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Enquête en destitution : Volker admet qu'il aurait dû comprendre que Biden était ciblé

Kurt Volker prend la parole lors de l'audience.

L'ex-envoyé spécial américain en Ukraine Kurt Volker témoigne devant le Comité du renseignement, le 19 novembre 2019.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Sophie-Hélène Lebeuf
Mis à jour le 

L'ex-envoyé spécial américain en Ukraine Kurt Volker a reconnu, mardi, qu'il aurait dû faire un lien entre les demandes d'enquête sur la société gazière Burisma, qui comptait le fils de Joe Biden au sein de son conseil d'administration, et l'ex-vice-président démocrate lui-même.

C'est l'un des points forts d'une très longue journée d'auditions qui s'est étirée sur 11 heures 30 dans un contexte extrêmement partisan, lors de laquelle ont participé quatre des neuf témoins convoqués en cette semaine chargée.

Sur la liste des témoins réclamés par les républicains du Comité du renseignement de la Chambre des représentants, M. Volker a pourtant donné des munitions aux démocrates. Il a en quelque sorte fait son mea-culpa au sujet des enquêtes sur Burisma.

Avec le recul, je comprends maintenant que d'autres personnes percevaient l'idée d'enquêter sur une éventuelle corruption concernant la société ukrainienne Burisma comme équivalant à enquêter sur l'ancien vice-président Biden, a affirmé M. Volker, qui a soutenu ne pas avoir établi ce lien à l'époque. Enquêter sur Joe Biden était inacceptable, a-t-il poursuivi.

M. Volker, premier témoin à faire une déposition à huis clos, le 3 octobre dernier, a ainsi modifié certaines parties du témoignage qu'il avait livré, à la lumière des déclarations d'autres responsables qui lui ont succédé au fil des semaines devant le Comité.

Plusieurs d'entre eux ont étayé le fait que l'avocat personnel du président Trump, Rudy Giuliani, avait ainsi cherché à convaincre les responsables ukrainiens de mener une enquête sur Joe Biden, l'un des principaux candidats à l'investiture démocrate.

Le président Trump lui-même a demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, au cours du controversé appel du 25 juillet, d'enquêter sur Joe Biden.

Rétrospectivement, j'aurais dû voir ce lien différemment, et si je l'avais fait, j'aurais soulevé mes propres objections.

Kurt Volker, ex-envoyé spécial américain en Ukraine

À plusieurs reprises, il a en outre défendu devant les élus l'intégrité de Joe Biden, qu'il a qualifié d'honorable.

Contrairement à ce qu'il avait affirmé précédemment, il a admis que l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'Union européenne (UE), Gordon Sondland, avait formulé des commentaires génériques à propos des enquêtes au cours d'une rencontre qui s'est tenue le 10 juillet entre des responsables américains et ukrainiens.

Je pense que nous pensions tous que c'était inapproprié, a-t-il déclaré, disant que la lecture d'autres dépositions lui avait rafraîchi la mémoire. Le mois dernier, il avait pourtant affirmé qu'il n'y avait eu aucune mention d'enquêtes lors de cette réunion.

Reconnaissant la difficulté à convaincre le président Trump de la volonté du président ukrainien nouvellement élu à implanter des réformes démocratiques et à lutter contre la corruption, il a présenté la situation comme un problème qu'il avait tenté de régler, soulignant l'importance de l'aide militaire américaine pour l'Ukraine.

Selon des témoins, M. Volker a fait partie d'une diplomatie parallèle dont les objectifs contredisaient les objectifs bipartisans de politique américaine en Ukraine, ce dont il s'est défendu.

M. Volker a assuré avoir travaillé dans l'intérêt des États-Unis et de l'Ukraine, semblant dire que le meilleur moyen d'obtenir du président Trump le dégel de l'aide militaire était de convaincre Rudy Giuliani de la volonté du président Zelensky à lutter contre la corruption.

Le président Trump recevait un récit différent et négatif sur l'Ukraine et sur le président Zelensky. Ce récit négatif a été alimenté par les accusations du procureur général ukrainien de l'époque et transmis au président [Trump] par l'ancien maire Rudy Giuliani, a expliqué M. Volker.

Je ne pense pas que soulever les élections de 2016 ou le vice-président Biden ou ces choses que je considère comme des théories de conspiration véhiculées par [certains] Ukrainiens sont des choses que nous devrions poursuivre, a-t-il admis.

Deux témoins directs décrivent un appel « inapproprié »

Une femme et un homme prêtent serment, la main levée, dans une salle d'audience.

Jennifer Williams, une conseillère du vice-président Mike Pence, et le lieutenant-colonel Alexander Vindman, principal expert de l'Ukraine au sein du Conseil de sécurité nationale, comparaissent devant le Comité du renseignement.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Plus tôt dans la journée, deux responsables gouvernementaux qui ont écouté le controversé appel du 25 juillet, le lieutenant-colonel Alexander Vindman, principal expert de l'Ukraine au sein du Conseil de sécurité nationale, et Jennifer Williams, une conseillère du vice-président Mike Pence, ont exprimé leurs préoccupations au cours d'une audition conjointe.

Devant des républicains hostiles, M. Vindman a qualifié d'inapproprié l'appel du 25 juillet entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky. Sans hésitation, j'ai su que je devais le signaler à l'avocat de la Maison-Blanche, a-t-il déclaré.

Selon lui, il n'y a aucun doute que la rencontre à la Maison-Blanche souhaitée par le président ukrainien était conditionnelle à une annonce d'enquêtes de sa part visant notamment Joe Biden. Son fils Hunter a siégé pendant quelques années au conseil d'administration de la société gazière ukrainienne Burisma, qui a un temps fait l'objet d'une enquête par les procureurs ukrainiens.

Il était inapproprié et déplacé pour le président de demander – d'exiger – une enquête sur un opposant politique, en particulier à une puissance étrangère.

Lieutenant-colonel Alexander Vindman

Je ne pouvais pas croire ce que j'entendais, a-t-il soutenu, disant avoir craint pour la sécurité nationale des États-Unis.

Invoquant son sens du devoir, M. Vindman a indiqué avoir exprimé ses inquiétudes quant à l'attitude de l'administration Trump vis-à-vis de l'Ukraine, spécifiant avoir alerté l'avocat principal du NSC à deux reprises, dont l'une au sujet de l'appel au centre de cette affaire.

Moins tranchée que M. Vindman tout au long de son témoignage, Mme Williams a tout de même estimé que l'appel était à tout le moins inhabituel et inapproprié. Les requêtes du président semblaient motivées par des questions de politique intérieure, a-t-elle ajouté.

C'était la première fois que des témoins directs de l'entretien téléphonique venaient publiquement exposer les faits.

S'ils affirment depuis des semaines que les arguments des démocrates sont fondés sur de simples ouï-dire, les républicains ne se sont pas gênés pour attaquer les deux témoins – particulièrement le lieutenant-colonel Vindman. Ils ont par exemple laissé entendre qu'ils pouvaient être à l'origine de fuites médiatiques, ce qu'ils ont tous les deux nié.

Profession de foi patriotique

À plusieurs reprises, les membres républicains du Comité, qui ont souvent monté le ton, ont attaqué la crédibilité du lieutenant-colonel Vindman et minimisé le rôle qu'il joue à la Maison-Blanche. Depuis sa déposition à huis clos, des alliés du président, sur le réseau Fox News, ont mis en doute son patriotisme.

Dès sa déclaration d'ouverture, M. Vindman, un vétéran de l'armée qui a comparu en uniforme, avait déploré les diatribes de républicains ou de commentateurs visant plusieurs témoins. Ces attaques à l'endroit de [...] fonctionnaires distingués et honorables sont répréhensibles, a-t-il lancé.

Enquête en destitution : des témoins directs

Arrivé au pays enfant après être né en Ukraine, M. Vindman s'est en outre adressé à son père, affichant sa fierté d'être Américain.

Papa, je suis assis ici aujourd'hui au Capitole, au Capitole, pour parler à nos professionnels élus. C'est la preuve que tu as pris la bonne décision il y a 40 ans quand tu as décidé de quitter l'Union soviétique et de venir ici aux États-Unis d'Amérique en quête d'une vie meilleure pour notre famille. Ne t'inquiète pas, je vais bien m'en tirer en disant la vérité.

Vers la fin de l'audition, les démocrates lui ont demandé pourquoi il croyait que son père n'avait pas besoin de s'inquiéter. Sa réponse a suscité les applaudissements des gens qui assistaient à l'audience.

Parce que ceci est l'Amérique. C'est le pays pour lequel j'ai servi et que j'ai défendu, pour lequel tous mes frères ont servi. Et, ici, le droit est important.

Lieutenant-colonel Alexander Vindman

Les deux témoins ont par ailleurs nié être des anti-Trump.

Je ne suis pas certaine qu'il existe une définition officielle d'un anti-Trump, mais je n'en suis pas une, a soutenu Mme Williams, qui dès les premières minutes de son témoignage a souligné qu'elle avait servi pour des présidents des deux partis, qualifiant l'ex-secrétaire d'État républicaine Condoleezza Rice d'héroïne.

Je suis un antipartisanerie, a de son côté rétorqué le lieutenant-colonel Vindman.

Ce dernier a, en outre, mis à mal la théorie de l'ingérence de l'Ukraine dans les élections présidentielles de 2016 que véhicule Rudy Giuliani, à laquelle souscrit le président Trump et qui a été reprise par les républicains tout au long de l'audience.

Cette théorie du complot russe est mise de l'avant par le président Vladimir Poutine, a fait valoir Alexander Vindman, soulignant que les services de renseignement américain ont plutôt conclu à l'ingérence de Moscou.

Il y a eu un moment de tension quand M. Vindman a indiqué avoir parlé de l'appel à quelques personnes disposant d'habilitations de sécurité, dont un membre de la communauté du renseignement : les républicains, convaincus qu'il s'agissait du lanceur d'alerte à l'origine de l'enquête, ont multiplié les questions sur son identité, amenant le président du Comité, Adam Schiff, à intervenir pour protéger l'identité du lanceur d'alerte.

L'importance de l'aide militaire pour l'Ukraine

Une femme témoigne et répond aux questions des élus.

Jennifer Williams, une conseillère du vice-président Mike Pence, a qualifié d'« inapproprié » l'appel de Donald Trump à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky lors de son témoignage devant les membres du Comité du renseignement de la Chambre des représentants, le 19 novembre 2019.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Mme Williams a en outre relaté un appel entre le vice-président Pence et le président ukrainien Zelensky, le 23 avril, disant qu'il avait alors accepté l'invitation à son investiture. Quelques semaines plus tard, le président Trump a décidé qu'il n'irait pas, sans donner d'explications. Les démocrates croient que c'était peut-être une façon de faire pression sur Kiev.

Au cours d'une rencontre entre MM. Pence et Zelensky, en Pologne, au début septembre, le président Zelensky a insisté sur l'importance de l'aide militaire pour son pays, a-t-elle dit. Tout signe indiquant que le soutien américain était vacillant ferait le jeu de la Russie, a-elle dit, citant le président ukrainien.

M. Vindman a lui-même estimé que le gel de quelque 400 millions en aide militaire nuisait à la capacité de Kiev à lutter contre l'agression russe.

Le gel de l'aide militaire est au cœur des accusations des démocrates à l'endroit du président.

Leur enquête vise à déterminer si le président a abusé de son pouvoir en cherchant à extorquer aux dirigeants ukrainiens la tenue d'enquêtes favorables à sa réélection en utilisant comme levier une aide militaire dont les Ukrainiens avaient désespérément besoin dans leur lutte contre des séparatistes soutenus par Moscou.

Le « problème Gordon »

Un homme qui porte un complet et des lunettes témoigne, l'air sérieux.

L'ancien responsable du dossier russe au sein du Conseil de sécurité nationale, Tim Morrison, a témoigné mardi devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Loren Elliott

Comparaissant aux côtés de M. Volker, l'ancien responsable du dossier russe au sein du NSC Tim Morrison, qui a entendu l'appel Trump-Zelensky, a pour sa part jugé que la conduite du président n'était ni inappropriée ni illégale.

Tout comme M. Volker, il a pourtant dit aux démocrates qu'il serait inapproprié qu'un président américain demande à un pays étranger d’enquêter sur ses rivaux et a admis qu'il aurait voulu entendre un soutien plus grand du président Trump à l'égard de son homologue ukrainien.

Également à l'instar de M. Volker, il a également concédé que les requêtes exprimées par le président Trump n'étaient pas en accord avec les intérêts nationaux américains.

Figurant lui aussi sur la liste des témoins des républicains, il a incriminé l'ambassadeur Sondland en affirmant que ce dernier lui avait répété qu'il avait dit à des collaborateurs du président Zelensky que l'annonce des enquêtes pourrait aider au dégel de l'aide militaire.

À l'interne, a-t-il révélé, on parlait du problème Gordon. Il a également indiqué que M. Sondland lui avait dit agir conformément aux désirs de M Trump, mais a ajouté ne pas en être convaincu.

Comme il l'avait fait lors de sa déposition à huis clos, il a par ailleurs mis en doute le jugement de son ex-subordonné Alexander Vindman, et a fait état de critiques à son endroit. En matinée, les républicains avaient abondamment mis de l'avant ces éléments de sa déposition.

Si le président Trump semble s'être cette fois tenu loin de Twitter, la Maison-Blanche, elle, s'est tournée vers le réseau social pour citer les critiques de M. Morrison, qui a déjà travaillé pour les républicains de la Chambre avant d’entrer au NSC, en juillet 2018.

M. Morrison a par ailleurs indiqué qu'il avait demandé de restreindre l'accès à l'appel Trump-Zelensky, par crainte, a-t-il soutenu, que cela soit mal perçu dans le contexte actuel d'extrême polarisation à Washington. Il a toutefois attribué à une erreur administrative le fait que les enregistrements et les notes portant sur l'appel aient été placés sur un serveur hautement sécurisé.

MM. Morrison et Volker ont démissionné au cours des dernières semaines, mais M. Morrison a affirmé que son départ n'était pas lié à l'affaire ukrainienne.

Comparution très attendue de l'ambassadeur Sondland

Donald Trump salue en levant la main, aux côtés de Gordon Sondland.

Le président Trump en compagnie notamment de Gordon Sondland, à droite

Photo : Associated Press / Pablo Martinez Monsivais

Cinq autres témoins viendront donner leur version des faits plus tard cette semaine.

Le témoignage de l'ambassadeur Sondland, mercredi, est très certainement le plus attendu. Plusieurs témoins, publiquement ou à huis clos, l'ont intimement lié aux demandes d'enquêtes auprès de responsables ukrainiens, et ceux qui suivent de près l'enquête ont hâte de voir comment il expliquera certains oublis ainsi que des contradictions entre sa déposition à huis clos et celle d'autres témoins.

L'ambassadeur Sondland avait déjà dû réviser son témoignage à la lumière des déclarations d'ouverture d'autres diplomates.

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