire part des intentions du groupe.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

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