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6000 livres de l'Association minière distribués dans les écoles primaires

Un livre intitulé « À bord, les trésors! ».

Plus de 6000 livres de l'Association minière seront distribués dans les écoles primaires.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

L’entreprise minière Agnico Eagle distribuera 6000 exemplaires d’un livre produit par l’Association minière du Québec (AMQ) dans toutes les écoles primaires de l’Abitibi-Témiscamingue. Si cette initiative qui vise à offrir des livres aux élèves est applaudie par certains, d’autres posent un regard critique sur la démarche.

À bord les trésors se veut un livre pour inculquer aux enfants de 4 à 8 ans les bénéfices des métaux et minéraux. Il présente plusieurs utilisations des métaux extraits des mines dans les objets du quotidien.

La coordonnatrice aux communications pour les mines Agnico Eagle, Laurie Théberge, explique que cette initiative vise aussi à favoriser la lecture chez les enfants. Bien sûr, c’est sous forme amusante, éducative et ludique. Ce sont des personnages qui les rejoignent.

Cette initiative-là, c’est vraiment pour mieux faire connaître notre industrie [aux enfants].

Josée Méthot, présidente-directrice générale de l’Association minière du Québec

De l’aveu même de la présidente de l’Association minière du Québec, Josée Méthot, la démarche répond aux intérêts de l’industrie minière. Par l’éducation, on fait connaître notre industrie, explique-t-elle. On veut aussi développer l’intérêt de l’enfant vers notre industrie. Parce qu’on le sait que c’est la main-d’oeuvre, la relève, le futur également.

Une limite est franchie, selon une professeure

Arianne Robichaud, professeure en sociologie de l’éducation à l’Université du Québec à Montréal et qui s’intéresse notamment aux enjeux éthiques, croit que cet événement pourrait créer un précédent dangereux. Après avoir pris connaissance du livre et des communications des organisations à l'origine du livre, elle pose un regard critique sur la démarche.

Selon elle, les entreprises privées ou groupes d’intérêts ne devraient pas s’immiscer aussi facilement dans les affaires des écoles primaires. De voir des occurrences de ces liens aussi tôt qu’à l’école primaire, c’est ce que je trouve particulièrement dangereux, tendancieux, souligne-t-elle. L’école devrait être imperméable à ce genre de pénétration de l’entreprise en son sein.

On pourrait facilement dire “il y a rien là”, qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter, mais il faut absolument lire et essayer de comprendre cette initiative à la lumière des intérêts propres d’une entreprise ou d’une minière. Si cet événement peut nous pousser au moins à amorcer la discussion et se donner quelques pistes de réflexion pour l’avenir, je pense qu’il faut absolument le faire.

Arianne Robichaud, professeure en sociologie de l’éducation à l’Université du Québec à Montréal.

Selon Mme Robichaud, on ne peut pas faire abstraction du fait que la finalité d’une entreprise n’est pas la même que celle d’un établissement scolaire. S’il y a cet intérêt caché de recrutement pour de futures générations ou de créer une espèce d’environnement où c’est positif de penser à s’engager dans une telle entreprise, c’est là où l’enjeu éthique se révèle, souligne-t-elle.

Intérieur du livre avec des personnages munis d'un casque et d'une lampe de poche.

L'intérieur du livre, un ouvrage qui sert à mieux faire connaître l'industrie minière.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Malaise au syndicat de l’enseignement

Au Syndicat de l’enseignement de l’Ungava et de l’Abitibi-Témiscamingue, cette initiative a suscité un certain malaise. Dans un premier temps, sa présidente, Hélène Lambert, salue la reconnaissance de l’importance qu'accorde Agnico Eagle à la lecture chez les jeunes. Nous sommes conscients que, pour plusieurs élèves [de milieux défavorisés], ce sera peut-être le seul livre qu’ils recevront [cette année], pense-t-elle.

Cependant, elle estime que le contenu du livre est trop orienté. Elle émet aussi une certaine réserve sur le fait qu’une entreprise privée et un groupe d’intérêts puissent ainsi distribuer leur matériel aux jeunes, par l’entremise des écoles. Si nos écoles acceptent à bras ouverts ces dons, c’est parce qu’il y a un sous-financement de nos écoles, déplore-t-elle.

Le ministère en réfère aux établissements d’enseignement

Invité à réagir au sujet d'une telle démarche, le ministère de l’Éducation nous a répondu par courriel que c’est aux établissements scolaires de déterminer si le matériel proposé aux élèves dans leur enceinte est convenable et n'enfreint pas les lois.

Du côté de la Commission scolaire de l’Or-et-des-Bois (CSOB), on est d'avis que le livre n’enfreint aucune loi ou politique de l’établissement. On a donc accepté de permettre la distribution dans les écoles primaires et on se réjouit de la générosité de l’entreprise. Ces organisations ne font pas de sollicitation commerciale, donc pour nous, il n’y a aucun problème, explique Caroline Neveu, conseillère en communications.

Interrogée sur la question de savoir si l’accès des entreprises privées aux écoles devrait susciter la réflexion, la CSOB saisit mal la pertinence de la question. Je pense qu’il faut revenir à l’essentiel de ce don-là, qui est de mettre en valeur la lecture, conclut Mme Neveu.

L’AMQ et Agnico Eagle estiment eux aussi que cette démarche n’est que positive. On veut rappeler aux gens que les matières qui composent tout ce qu’on utilise viennent de quelque part. On a dû les miner pour pouvoir créer ces objets, résume la PDG de l’AMQ, Josée Méthot.

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Abitibi–Témiscamingue

Éducation