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Publicité anti-bilinguisme : l’entreprise d'affichage Pattison s’excuse

Un autobus.

Nicole Doiron a pris cette photo à Moncton alors qu'elle suivait un autobus municipal de Codiac Transpo.

Photo : Facebook / Nicole Doiron

Marielle Guimond

L’entreprise privée responsable de l’affichage publicitaire dans la ville de Moncton admet son erreur et présente ses excuses à la société de transport Codiac transpo.

Une fois de plus, une publicité anti-bilinguisme a été affichée dans la ville de Moncton. Et une fois de plus, la publicité a mené à des échanges acerbes entre francophones et anglophones du Nouveau-Brunswick sur les réseaux sociaux.

La controverse était telle que la publicité en question a rapidement été retirée des autobus desservant Moncton, Dieppe et Riverview.

Torts admis et excuses faites, l’entreprise Pattison indique qu'elle a l’intention de revoir son processus de sélection des affichages publicitaires. Un engagement déjà pris récemment, alors que plusieurs de ses panneaux ont affiché une publicité anti-immigration dans différentes villes canadiennes, dont Halifax.

Autobus de transport en commun sans publicité à l'arrière stationné à un arrêt.

Codiac Transpo a retiré les publicités des autobus en moins de 24 heures.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Pas de lois enfreintes

En permettant à un groupe connu pour sa position hostile envers le bilinguisme d’afficher une telle publicité sur des autobus, l’entreprise Pattison n’a pas enfreint de lois.

Les entreprises d’affichage publicitaire telles que celle-ci ne sont pas assujetties à des lois spécifiques à leur champ d’activités au pays.

Le Code criminel permet la liberté d’expression en autant qu’il n’y ait pas de messages haineux, donc de messages qui ciblent un groupe en particulier, explique Bernard Motulsky, professeur en communication à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Lorsqu’un message est interprété comme étant haineux, des accusations peuvent être déposées contre l’annonceur de la publicité parce qu’il ne respecte pas la loi.

C’est vraiment sur la limite d’un message haineux. C’est sur la ligne qu’il ne faut pas franchir.

Bernard Motulsky, professeur en communication à l’UQAM

Dans ce cas-ci, la publicité de l’annonceur Anglophone Rights Association of New Brunswick n’est pas considérée comme haineuse.

Bien que le groupe s’oppose à la Loi sur les langues officielles et promeut une position réfractaire envers le bilinguisme, la publicité est légale.

Les gens ont le droit de s’opposer à la loi sur les langues, ont droit de s’opposer à toutes formes de lois. Mais rien n’empêche à une municipalité de décider qu’il y a certaines valeurs fondamentales qu’on ne peut pas attaquer à l’intérieur de leurs institutions. Dans ce cas-ci, les municipalités peuvent régir, explique l’avocat spécialisé en droits linguistiques, Michel Doucet.

Michel Doucet à l'extérieur le 17 novembre 2019.

Michel Doucet, avocat spécialisé en droits linguistiques.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

La Ville de Moncton a d’ailleurs déclaré que la publicité ne reflétait pas les valeurs de la municipalité qui, depuis 2002, est officiellement bilingue. Elle n'a pas souhaité commenter davantage la situation.

Des règles bafouées

En permettant le déploiement de la publicité controversée, Pattison a transgressé certaines règles qu’elle s’était elle-même fixées.

Pour qu’une publicité soit affichée, elle passe par un processus de sélection dont les critères sont conformes à des normes, dont notamment, celles du Code canadien des normes de la publicité.

Parmi ces critères, il y a l’engagement de l’entreprise envers les municipalités où des publicités sont affichées.

Tout d’abord, Pattison s’engage à faire tous les efforts raisonnables afin de s’assurer que les municipalités ne subissent pas les contrecoups provenant de l'exploitation de ses produits dans leur secteur.

Rappelons qu'un incident similaire s’était produit l’année dernière à Moncton.

Un panneau publicitaire sur lequel est inscrite la phrase « Anglo have rights » (Les anglophones ont des droits).

Une publicité anti-bilinguisme a été affichée sur l'un des panneaux publicitaires au coin de la rue Main et de la rue King, au centre-ville de Moncton, en juillet 2016.

Photo : Radio-Canada

Parmi les autres critères de Pattison, on peut lire que l’entreprise consent à ce qu’aucune publicité ne soit affichée dans des secteurs fréquentés par des groupes aux points de vue contraires à ceux exprimés ou suggérés par la publicité.

La publicité qui s'étalait sur des autobus de transport en commun contrevenait clairement à cette norme.

L’entreprise Pattison a refusé notre demande d’entrevue.

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