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Guerre ouverte entre Guzzo et Montréal autour d'un cinéma historique

L'homme d'affaires Vincenzo Guzzo attaque avec virulence l'administration Plante, qui dénonce de son côté son « arrogance ».

Un cinéma abandonné, avec des tags

Le cinéma Paradis, situé sur la rue Hochelaga, est abandonné depuis de longues années.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Romain Schué

Un cinéma laissé à l'abandon, un maire en colère, un bâtiment délabré et des échanges virulents par médias interposés : voici un résumé d'une guerre ouverte entre Vincenzo Guzzo et la Ville de Montréal.

« C'est devenu une farce et c'est à l'image du parti de la mairesse Plante », clame Vincenzo Guzzo au téléphone.

Ce dernier ne mâche pas ses mots. Quelques heures plus tôt, le maire de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais, a publié sur ses réseaux sociaux une lettre ouverte contre celui qui est désormais à la tête de l'entreprise familiale Guzzo.

L'élu n'y est pas allé de main morte, lui non plus. « M. Guzzo fait preuve d'arrogance », a-t-il écrit, en jugeant l'attitude de l'homme d'affaires « contre-productive et irrespectueuse ».

Je ne suis pas du genre à régler mes comptes sur la place publique, mais face à un individu qui se croit au-dessus de tout, qu'est-ce qu'on fait?

Pierre Lessard-Blais, maire de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

À l'origine de ce que les deux parties n'hésitent pas à qualifier de guerre ouverte? L'avenir du Cinéma Paradis, situé dans le secteur de Tétreaultville, au 8215 rue Hochelaga, abandonné depuis dix ans.

Ce bâtiment, c'est une cicatrice sur la rue. C'est très triste, clame Pierre Lessard-Blais, tout en déplorant « les effets de toge » de Vincenzo Guzzo.

Acquis en 1974 par Angelo Guzzo, ce cinéma, qui s'appelait alors le Capri, est la première salle obscure ouverte par ce futur géant du cinéma québécois, qui possède actuellement 10 complexes dans la province. Mais près d'un demi-siècle plus tard, il ne reste rien ou presque pour rappeler l'ancienne splendeur de cette institution, qui proposait des billets à moins d'un dollar.

Plan rapproché de Vincent Guzzo derrière un micro.

Vincenzo Guzzo accuse l'administration Plante « d'éviter » les hommes d'affaires.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Des graffitis et un manque d'entretien dénoncé

Sur place, les graffitis entourent désormais ce bâtiment délabré et des planches de bois sont accrochées aux différentes entrées.

« Le manque d'entretien du bâtiment engendre une laideur dont personne n'a besoin », critique le maire Lessard-Blais, qui dit regretter l'absence d'« un projet sérieux » pour revaloriser ce secteur.

« Les gens s'impatientent, il y a souvent des plaintes de citoyens. Ils aimeraient qu'on démolisse le bâtiment et qu'on lui envoie la facture », ajoute la conseillère du quartier, Suzie Miron.

« M. Guzzo devrait entretenir ses bâtisses, comme tout entrepreneur qui se respecte », lance Pierre Lessard-Blais.

Vincenzo Guzzo, qui s'était positionné ce printemps pour acheter les Alouettes de Montréal avant d'y renoncer, réplique. « Je paie toujours mes taxes foncières. Je n'ai demandé aucune baisse. Le minimum, c'est d'avoir la protection de la police. C'est mon bâtiment qui est vandalisé. Ce n'est pas moi qui ai fait les graffitis », argue-t-il.

Vérification faite auprès du rôle foncier, la famille Guzzo doit payer près de 16 000 $ de taxes municipales en 2019, mais ce montant a néanmoins été revu ces derniers mois. L'an passé, environ 25 000 $ étaient exigés, une somme quasiment similaire à ce qui était réclamé depuis 2010.

On veut intimider et humilier un homme d'affaires. On veut inciter un mouvement populiste contre moi.

Vincenzo Guzzo, président des Cinémas Guzzo

En réalité, ces invectives prennent naissance à la suite d'un avis envoyé cet été par la direction de l'arrondissement. Cette dernière a demandé à la famille Guzzo, sous peine de « procédures judiciaires », de retirer l'enseigne du cinéma, en se fiant à un règlement municipal, qui réclame une telle action lorsqu'un établissement a cessé ses activités.

« Ça fait 10 ans qu'on est fermé, et là, tout à coup, on veut que je l'enlève? On me niaise. S'ils veulent aller en cour, on va le faire. Elle va rester là juste pour [les] écœurer », clame-t-il, avant de dénoncer les représailles supposément faites à ceux qui ne sont pas « les amis du parti » de Valérie Plante.

« Il y a vraiment une atmosphère sous l'administration de Valérie Plante contre les hommes d'affaires. On nous voit comme des vendus. On nous fait passer pour du monde corrompu. Je ne sais pas pourquoi on nous évite autant », avance-t-il, sans donner davantage de précisions.

Valérie Plante prudente

La mairesse de Montréal est restée prudente face à ces propos. « Notre administration est reconnue pour poser des gestes concrets qui favorisent le développement économique de la métropole, qu’il s’agisse d’aider les commerces de proximité, ou encore favoriser l’arrivée de grands joueurs internationaux », répond-elle, par le biais de son directeur des communications, Youssef Amane.

« Il est important que tous les acteurs du milieu économique respectent les règles d’urbanisme en vigueur afin de bien s’harmoniser dans leur environnement immédiat », ajoute-t-elle, tout en précisant que son équipe reste « toujours ouverte et disponible pour discuter avec les entrepreneurs montréalais ».

Gros plan de Pierre Lessard-Blais regardant au loin.

Selon le maire Pierre Lessard-Blais, Vincenzo Guzzo essaie de « faire des effets de toge ».

Photo : Radio-Canada / Martin Ouellet-Diotte

Deux projets de transformation qui n'ont pas vu le jour

Malgré les accusations vives de Vincenzo Guzzo contre l'équipe de Valérie Plante, arrivée au pouvoir fin 2017, celle-ci n'a cependant jamais refusé, officiellement, un projet à l'homme d'affaires.

En 2010, avec l'ancien maire de l'arrondissement Réal Ménard, un premier projet de transformation en bureaux commerciaux n'avait pas vu le jour. Puis, en 2016, il fut question d'un « projet mixte », avec du commercial et des logements locatifs. L'arrondissement, en raison de la hauteur demandée pour une nouvelle construction, avait refusé d'accorder une dérogation qui allait à l'encontre de ses propres règlements.

Selon Vincenzo Guzzo, cette dernière idée aurait malgré tout pu sortir de terre, « mais on est arrivé en élection ».

L'ex-maire Réal Ménard, qui a quitté la vie politique après son échec électoral en 2017, rectifie. « Je l'avais rencontré, car on voulait qu'il se passe quelque chose, mais on ne lui a donné aucune garantie », souligne l'ancien député du Bloc québécois.

On était prêt à faire un bout, mais il devait en faire un lui aussi. Mais il n'était pas revenu avec un autre projet.

Réal Ménard, maire de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve entre 2009 et 2017

L'idée de créer un nouveau cinéma de quartier a déjà été mise de l'avant par des acteurs locaux. Hors de question, répond Vincenzo Guzzo.

« C'est sûr que ça me rend triste, juge-t-il. J'ai passé mon enfance ici, mais la vérité c'est que ce n'était plus viable. S'ils veulent un cinéma communautaire, ils n'ont qu'à me donner quatre millions ».

« Qu'il vienne nous voir, qu'il parle avec nous. On est ouverts à discuter », rétorque Pierre Lessard-Blais.

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